Le Tribunal du Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (CIRDI) a condamné la République du Cameroun à verser 78,5 millions d’euros au groupe italien Gruppo Officine Piccini pour expropriation illégale, violation du traitement juste et équitable et défaut de protection, dans le marché relatif à la construction du complexe sportif d’Olembe à Yaoundé.
La sentence a été rendue le 4 septembre 2026. Le Centre International pour le Règlement des Différends relatifs aux Investissements (CIRDI) a tranché en faveur de l’entreprise italienne Gruppo Officine Piccini S.p.A contre l’État du Cameroun. Dans sa décision notifiée aux parties le 4 septembre 2026, le Tribunal présidé par Me Matthias Scherer s’est déclaré compétent et a retenu trois manquements majeurs contre le Cameroun.
Le Tribunal juge que la Défenderesse a illégalement exproprié l’investissement en violation de l’article 5(1), a manqué à son obligation de traitement juste et équitable (article 3(2)) et à celle de pleine protection et sécurité (article 3(1)). En revanche, les demandes pour discrimination et violation de la clause de la nation la plus favorisée ont été rejetées, de même que la demande pour préjudice moral.
Au chapitre financier, la condamnation est salée : 78,5 millions d’euros, plus intérêts pré et post-sentence composés au taux EURIBOR 6 mois majoré de 4% à compter du 29 novembre 2019. Le montant se décompose ainsi : 51,3 millions d’investissement net, 5,4 millions de manque à gagner sur travaux non réalisés, 8,1 millions de perte de jouissance des machines, 7,7 millions de perte de valeur des équipements et 6 millions de frais post-expropriation.
Le Cameroun devra en outre rembourser 70% des honoraires légaux de Piccini, soit 2.860.394,50 euros, et 70% des frais d’arbitrage, soit 157.427,55 dollars, avec intérêts.
« Chronologie d’un divorce »
Tout commence en décembre 2015. Le Cameroun confie à l’italien Gruppo Officine Piccini la construction du Complexe sportif d’Olembé, joyau de 60 000 places destiné à la CAN 2021. Contrat initial : 163 milliards FCFA, 30 mois de travaux. Mais le chantier s’enlise : problèmes financiers, grèves pour arriérés de salaires, arrêts de travaux. Piccini réclame 28 milliards FCFA supplémentaires pour transport de préfabriqués depuis l’Italie et travaux additionnels. Yaoundé refuse. La tension monte.
Le 29 novembre 2019, coup de tonnerre. Sur instruction du Secrétaire général de la Présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, le ministre des Sports Narcisse Mouelle Kombi résilie unilatéralement le contrat. Motifs invoqués : « abandon de chantier », « arrêt non autorisé des travaux », « défaillance caractérisée », « sous-traitance sans autorisation » et « violation de la législation sociale ».
En 72 heures, Piccini dénonce une résiliation abusive et menace de saisir la justice internationale. Les 5 et 6 décembre 2019, un procès-verbal d’état des lieux est signé, et le 3 décembre, le marché est confié en urgence au canadien Magil Construction pour sauver la CAN.




