Dounia Mesli : la voix qui ne tient pas en tribune

Dounia Mesli dans un stade — AfricaTopSports
Crédit photo : AfricaTopSports / Illustration éditoriale

Elle était là, quelque part entre Rabat et les grandes scènes de la CAN féminine 2022, micro tendu vers des joueuses qui n’avaient pas l’habitude qu’on les interroge vraiment. Pas pour remplir un bulletin météo sportif. Pour raconter. Dounia Mesli n’observe pas le football depuis les tribunes — elle le vit de l’intérieur, avec la précision d’une femme qui a tapé dans un ballon avant de savoir tenir un stylo, et la rigueur de quelqu’un qui a compris très tôt que le football féminin africain méritait autre chose que de la condescendance habillée en bienveillance.

À trente-trois ans, elle est l’une des voix les plus singulières de la presse sportive africaine. Pas parce qu’elle est la plus visible, mais parce qu’elle est l’une des rares à avoir construit sa présence pierre par pierre, depuis un appartement parisien, depuis un terrain de quartier où les garçons l’acceptaient parce qu’elle était bonne — vraiment bonne — jusqu’aux salles de presse des grandes compétitions continentales.

De la terrasse d’Oran aux stades du monde

Dounia Mesli naît le 4 juin 1993 à Oran, la ville des brise-mer et des hauteurs algériennes qui regardent la Méditerranée sans jamais la toucher. Son enfance se partage entre Oran et Tlemcen — une ville de minarets et de traditions millénaires, où les rues ont la mémoire longue. C’est sur une terrasse familiale qu’elle touche un ballon pour la première fois. Pas dans une académie. Pas sur un terrain homologué. Sur la terrasse. Cette image dit tout de la manière dont des milliers de filles africaines apprennent le football : en dehors des cadres prévus pour elles.

En 1999, sa famille quitte l’Algérie. Il y a son frère qui a besoin de soins médicaux en France. Il y a aussi la décennie noire, ce terrorisme qui a déchiré le tissu social algérien et poussé des familles entières vers l’exil. Les Mesli s’installent en région parisienne, à Asnières-sur-Seine. Dounia a six ans. Elle grandit entre deux cultures, deux langues, deux façons d’être au monde — mais une seule passion.

Ses parents, attachés à une certaine idée de l’éducation, lui imposent la danse classique. Le football, non. C’est un sport de garçons. Cette phrase, des millions de filles africaines et françaises d’origine africaine l’ont entendue. Dounia l’entend, l’accepte en façade, et continue à taper dans un ballon avec les garçons du quartier chaque fois que l’occasion se présente. Elle ne cherche pas à convaincre — elle joue. Et quand elle joue, elle est crédible. En 2013, une saison licenciée à Hénin-Beaumont officialise ce que ses pieds avaient toujours su.

Mais ce n’est pas le terrain qui sera son terrain. C’est la narration du terrain.

Cœurs de Foot, ou quand la passion devient entreprise

Il faut imaginer une jeune femme de vingt et un ans — algérienne, parisienne, passionnée de football féminin — qui décide, en 2014, de ne pas attendre qu’on lui donne un micro. Dounia Mesli fonde Cœurs de Foot, une SARL montée avec Umalis Group dans un schéma 51/49, et prend la direction opérationnelle. À vingt et un ans.

Ce chiffre mérite qu’on s’y arrête. Dans le monde du sport médiatique français, les femmes accèdent rarement aux postes de direction par les grandes portes. Elles entrent souvent par les côtés, après des années de preuves apportées à des rédactions qui doutent. Dounia, elle, ne cherche pas la porte. Elle construit la maison.

Cœurs de Foot, c’est le pari que le football féminin — africain, diasporique, invisibilisé — mérite une maison éditoriale propre. Un regard qui ne soit pas un sous-produit du regard masculin. Entre 2015 et 2024, elle tient cette ligne éditoriale avec une constance que beaucoup d’entreprises médiatiques plus capitalisées n’ont pas. Entre 2016 et 2017, elle participe aux séminaires FIFA à Zürich sur Football et Leadership. En 2016, HEC Paris. En 2020, le programme DIRIGEANTES du CNOSF avec Sarah Ourahmoune en référence. Chaque formation qu’elle suit dit la même chose : je construis quelque chose qui dure.

Ce n’est pas de l’activisme. C’est de l’ingénierie éditoriale.

AfricaTopSports, sa maison numérique

Depuis septembre 2019, Dounia Mesli est journaliste-reporter pour AfricaTopSports — le média panafricain de référence pour les amateurs de football du continent et de la diaspora. Ce n’est pas une reconversion. C’est une extension. Cœurs de Foot et ATS partagent d’ailleurs une même origine : Umalis Group, qui a porté les deux structures depuis leurs débuts.

Ce lien n’est pas anecdotique. Il dit quelque chose de la cohérence d’un parcours : Dounia n’a pas changé de maison, elle a agrandi la sienne.

Depuis 2019, elle a couvert la CAN féminine 2022 au Maroc, la CAN 2023 en Côte d’Ivoire, la CAN 2025, des Coupes d’Europe. Elle est sur le terrain quand les autres sont dans les tribunes. Elle pose des questions que d’autres n’osent pas poser, parce qu’elle connaît le sujet de l’intérieur — non pas comme ancienne joueuse professionnelle, mais comme quelqu’un qui a grandi avec ce sport dans le corps avant de le mettre dans les mots.

AfricaTopSports lui offre l’infrastructure que Cœurs de Foot n’avait pas toujours pu lui offrir seule : une audience continentale, une légitimité éditoriale consolidée, une visibilité sur les grands tournois. En retour, elle apporte ce qu’aucune fiche de poste ne peut formuler : un regard.

Le TikTok comme terrain de jeu

Il y a une chose que Dounia Mesli a compris avant beaucoup de journalistes sportifs de sa génération : le public africain du football ne lit pas les longs papiers sur mobile à deux heures du matin. Il regarde des vidéos. Il partage ce qui lui parle. Il consomme vite et se souvient longtemps si l’émotion est juste.

Sous le handle @dounia_msi, elle a investi TikTok comme d’autres investissent un stade : avec méthode, avec régularité, et avec la conscience que chaque vidéo est un match en elle-même. Plus de 883 vidéos indexées sur AfricaTopSports. Une large communauté qui la suit non pas pour ce qu’elle dit, mais pour comment elle le dit.

Son format court ne sacrifie pas la profondeur. Il la compresse. Une analyse de la CAN en soixante secondes sur son compte ne dit pas moins qu’un article de mille mots — elle dit autre chose, autrement. La gestuelle, l’intonation, l’immédiateté du plateau ou du bord de terrain créent une proximité que l’écrit ne génère pas de la même façon.

Les vidéos de Dounia sont régulièrement reprises sur la WebTV d’AfricaTopSports. Ce flux entre ses réseaux personnels et la plateforme ATS est l’une des marques d’un journalisme contemporain qui ne sépare plus la signature individuelle et la maison éditoriale. Elle est Dounia Mesli. Elle est aussi ATS. Les deux se nourrissent.

Dounia et le football féminin africain

Voilà ce que Dounia Mesli apporte que d’autres n’ont pas : elle ne couvre pas le football féminin africain comme une curiosité sociologique. Elle le couvre comme de l’information sportive à part entière.

Cette différence est immense. Elle implique des standards. Elle implique de traiter les joueuses de la CAN féminine avec le même sérieux qu’on traite Salah ou Haller. Elle implique de ne pas réduire le football féminin africain à ses manques — manques de moyens, de diffusion, de reconnaissance — mais d’en montrer l’épaisseur, la qualité, les trajectoires individuelles fascinantes que la presse généraliste rate systématiquement.

Elle a grandi entre Oran et Paris avec le football comme langue maternelle secrète, celle qu’on parle dans les cours et les terrasses quand les adultes ne regardent pas. Ce passé ne fait pas d’elle une ancienne joueuse manquée — il fait d’elle quelqu’un qui comprend ce que ressentent ces filles qui tapent dans un ballon dans des pays où on leur dit que c’est un sport de garçons.

Ce n’est pas de l’empathie construite. C’est de la mémoire. Et la mémoire, dans le journalisme sportif, est toujours la source la plus fiable.

Son parcours — d’Oran à Paris, de Paris à Zürich, de Zürich aux stades du Maroc et de Côte d’Ivoire — n’est pas une success story à la française. C’est une trajectoire africaine : faite de détours, d’héritages multiples, de portes qu’on ne pouvait pas ouvrir alors on en a construit d’autres. Dans un paysage médiatique sportif qui manque encore cruellement de femmes, de voix africaines et de gens qui connaissent le football féminin continental pour de bonnes raisons, Dounia Mesli n’est pas une exception à saluer — elle est un étalon à suivre.

La vraie question n’est pas de savoir jusqu’où elle ira. C’est de savoir combien d’autres Dounia, quelque part sur une terrasse d’Oran ou dans une cour d’immeuble d’Asnières, attendent encore qu’on leur dise que leur regard compte, lui aussi.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 24 juin 2026

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