CDM 2026 — Maroc : le récit d’un continent en marche

Équipe du Maroc — CDM 2026
Les Lions de l’Atlas à l’entraînement avant la Coupe du Monde 2026. © FRMF / FIFA

New York, MetLife Stadium, 11 juin 2026. Le soleil de fin d’après-midi frappe la pelouse où vingt-six Marocains s’alignent pour l’hymne national. Achraf Hakimi, le brassard au bras gauche, ferme les yeux. Derrière lui, un continent entier retient son souffle. Quatre ans après la vertigineuse demi-finale de Doha, le Maroc revient en Coupe du Monde. Il ne revient pas seul : neuf autres sélections africaines l’accompagnent dans ce Mondial à 48, un record absolu. Mais c’est bien de Casablanca à Tanger, de Marrakech à Oujda, que l’attente est la plus lourde. Parce que le Maroc de 2026 ne joue plus seulement pour lui-même. Il porte l’Afrique sur ses épaules.

Le fait : une sélection bâtie dans la turbulence

Quand Mohamed Ouahbi a dévoilé sa liste des 26, le 26 mai 2026 au Complexe Mohammed VI de Salé, le football marocain retenait encore son souffle. Deux mois et demi plus tôt, le 5 mars, Walid Regragui — l’architecte du miracle de 2022 — avait remis sa démission, usé par une CAN 2025 décevante et des tensions internes que la Fédération royale marocaine (FRMF) n’a jamais officiellement commentées. Hakimi, lui, avait salué un « légende » sur ses réseaux, reconnaissant que « sans lui, rien de tout cela n’existerait ».

Ouahbi, technicien formé à la DTN, a hérité d’un groupe traversé par des blessures de dernière minute — Nayef Aguerd (Marseille) et Abde Ezzalzouli (Real Betis), remplacés in extremis par Marwane Saadane et Amine Sbaï — mais aussi d’une colonne vertébrale qui a tout connu du très haut niveau. Yassine Bounou dans les buts (Al Hilal, 33 ans), Sofyan Amrabat au milieu (Betis, 29 ans), Hakimi en latéral droit (PSG, 27 ans, 100e sélection atteinte pendant le tournoi). Et devant, un trio qui fait saliver : Brahim Díaz, le Madrilène aux pieds de soie ; Ayoub El Kaabi, le buteur olympien ; Soufiane Rahimi, le dynamiteur d’Al Ain.

Vingt des vingt-six joueurs sont nés hors du Maroc — France, Pays-Bas, Espagne, Belgique, Italie. Le chiffre dit tout de cette diaspora qui est devenue l’ADN même du football marocain. Il dit aussi le défi permanent de Ouahbi : souder en quelques semaines des joueurs qui ne partagent pas le même quotidien, pas la même langue de vestiaire, mais une même terre d’origine.

La lecture : l’héritage de Doha, ce poids et cette grâce

Revenons au 10 décembre 2022. Stade Al-Thumama, Doha. Le Maroc vient de tomber face à la France en demi-finale (2-0), mais personne ne retient le score. Ce que le continent retient, c’est que pour la première fois de l’histoire, une équipe africaine a franchi les quarts de finale d’une Coupe du Monde. Pas le Cameroun de Roger Milla en 1990, arrêté en prolongation par l’Angleterre. Pas le Sénégal de 2002, éliminé par la Turquie en quart. Pas le Ghana de Gyan et Suarez en 2010, cette main sud-africaine devenue cicatrice continentale. Le Maroc, lui, a passé la porte.

Cet héritage est une bénédiction et une malédiction. Une bénédiction parce que plus personne, nulle part, ne regarde un match du Maroc comme une curiosité exotique. Une malédiction parce que tout résultat en deçà d’un quart de finale sera perçu comme un échec. Hakimi lui-même, devenu 6e au Ballon d’Or 2025 — le meilleur classement d’un joueur africain depuis Sadio Mané (2e en 2022) — l’a dit sans détour avant le départ pour les États-Unis : « On ne va pas là-bas pour participer. On sait ce qu’on vaut. »

La préparation a été millimétrée. Stage de mars au Complexe Mohammed VI, puis le grand départ vers les États-Unis début juin, avec un match-test face à la Norvège pour roder les automatismes. Ouahbi a conservé le 4-3-3 cher à Regragui mais y a injecté plus de verticalité, plus de transitions rapides — le profil d’El Khannouss (Stuttgart) et de Saibari (PSV) s’y prête admirablement.

La perspective : ce que le Maroc raconte du continent

Le Maroc de 2026 n’est pas qu’une sélection de football. C’est un récit africain dans ce qu’il a de plus ambitieux et de plus complexe. Un récit de diaspora assumée, de double culture revendiquée, de fierté nationale qui ne s’embarrasse pas de pureté ethnique imaginaire. Un récit de résultats aussi — premier pays africain qualifié pour ce Mondial 2026, premier à franchir le cap des demi-finales quatre ans plus tôt — qui force le reste du monde à regarder l’Afrique autrement.

Quand le Maroc est entré en lice dans le groupe C face au Brésil, à l’Écosse et à Haïti, ce n’était pas le petit poucet qu’on plaint d’avance. C’était un quart de finaliste attendu, un épouvantail que personne ne voulait croiser en huitièmes. Et quand les Lions de l’Atlas ont validé leur billet pour les quarts — comme Hakimi l’avait promis, le poing serré, dans le vestiaire de MetLife —, c’est une onde qui a traversé le continent. De Dakar à Johannesburg, d’Abidjan au Caire, on a célébré le Maroc comme on célèbre un grand frère qui réussit.

Reste cette question, lancinante, que les nuits new-yorkaises n’ont pas encore tranchée : et si cette fois, c’était la bonne ? Et si, trente-six ans après le Cameroun de Milla, vingt-quatre ans après le Sénégal de Diouf, le Maroc de Hakimi devenait la première équipe africaine à jouer une finale de Coupe du Monde ?

Le match est encore devant. Mais l’histoire, elle, a déjà commencé.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 7 juillet 2026

Sources : FIFA.com, CAF Online, FRMF, Olympics.com, Al Jazeera, Morocco World News, 20 Minutes, The Guardian, BeIN Sports.

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