
Le 9 juillet 2026, les Lions de l’Atlas se sont inclinés 2-0 face à la France en quart de finale de la Coupe du monde, comme en demi-finale du Mondial 2022. Dernière sélection africaine en lice, le Maroc a porté, seul, les espoirs d’un continent qui avait envoyé dix équipes en Amérique du Nord — un record absolu. Dimanche, le rideau est tombé sur le sacre de l’Espagne face à l’Argentine (1-0, a.p.) au MetLife Stadium. Mais quelque chose, dans la marche de l’Afrique, a changé de rythme.
Le fait : un soir de juillet, le mur bleu, encore
Ce jeudi 9 juillet, quelque part entre l’espoir et la lucidité, le Maroc a quitté la Coupe du monde 2026. Face aux Bleus de Kylian Mbappé — qui a « donné le ton » d’entrée, selon les envoyés spéciaux sur place —, les hommes de Mohamed Ouahbi se sont heurtés à « un match à sens unique » et à cette vérité crue que résumait le journal marocain Le Desk : « la marche, encore une fois, était trop haute ». Un Maroc diminué, privé de son plein arsenal, n’a jamais vraiment pesé sur le débat. 2-0. Le score est sec, sans appel.
Il ne faut pourtant pas oublier le chemin parcouru. Entré dans la compétition par un match nul de prestige face au Brésil, le Maroc avait ensuite disposé de l’Écosse et d’Haïti pour s’ouvrir les portes des seizièmes de finale. Là, les Pays-Bas, battus au terme d’une séance de tirs au but à couper le souffle (1-1, 3-2 t.a.b.). Puis le Canada, foudroyé en huitièmes dans « un deuxième acte parfait ». Quatre victoires et un nul avant de croiser la France : seule équipe africaine à atteindre les quarts de finale, la seule aussi à tenir encore debout quand toutes les autres étaient rentrées à la maison. Ouahbi, promu en continuité du cycle Walid Regragui, n’a pas dénaturé l’ossature : Hakimi, El Khannouss, les cadres de 2022, et cette assurance dans l’adversité que le monde entier a découverte au Qatar.
La lecture : ce quart de finale qui ressemblait à une demie
Je me souviens du 14 décembre 2022, au Al Bayt Stadium. France-Maroc, demi-finale, 2-0. J’étais à Dakar ce soir-là, et j’avais vu des jeunes gens pleurer debout devant les écrans du marché HLM, parce qu’ils avaient cru — nous avions tous cru — que l’histoire pouvait basculer. Quatre ans plus tard, même adversaire, même score, un tour plus tôt. On aurait pu n’y voir qu’une régression. Ce serait mal lire l’histoire.
Car ce que le Maroc a confirmé en 2026, c’est que la demi-finale de 2022 n’était pas un accident. Deux quarts de finale ou mieux consécutifs, aucune nation africaine ne l’avait jamais fait. Mais il faut être honnête, et l’honnêteté est aussi un hommage : le continent a vécu cette Coupe du monde sur le fil du « presque ». Le Sénégal, mon Sénégal, menait 2-0 face à la Belgique en seizièmes avant de s’effondrer dans les cinq dernières minutes puis en prolongation (2-3 a.p.). L’Égypte, elle, menait 2-0 contre l’Argentine tenante du titre en huitièmes — trois buts encaissés dans le dernier quart d’heure (2-3). La Côte d’Ivoire a craqué sous les crampons d’Erling Haaland et de la Norvège (1-2). Trois scénarios, une même blessure : ce que les Anglo-Saxons appellent le money time, ce dernier quart d’heure où se distinguent les équipes de haut niveau et les équipes de très haut niveau.
Philippe Doucet, qui suit le football africain depuis des lustres, tranchait au micro d’Afro Foot : les sélections du continent n’ont « pas progressé », des résultats « ni décevants ni anormaux ». Et d’ajouter cette nuance qui compte : « On a montré que l’Afrique était compétitive pour passer le premier tour, ce qui n’était pas le cas avant 2022. Mais de là à avoir une équipe capable de gagner une Coupe du monde, non, toujours pas. » J’entends. Et je réponds ceci : il y a quinze ans, nous passions les phases de groupes une fois sur deux, dans la douleur. Cette année, sept de nos dix représentants ont disputé un match éliminatoire. Deux — le Maroc et l’Égypte — ont gagné des séances de tirs au but. La fondation tient. C’est le toit qui attend encore.
La perspective : la marche ne s’arrête pas à un score
Il y avait dix drapeaux africains au coup d’envoi de ce Mondial — jamais le continent n’en avait aligné autant, grâce au format à 48 équipes. Et parmi eux, des histoires que les classements ne racontent pas. Le Cap-Vert, 600 000 habitants, invaincu en phase de groupes, un 0-0 tenu bec et ongles face à l’Espagne — future championne du monde, souvenez-vous-en —, et une séance de prolongation imposée à l’Argentine avant de tomber la tête haute (2-3 a.p.). La RD Congo, revenue par la porte des barrages, qui tient le Portugal en échec et voit Yoane Wissa devenir le premier buteur congolais de l’histoire de la Coupe du monde. L’Algérie, de retour douze ans après. L’Afrique du Sud, seize ans après son Mondial à domicile. Même dans l’élimination, l’Afrique a appris à se regarder jouer sans baisser les yeux.
Dimanche soir, l’Espagne a soulevé sa deuxième étoile au MetLife Stadium, au terme d’une finale âpre contre l’Argentine (1-0, a.p.). Le football mondial a refermé son chapitre américain. Pour nous, le prochain s’écrira à la maison : en 2030, le Maroc coorganisera la Coupe du monde avec l’Espagne et le Portugal. Les mêmes Espagnols sacrés dimanche, les mêmes Bleus croisés deux fois de trop — ils viendront, cette fois, sur nos terres, devant nos tribunes, avec nos saisons. « L’avenir sera très beau », souriaient déjà les cadres marocains au soir de l’élimination, presque apaisés. Ce n’est pas de l’autosatisfaction. C’est un rendez-vous.
À Dakar, dimanche, j’ai regardé la finale entre un thé à la menthe et les braises d’un dibiterie de la médina. Quand le coup de sifflet final a retenti, personne n’a soupiré. On a parlé 2030. Un gamin en maillot d’Hakimi répétait les gestes du quart perdu, comme on récite une leçon que l’on sait déjà par cœur. C’est peut-être cela, au fond, la marche d’un continent : tomber debout, se relever en sachant exactement où l’on va. La dernière ligne droite est la plus dure. Elle est aussi la seule qui vaille la peine d’être courue.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 21 juillet 2026
Sources : TV5Monde (bilan des équipes africaines, 10 juillet 2026) · CNEWS (résultats complets de la compétition) · FIFA.com (match centre, finale Espagne-Argentine) · FFF.fr (tableaux et résultats CDM 2026) · BBC Afrique (calendrier et résultats) · Eurosport (« L’avenir sera très beau : le Maroc déçu, mais pas tant », 10 juillet 2026) · Le Desk (« Le mur bleu, encore »).




