CDM 2026 — Maroc : le récit d’un continent en marche

Joueurs marocains célébrant un but en Coupe du Monde — les Lions de l'Atlas, quart de finaliste de la CDM 2026
Les Lions de l’Atlas à l’échauffement avant un match de Coupe du Monde. © Soccer.ru / CC BY-SA 4.0

Mercredi 8 juillet 2026, Houston. Il est 22 heures au NRG Stadium quand Azzedine Ounahi enroule son deuxième but de la soirée face au Canada. Le Maroc vient de valider son billet pour les quarts de finale de la Coupe du Monde 2026. Une formalité, presque. Trois buts à zéro, maîtrise absolue, et cette impression tenace que les Lions de l’Atlas ne jouent plus des matchs de Coupe du Monde : ils écrivent une histoire qui les dépasse.

Demain, jeudi 9 juillet 2026, le Maroc retrouve la France au Lincoln Financial Field de Philadelphie. Quarts de finale. 1 401 jours après cette nuit de Doha où les Bleus avaient éteint le rêve africain en demi-finale (2-0, 14 décembre 2022), les voilà de nouveau face à face. Le contexte a changé, les visages aussi, mais la question reste la même : jusqu’où peut aller cette équipe ?

L’évidence d’une machine

Regardons les chiffres. Cinq matchs disputés dans ce Mondial 2026, cinq matchs sans défaite. Trois victoires, deux nuls, dix buts marqués, quatre encaissés. Le Maroc de Walid Regragui ne promet plus, il délivre.

Le récit chiffré dit beaucoup : Ismaël Saibari, le milieu offensif du PSV Eindhoven, s’est mué en machine à buts — trois réalisations en cinq rencontres, dont l’égalisation décisive face au Brésil (1-1, 13 juin) et le seul but contre l’Écosse (1-0, 19 juin). Achraf Hakimi, capitaine exemplaire, a lui aussi trouvé le chemin des filets contre Haïti (4-2, 24 juin). Soufiane Rahimi en est à deux buts. Ounahi, auteur d’un doublé contre le Canada (4 juillet), rayonne.

Mais ce qui frappe, c’est la manière. Le Maroc 2026 n’est pas une équipe qui subit et contre — c’est une formation qui impose. Face aux Pays-Bas en seizièmes de finale (29 juin), il a fallu une prolongation et une séance de tirs au but (3-2) pour faire plier les Oranje, Issa Diop ayant ouvert le score. La défense, emmenée par le toujours impérial Nayef Aguerd, n’a concédé que quatre buts en 480 minutes de jeu.

La mémoire comme carburant

Pour comprendre ce Maroc-là, il faut remonter le fil. Pas seulement à 2022 — bien que cette demi-finale reste la référence absolue, la première d’une nation africaine à ce stade de la compétition. Il faut remonter au Mondial 1986, quand le Maroc de Bouderbala et Zaki était devenu le premier pays africain à franchir la phase de poules. Il faut se souvenir de Mustapha Hadji en 1998, génie en short trop large illuminant le Mondial français. Il faut convoquer Mexico 1970, León, ce Maroc-RFA inaugural (1-2), quand le royaume disputait son tout premier match de Coupe du Monde.

Ce fil, c’est celui d’une progression constante. En sept participations — 1970, 1986, 1994, 1998, 2018, 2022, 2026 — le Maroc est passé de l’apprentissage à l’ambition, de l’ambition à la confirmation, et de la confirmation à l’évidence. Les chiffres de qualification 2026 sont implacables : huit victoires en huit matchs éliminatoires, 22 buts marqués, 2 encaissés.

Et puis il y a le symbole. Ce Maroc qui affronte la France, c’est aussi l’histoire d’une diaspora, d’une double culture assumée comme une force. Achraf Hakimi, né à Madrid de parents marocains. Youssef En-Nesyri, formé à l’Académie Mohammed VI avant de conquérir l’Europe. Ismaël Saibari, né en Belgique, cœur marocain. Le Maroc de Regragui est une conversation entre le bled et l’exil, entre Darija et français, entre le couscous du vendredi et les datas centers de la performance.

Un continent derrière son phare

Le Maroc n’est plus seul. Quatre autres sélections africaines ont franchi la phase de groupes en 2026 — l’Algérie, le Sénégal, le Ghana et la RD Congo — un record continental. Toutes sont tombées en seizièmes de finale, parfois avec les honneurs (le Sénégal face à la Belgique, le Ghana opposé à la Colombie).

Le Maroc, lui, est allé plus loin. Et en cela, il porte plus que ses propres couleurs. Il porte le poids d’un continent qui, pour la première fois de l’histoire, avait aligné dix nations au départ d’un Mondial — record absolu grâce au format élargi à 48 équipes. Il porte l’espoir têtu de ceux qui, de Dakar à Kinshasa, d’Alger à Johannesburg, veulent croire que la barrière du dernier carré n’était pas un plafond de verre mais une porte qu’on peut rouvrir.

Demain à Philadelphie, il y aura un match de football. La France de Mbappé, de Tchouaméni, de Camavinga — cette même France qui avait refroidi le rêve marocain au stade Al-Bayt en 2022, sur un but précoce de Théo Hernandez et un second de Kolo Muani. Mais il y aura surtout ce frisson collectif qui traversera les rues de Casablanca, les cafés de Rabat, les terrasses de Marrakech, et bien au-delà — les quartiers de Barbès à Paris, les salons de Molenbeek à Bruxelles, les écrans géants de Dakar.

Le Maroc ne demande plus la permission. Il joue, il gagne, il avance. Et le continent tout entier retient son souffle.

Sources

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 8 juillet 2026

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