Canada 0-3 Maroc : un continent debout dans les tribunes de Foxborough

Achraf Hakimi, capitaine du Maroc, brandit le poing après la qualification en quarts de finale du Mondial 2026 contre le Canada
© Reuters / Mike Segar — Achraf Hakimi célèbre la qualification du Maroc en quarts de finale, Gillette Stadium, Foxborough, 4 juillet 2026

Foxborough, Massachusetts, 4 juillet 2026. Le stade Gillette s’est tu. Pas le silence gêné d’une défaite, mais ce silence-là, lourd, respectueux, celui qui précède l’ovation. Sur la pelouse, onze Marocains se tiennent par les épaules, tête haute, face à une marée rouge et verte qui ne redescend plus. Le Maroc vient de balayer le Canada 3-0. Direction les quarts de finale. Et le continent africain tout entier a retenu son souffle.

Le fait

Le 4 juillet 2026, le Maroc a fait exactement ce que personne n’attendait d’une équipe africaine il y a encore dix ans : jouer sans complexe, dominer, conclure. Trois buts — Azzedine Ounahi (49e, 81e) et Soufiane Rahimi (90+7e) — sans en encaisser un seul face au pays co-organisateur. Une démonstration de maîtrise tactique qui a rappelé, à ceux qui en doutaient, que la demi-finale de décembre 2022 n’était pas un accident de parcours.

Le chemin des Lions de l’Atlas dans ce tournoi nord-américain force le respect. En phase de groupes, ils tiennent le Brésil en échec (1-1, 13 juin au MetLife Stadium), dominent l’Écosse avec un but précoce d’Ismael Saibari (1-0, 19 juin), puis écrasent Haïti (4-2, 24 juin) dans un match où Brahim Díaz, le Madrilène, a rappelé pourquoi il est l’un des joueurs les plus surveillés du tournoi. Sept points, deuxièmes derrière la Seleção au goal difference. Puis vient ce trente-deuxième de finale irrespirable contre les Pays-Bas (1-1, 3-2 aux tirs au but, 29 juin) — Yassine Bounou, encore lui, dans les cages, arrête le penalty décisif d’un Oranje sonné.

Et maintenant cette démolition du Canada. Trois buts dans le deuxième acte. Le Maroc devient la première nation africaine à enchaîner deux quarts de finale consécutifs en Coupe du monde. Ce chiffre-là ne dit pas tout, mais il dit l’essentiel.

La lecture

Il faut rembobiner. Doha, 14 décembre 2022. Le Maroc de Walid Regragui vient de tomber contre la France (2-0) en demi-finale du Mondial qatari. Mais le mal était déjà fait — au sens le plus noble du terme. Le Maroc avait éliminé l’Espagne aux tirs au but, fait tomber le Portugal de Cristiano Ronaldo (1-0). Première nation africaine, première nation arabe en demi-finales. Ce soir-là, du Cap à Casablanca, de Dakar à Nairobi, l’Afrique a dansé. Pas pour un succès d’étape : pour une preuve. La preuve que le plafond de verre n’existait que dans les têtes.

Quatre ans plus tard, le visage a changé. Regragui n’est plus aux commandes — remplacé en mars 2026 par Mohamed Ouahbi, technicien de la formation monté en première équipe, pari de la Fédération royale marocaine (FRMF) sur la continuité plutôt que la rupture. Le groupe, lui, a mûri. Achraf Hakimi (PSG), 27 ans, porte le brassard avec l’autorité d’un cadre de très haut niveau international. Brahim Díaz (Real Madrid) apporte la créativité et l’imprévisibilité qui manquaient en 2022. Sofyan Amrabat (Real Betis), infatigable, demeure le poumon du milieu. Et Bounou, 35 ans, garde les cages comme on garde un temple.

Mais la lecture, la vraie, elle est ailleurs. Ce Maroc 2026, c’est aussi — c’est surtout — le produit d’une diaspora assumée et d’une stratégie fédérale cohérente. Dix-neuf joueurs sur les vingt-six du groupe sont nés hors du Maroc. Aux Pays-Bas, en France, en Belgique, en Espagne. La FRMF a systématiquement convaincu ces binationaux de choisir le maillot rouge, et le résultat est là : une équipe qui parle cinq langues dans le vestiaire mais une seule sur le terrain.

La perspective

Le 9 juillet 2026, à Foxborough toujours, ce sera la France en quarts de finale. Une affiche qui pèse lourd des deux côtés du filet. Pour les Bleus de Deschamps, un remake de la demi-finale 2022 qu’il faudra assumer sans Mbappé, forfait sur blessure depuis les huitièmes. Pour le Maroc, l’occasion de refermer une parenthèse entamée au Al-Bayt Stadium et d’en ouvrir une autre — plus grande, plus définitive.

Au-delà du match, il y a ce que ce Maroc raconte d’un continent. Dix sélections africaines au départ de cette Coupe du monde 2026 — un record absolu, rendu possible par le format élargi à 48 équipes. Le Sénégal, l’Algérie, l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Tunisie, le Cap-Vert, l’Afrique du Sud et la RD Congo sont là. Des ambitions, des talents, des histoires. Mais c’est le Maroc qui porte l’étendard le plus haut, le plus loin.

À Casablanca, à Rabat, on sait déjà que 2030 — la Coupe du monde que le Maroc co-organisera avec l’Espagne et le Portugal — sera l’aboutissement d’une décennie de travail méthodique. La FRMF a investi dans les infrastructures (le Complexe Mohammed VI, inauguré en 2019, est une référence continentale), dans la formation (l’Académie Mohammed VI a produit Nayef Aguerd, Ounahi, et le regretté Youssef En-Nesyri — absent surprise de la liste 2026), dans la détection des talents de la diaspora. Ce qui se passe au Gillette Stadium en cette première semaine de juillet n’est pas un miracle. C’est la partie émergée d’un plan.

Alors, le 9 juillet, quand l’arbitre sifflera le coup d’envoi de France-Maroc, l’Afrique ne regardera pas un match de football. Elle regardera un miroir. Et dans ce miroir, pour la première fois depuis que Pelé avait prédit qu’un pays africain gagnerait la Coupe du monde avant l’an 2000, elle commencera à apercevoir autre chose qu’un rêve.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 7 juillet 2026

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