Le continent des dix — L’Afrique débarque en force au Mondial 2026

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Illustration IA — ÉLOQUENCE / africatopsports.com

Mexico City, 11 juin 2026. L’Estadio Azteca vibre sous les *olés* quand le Mexique ouvre le score. Sur le terrain, onze Sud-Africains en vert et or tentent de colmater les brèches. Peu importe le résultat ce soir-là — une défaite 2-0, deux cartons rouges, neuf contre onze —, l’image est là, brute, presque irréelle : l’Afrique est représentée par dix nations à une Coupe du Monde pour la première fois de l’histoire.

Cinq, c’était le plafond depuis 1998. Le verre n’a pas été cassé : il a volé en éclats.

La qualification, une opération vérité

Neuf places directes. Un barrage intercontinental arraché par la RD Congo face à la Jamaïque (1-0 après prolongation, en avril 2026). Quand la FIFA a porté le nombre d’équipes à quarante-huit, beaucoup ont crié à la dilution. Les Africains, eux, ont simplement pris les sièges qu’on leur offrait — et ils les ont occupés sans laisser de vide.

Regardons le contingent :

**Maroc** (Groupe C). Demi-finaliste en 2022, vice-champion du monde à la régulière pour beaucoup d’observateurs. Hakimi capitaine, Brahim Díaz en chef d’orchestre, Mohamed Ouahbi sur le banc depuis janvier. Premier match ce 13 juin face au Brésil à East Rutherford. Le Maroc n’est plus une surprise : c’est une confirmation attendue.

**Sénégal** (Groupe I). Pape Thiaw a reconstruit après l’ère Cissé. Mané vieillit mais reste le guide spirituel, Koulibaly tient la défense, et la génération des Sarr, Ndiaye, Diallo amène ce que le Sénégal n’a jamais eu en abondance : de la profondeur. Mais le tirage est impitoyable : France, Norvège, Irak.

**Côte d’Ivoire** (Groupe E). Championne d’Afrique 2024 à domicile, dans des conditions que nul n’oubliera. Haller, Fofana, Sangaré, Diomande — l’armature existe. Le défi ? L’Allemagne d’entrée, l’Équateur en embuscade.

**Algérie** (Groupe J). Une génération de transition, mais Mahrez porte encore le brassard. Bennacer, Bounedjaoui, Gouiri. L’Argentine championne du monde en titre attend au tournant.

**Égypte** (Groupe G). Salah, toujours. À trente-quatre ans, le Pharaon vit sans doute son dernier Mondial. La Belgique, l’Iran, la Nouvelle-Zélande : un groupe ouvert, peut-être le plus jouable pour une nation africaine.

**Tunisie** (Groupe F). Les Aigles de Carthage, éternels outsiders, disciplinés et rugueux. Pays-Bas, Japon, Suède : trois styles différents pour un test complet.

**Ghana** (Groupe L). Les Black Stars panseront-elles les plaies de 2022 ? Kudus, Partey, Semenyo. L’Angleterre et la Croatie pour mesurer le chemin parcouru.

**Cap-Vert** (Groupe H). La première. Trois cent mille habitants, une île volcanique battue par l’Atlantique, et une place parmi les quarante-huit. L’Espagne, l’Arabie Saoudite, l’Uruguay : une chance d’écrire la plus belle histoire du tournoi.

**Afrique du Sud** (Groupe A). De retour après 2010. Hugo Broos, bâtisseur patient, a fait confiance à une génération qui a grandi dans l’ombre des Springboks champions du monde. Le Mexique leur a rappelé le niveau.

**RD Congo** (Groupe K). Soixante-douze ans d’attente, depuis 1974. Les Léopards de Desabre jouent leur survie au sein du groupe K face au Portugal, à la Colombie et à l’Ouzbékistan. Présents, déjà.

Dix signatures, une seule histoire

C’est peut-être ça, la vraie mesure du progrès. En 2022, cinq nations africaines étaient qualifiées, et le Maroc avait porté le rêve jusqu’en demi-finale. En 2026, elles sont dix — non pas par l’effet d’un tirage favorable, ni par la générosité d’une instance, mais par le travail patient des fédérations, la multiplication des centres de formation, l’exil assumé des jeunes talents vers les championnats européens, et la consolidation des championnats locaux.

Chaque sélection raconte une histoire différente :

  • Le **Maroc** incarne l’ambition méthodique, presque bureaucratique dans sa planification
  • Le **Sénégal** porte la flamme de 2002, ce premier exploit collectif qui a changé le regard du continent sur lui-même
  • La **Côte d’Ivoire** est la résilience faite nation, capable de se relever après avoir touché le fond dans sa propre CAN
  • Le **Cap-Vert** est la poésie du football, la preuve que la taille d’un pays n’empêche pas la grandeur d’une équipe
  • La **RD Congo** est la mémoire longue, le rappel que les Léopards rugissaient déjà avant l’indépendance

Le mur du deuxième tour

Reste une vérité que Mamadou ne peut taire, par fidélité à ses lecteurs : l’Afrique n’a jamais placé plus de deux équipes en huitièmes (ou deuxième tour) d’un même Mondial. C’était en 2014, avec l’Algérie et le Nigeria. En 2022, trois — Sénégal, Maroc, Ghana, mais le Ghana était sorti dès la phase de groupes et seul le Maroc avait survécu au-delà.

Dix équipes, c’est un record. Mais un record de participation. Ceux qui comptent vraiment — les qualifications pour les phases à élimination directe — n’ont pas encore suivi la même courbe.

Les groupes sont difficiles. Sans exception. Le Brésil pour le Maroc, la France pour le Sénégal, l’Allemagne pour la Côte d’Ivoire, l’Argentine pour l’Algérie, la Belgique pour l’Égypte, l’Angleterre pour le Ghana, l’Espagne pour le Cap-Vert, le Portugal pour la RDC, les Pays-Bas pour la Tunisie. Seule l’Afrique du Sud (Mexique, Corée du Sud, Tchéquie) a un groupe où chaque point est prenable.

Ce que disent les gradins

À Mexico, le 11 juin, les supporters sud-africains étaient là. Chantant, vibrant, *vuvuzelas* en bandoulière — souvenir de 2010. Dans les rues de Guadalajara, des Marocains en djellaba rouge. Dans les gradins de Toronto, des Sénégalais mêlés aux supporters canadiens.

La diaspora africaine en Amérique du Nord est une force que les organisateurs n’avaient pas anticipée. Troisième vague d’immigration, étudiants, travailleurs qualifiés, familles installées depuis les années 1990 — ils sont des dizaines de milliers à pouvoir prendre leur voiture, leur bus, leur avion pour suivre leur sélection.

Ce n’est pas un public captif. C’est un public stratégique.

>

*— Ce qui se joue dans cette Coupe du Monde, ce n’est pas seulement la performance de dix équipes. C’est la démonstration que l’Afrique n’est plus une invitée dans le football mondial. Elle en est une composante structurelle.*

*Reste à savoir si les résultats suivront. Dans les stades climatisés d’Amérique du Nord, sous les yeux d’un monde qui regarde, les dix doivent maintenant prouver que le nombre n’est pas un mirage.*

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Le continent des dix — L’Afrique débarque en force au Mondial 2026

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Illustration IA — ÉLOQUENCE / africatopsports.com

Mexico City, 11 juin 2026. L’Estadio Azteca vibre sous les *olés* quand le Mexique ouvre le score. Sur le terrain, onze Sud-Africains en vert et or tentent de colmater les brèches. Peu importe le résultat ce soir-là — une défaite 2-0, deux cartons rouges, neuf contre onze —, l’image est là, brute, presque irréelle : l’Afrique est représentée par dix nations à une Coupe du Monde pour la première fois de l’histoire.

Cinq, c’était le plafond depuis 1998. Le verre n’a pas été cassé : il a volé en éclats.

La qualification, une opération vérité

Neuf places directes. Un barrage intercontinental arraché par la RD Congo face à la Jamaïque (1-0 après prolongation, en avril 2026). Quand la FIFA a porté le nombre d’équipes à quarante-huit, beaucoup ont crié à la dilution. Les Africains, eux, ont simplement pris les sièges qu’on leur offrait — et ils les ont occupés sans laisser de vide.

Regardons le contingent :

**Maroc** (Groupe C). Demi-finaliste en 2022, vice-champion du monde à la régulière pour beaucoup d’observateurs. Hakimi capitaine, Brahim Díaz en chef d’orchestre, Mohamed Ouahbi sur le banc depuis janvier. Premier match ce 13 juin face au Brésil à East Rutherford. Le Maroc n’est plus une surprise : c’est une confirmation attendue.

**Sénégal** (Groupe I). Pape Thiaw a reconstruit après l’ère Cissé. Mané vieillit mais reste le guide spirituel, Koulibaly tient la défense, et la génération des Sarr, Ndiaye, Diallo amène ce que le Sénégal n’a jamais eu en abondance : de la profondeur. Mais le tirage est impitoyable : France, Norvège, Irak.

**Côte d’Ivoire** (Groupe E). Championne d’Afrique 2024 à domicile, dans des conditions que nul n’oubliera. Haller, Fofana, Sangaré, Diomande — l’armature existe. Le défi ? L’Allemagne d’entrée, l’Équateur en embuscade.

**Algérie** (Groupe J). Une génération de transition, mais Mahrez porte encore le brassard. Bennacer, Bounedjaoui, Gouiri. L’Argentine championne du monde en titre attend au tournant.

**Égypte** (Groupe G). Salah, toujours. À trente-quatre ans, le Pharaon vit sans doute son dernier Mondial. La Belgique, l’Iran, la Nouvelle-Zélande : un groupe ouvert, peut-être le plus jouable pour une nation africaine.

**Tunisie** (Groupe F). Les Aigles de Carthage, éternels outsiders, disciplinés et rugueux. Pays-Bas, Japon, Suède : trois styles différents pour un test complet.

**Ghana** (Groupe L). Les Black Stars panseront-elles les plaies de 2022 ? Kudus, Partey, Semenyo. L’Angleterre et la Croatie pour mesurer le chemin parcouru.

**Cap-Vert** (Groupe H). La première. Trois cent mille habitants, une île volcanique battue par l’Atlantique, et une place parmi les quarante-huit. L’Espagne, l’Arabie Saoudite, l’Uruguay : une chance d’écrire la plus belle histoire du tournoi.

**Afrique du Sud** (Groupe A). De retour après 2010. Hugo Broos, bâtisseur patient, a fait confiance à une génération qui a grandi dans l’ombre des Springboks champions du monde. Le Mexique leur a rappelé le niveau.

**RD Congo** (Groupe K). Soixante-douze ans d’attente, depuis 1974. Les Léopards de Desabre jouent leur survie au sein du groupe K face au Portugal, à la Colombie et à l’Ouzbékistan. Présents, déjà.

Dix signatures, une seule histoire

C’est peut-être ça, la vraie mesure du progrès. En 2022, cinq nations africaines étaient qualifiées, et le Maroc avait porté le rêve jusqu’en demi-finale. En 2026, elles sont dix — non pas par l’effet d’un tirage favorable, ni par la générosité d’une instance, mais par le travail patient des fédérations, la multiplication des centres de formation, l’exil assumé des jeunes talents vers les championnats européens, et la consolidation des championnats locaux.

Chaque sélection raconte une histoire différente :

  • Le **Maroc** incarne l’ambition méthodique, presque bureaucratique dans sa planification
  • Le **Sénégal** porte la flamme de 2002, ce premier exploit collectif qui a changé le regard du continent sur lui-même
  • La **Côte d’Ivoire** est la résilience faite nation, capable de se relever après avoir touché le fond dans sa propre CAN
  • Le **Cap-Vert** est la poésie du football, la preuve que la taille d’un pays n’empêche pas la grandeur d’une équipe
  • La **RD Congo** est la mémoire longue, le rappel que les Léopards rugissaient déjà avant l’indépendance

Le mur du deuxième tour

Reste une vérité que Mamadou ne peut taire, par fidélité à ses lecteurs : l’Afrique n’a jamais placé plus de deux équipes en huitièmes (ou deuxième tour) d’un même Mondial. C’était en 2014, avec l’Algérie et le Nigeria. En 2022, trois — Sénégal, Maroc, Ghana, mais le Ghana était sorti dès la phase de groupes et seul le Maroc avait survécu au-delà.

Dix équipes, c’est un record. Mais un record de participation. Ceux qui comptent vraiment — les qualifications pour les phases à élimination directe — n’ont pas encore suivi la même courbe.

Les groupes sont difficiles. Sans exception. Le Brésil pour le Maroc, la France pour le Sénégal, l’Allemagne pour la Côte d’Ivoire, l’Argentine pour l’Algérie, la Belgique pour l’Égypte, l’Angleterre pour le Ghana, l’Espagne pour le Cap-Vert, le Portugal pour la RDC, les Pays-Bas pour la Tunisie. Seule l’Afrique du Sud (Mexique, Corée du Sud, Tchéquie) a un groupe où chaque point est prenable.

Ce que disent les gradins

À Mexico, le 11 juin, les supporters sud-africains étaient là. Chantant, vibrant, *vuvuzelas* en bandoulière — souvenir de 2010. Dans les rues de Guadalajara, des Marocains en djellaba rouge. Dans les gradins de Toronto, des Sénégalais mêlés aux supporters canadiens.

La diaspora africaine en Amérique du Nord est une force que les organisateurs n’avaient pas anticipée. Troisième vague d’immigration, étudiants, travailleurs qualifiés, familles installées depuis les années 1990 — ils sont des dizaines de milliers à pouvoir prendre leur voiture, leur bus, leur avion pour suivre leur sélection.

Ce n’est pas un public captif. C’est un public stratégique.

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*— Ce qui se joue dans cette Coupe du Monde, ce n’est pas seulement la performance de dix équipes. C’est la démonstration que l’Afrique n’est plus une invitée dans le football mondial. Elle en est une composante structurelle.*

*Reste à savoir si les résultats suivront. Dans les stades climatisés d’Amérique du Nord, sous les yeux d’un monde qui regarde, les dix doivent maintenant prouver que le nombre n’est pas un mirage.*

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