Maroc 2026 : quand l’Atlas a porté tout un continent

Lions de l'Atlas - Coupe du Monde 2026
Photo : Génération IA / AfricaTopSports

Rabat, nuit du 11 au 12 juillet 2026. L’avion se pose sur le tarmac de Rabat-Salé peu après une heure du matin. Dans les travées de l’aéroport, des centaines de supporters attendent. Des drapeaux rouges, des drapeaux verts, des visages fatigués mais fiers. Les Lions de l’Atlas rentrent à la maison. Éliminés deux jours plus tôt par la France en quarts de finale de la Coupe du Monde 2026 (2-0, Boston), ils sont la dernière sélection africaine à avoir quitté le tournoi. Et la première, aussi, à avoir porté si loin l’espoir d’un continent entier.

Le fait : six matchs, un continent debout

Le parcours du Maroc à la Coupe du Monde 2026 — co-organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique — s’est achevé le 9 juillet 2026 au Gillette Stadium de Foxborough, près de Boston. Devant une foule acquise à la cause française, les coéquipiers de Hakimi ont cédé sur deux coups frappés de toute leur classe par Kylian Mbappé (60e) et Ousmane Dembélé (66e). Score final : France 2, Maroc 0. FIFA Match Centre.

Mais le bilan, lui, respire la solidité. Six matchs disputés, trois victoires, deux nuls — dont un transformé en qualification aux tirs au but — et une seule défaite. Dix buts marqués, six encaissés. Le Maroc a terminé deuxième du Groupe C derrière le Brésil, avec sept points : nul contre la Seleção (1-1, 13 juin, New York), victoire contre l’Écosse (1-0, 19 juin, Boston), succès large face à Haïti (4-2, 24 juin, Atlanta). FIFA — Morocco fixtures.

En phase à élimination directe, le Maroc a d’abord écarté les Pays-Bas à Monterrey le 29 juin, au terme d’un match d’anthologie : mené 1-0 sur un but de Cody Gakpo (72e), Issa Diop a égalisé dans le temps additionnel (90e+1) avant que Yassine Bounou — Bono — ne repousse la tentative de Crysencio Summerville lors de la séance de tirs au but. Ismael Saibari a transformé le tir décisif. Score : 1-1, 3-2 aux tirs au but. Reuters, 30 juin 2026.

Huit jours plus tard, à Houston, le Maroc a balayé le Canada — nation hôte — sur le score de 3-0 en huitièmes de finale. Azzedine Ounahi, homme du match, a signé un doublé (50e, 82e) avant que Soufiane Rahimi ne scelle le résultat dans le temps additionnel (90e+8). ESPN — Morocco vs Canada.

La lecture : 2022 n’était pas un accident

Il y a un fantôme qui hante ce parcours. Le 14 décembre 2022, au stade Al-Bayt d’Al-Khor, la France avait déjà battu le Maroc 2-0. C’était en demi-finale. Theo Hernández (5e) et Randal Kolo Muani (79e). Ce soir-là, le Maroc était devenu la première sélection africaine de l’histoire à atteindre ce stade. ESPN — Morocco vs France 2022.

Quatre ans plus tard, même score, même adversaire, même élimination. Mais tout a changé. Walid Regragui — l’homme du raid 2022 — a démissionné en mars 2026, épuisé par la pression et la trajectoire. C’est Mohamed Ouahbi, ancien sélectionneur des U-20, qui a pris les rênes. Et le Maroc n’a rien perdu de sa superbe. Au contraire : là où l’édition 2022 ressemblait à un coup d’éclat, 2026 confirme une dynamique. ESPN — Morocco positives.

Les Lions de l’Atlas ont atteint les quarts de finale pour la deuxième Coupe du Monde consécutive. Ce n’était plus l’exploit. C’était la norme. Et cette norme-là, pour le continent africain, change tout. Le Matin — Parcours des Lions de l’Atlas.

Bono, dans les buts, a continué d’exorciser les tirs au but comme il l’avait fait en Espagne en 2022. Ounahi, l’homme des grands soirs, a confirmé qu’il savait marquer quand le continent retenait son souffle. Rahimi, lui, est l’homme des derniers instants — un tueur de temps additionnel.

La perspective : l’Afrique a bougé la ligne

À Rabat, dans la nuit du 11 au 12 juillet, Le Monde rapportait ces mots d’un supporter : « Les Français ont brisé notre rêve. » Le Monde, 10 juillet 2026. La phrase est belle, mais elle ne raconte qu’une partie de l’histoire. Le rêve n’est pas brisé. Il est en construction.

Le Maroc est la dernière équipe africaine à avoir quitté la CDM 2026. Dix nations du continent y étaient qualifiées — un record absolu dans le format 48. Le Cameroun et le Nigeria, eux, étaient absents, et c’est une autre conversation. Mais parmi les dix, seule une a franchi la barre des quarts. Et elle l’a fait pour la deuxième fois de suite. RFI — La fièvre monte au Maroc.

Mohamed Ouahbi, le sélectionneur, a prononcé des mots simples après l’élimination : « On reviendra plus fort. » Il a aussi parlé de la Coupe du Monde 2030, que le Maroc co-organisera avec l’Espagne et le Portugal. New Indian Express, 10 juillet 2026. Quand on sait ce que la fièvre d’un pays hôte peut faire — on l’a vu en 2010 avec l’Afrique du Sud — on mesure ce que cette perspective signifie pour tout le continent.

Le Maroc n’est plus l’exception africaine qui s’émerveille de ses propres exploits. Il est devenu une puissance du football mondial qui attend légitimement les quarts, voire les demies, à chaque tournoi. Et quand l’Atlas porte, c’est tout un continent qui se redresse. De Dakar à Accra, du Caire à Kinshasa, on a vibré rouge et vert. On a crié pour Bono, pour Ounahi, pour Rahimi. Pas par mimétisme. Par reconnaissance.

Le rêve, lui, est déjà debout. Et il marche.

Sources : FIFA.com, Reuters, ESPN, Le Monde, RFI Afrique, Le Matin (Maroc), France 24, New Indian Express.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 16 juillet 2026

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