CDM 2026 — Maroc : deux quarts de finale daffilée, lAfrique n’est plus une invitée

Azzedine Ounahi et Soufiane Rahimi célèbrent le troisième but marocain face au Canada en huitième de finale de la CDM 2026, Houston, 4 juillet 2026
Azzedine Ounahi (à droite) célèbre son doublé aux côtés de Soufiane Rahimi, buteur lui aussi, lors de la victoire 3-0 du Maroc contre le Canada en huitième de finale. Houston, Texas, 4 juillet 2026. © Getty Images / FIFA

Boston, Massachusetts — 9 juillet 2026. Le soir tombe sur le Gillette Stadium. Dans les tribunes, les milliers de drapeaux rouges frappés de l’étoile verte ne flottent plus. Kylian Mbappé vient de sceller le sort des Lions de l’Atlas, 2-0. Le Maroc s’arrête aux portes des demi-finales, comme une réplique inversée de son exploit de 2022. Mais si le score est sans appel, le parcours, lui, mérite mieux que le silence de la défaite. En atteignant les quarts de finale pour la deuxième Coupe du Monde consécutive, le Maroc a écrit une page que personne, sur le continent, n’avait jamais tournée avant lui.

Le fait : un parcours maîtrisé jusqu’à l’écueil français

Les chiffres racontent une trajectoire solide. En six matchs, le Maroc a signé trois victoires, deux nuls et une seule défaite — celle de trop face à la France. Dix buts marqués, six encaissés, deux clean sheets. Walid Regragui a construit une équipe qui ne s’affole pas, qui sait tenir un résultat et qui sait aussi se projeter quand l’occasion l’exige.

La phase de groupes avait pourtant valeur de test. Placé dans le groupe C avec le Brésil, l’Écosse et Haïti, le Maroc entame par un match référence : un nul 1-1 face à la Seleção, le 13 juin à New York. Youssef En-Nesyri, de la tête, répond à l’ouverture du score brésilienne. Puis vient la patience face à l’Écosse — 1-0, but d’Achraf Hakimi sur coup franc, le 19 juin à Kansas City. Enfin, la démonstration offensive contre Haïti : 4-2, le 24 juin à Los Angeles, avec un doublé de Brahim Díaz et des réalisations d’Azzedine Ounahi et Soufiane Rahimi. Sept points, deuxième place, qualification.

Les huitièmes de finale du format 48 équipes (les « Round of 32 ») réservent un choc : les Pays-Bas, le 29 juin à Miami. Après 120 minutes d’un combat tactique intense (1-1, but néerlandais de Cody Gakpo égalisé par Ismaël Saibari), la séance de tirs au but tourne en faveur des Lions. Saibari, encore lui, transforme le penalty décisif. Le Maroc passe 3-2 aux tirs au but. Une victoire qui dit tout de la solidité mentale forgée depuis 2022.

Le Canada, pays co-organisateur, tombe ensuite 3-0 en huitième de finale (Round of 16), le 4 juillet à Houston. Ounahi, étincelant, y va de son doublé ; Rahimi ajoute le troisième. À ce stade, le Maroc est la seule équipe africaine encore en lice. Le continent retient son souffle.

Mais le 9 juillet, à Boston, la France est un mur. Didier Deschamps a préparé son affaire. Mbappé ouvre le score, Ousmane Dembélé double la mise. Les Lions de l’Atlas poussent, frappent au but, mais butent sur Mike Maignan, impérial. 2-0, fin du rêve.

La lecture : un héritage qui n’est plus une exception

Pour comprendre ce que ce parcours signifie, il faut remonter le fil. Décembre 2022 : le Maroc devient la première sélection africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du Monde. On a dit « exploit », « miracle », comme on le dit toujours quand l’Afrique dépasse les attentes qu’on lui assigne. Quatre ans plus tard, le Maroc revient en quarts. Ce n’est plus un miracle. C’est une confirmation.

Le football africain a longtemps traîné ce complexe du « presque ». Cameroun 1990, quart de finale arraché à l’Argentine de Maradona avant de tomber face à l’Angleterre. Sénégal 2002, quart contre la Turquie après avoir fait tomber la France championne du monde. Ghana 2010, la main de Suárez et ce penalty de Gyan sur la barre qui a privé le continent d’une demi-finale. À chaque fois, le scénario était le même : une percée, une émotion, puis le silence. On recommençait de zéro quatre ans plus tard.

Le Maroc de Regragui a brisé ce cycle. En 2022, il a montré la voie. En 2026, il a prouvé que la voie pouvait être durable. Les Lions de l’Atlas sont la première équipe africaine à enchaîner deux quarts de finale, et le simple fait de l’écrire change la grammaire du récit. On ne parle plus d’une équipe qui a « réussi un coup ». On parle d’une sélection installée dans la hiérarchie mondiale.

La perspective : un continent qui prend l’habitude

Le Maroc n’était pas seul. Cette CDM 2026 a vu neuf sélections africaines sur dix franchir la phase de groupes — un record absolu. Seule la Tunisie est restée à quai. L’Égypte de Mohamed Salah a fait trembler l’Argentine championne du monde en menant 2-0 en huitième, avant de céder 3-2 dans un scénario cruel. Le Sénégal, malgré un groupe difficile (France, Norvège), a signé un retentissant 5-0 contre l’Irak — première équipe africaine à inscrire cinq buts dans un match de Coupe du Monde. L’Algérie de Riyad Mahrez a tenu tête à l’Autriche dans un 3-3 d’anthologie.

Pris ensemble, ces résultats dessinent une nouvelle carte. L’Afrique ne vient plus seulement « participer ». Elle vient jouer, et jouer longtemps. L’élargissement à 48 équipes a donné plus de places — dix au lieu de cinq — mais les sélections africaines n’ont pas fait de la figuration. Elles ont gagné des matchs, éliminé des poids lourds, poussé des favoris dans leurs derniers retranchements.

Reste une question, que le vestiaire marocain connaît bien : et maintenant ? Le Maroc a tutoyé les demi-finales en 2022, il s’est arrêté en quarts en 2026. La prochaine marche exige autre chose : un effectif capable de rivaliser avec les toutes meilleures nations sur 90 ou 120 minutes sans que la différence de profondeur de banc ne pèse trop lourd. C’est le défi de la décennie.

Mais ce 9 juillet 2026, dans la nuit de Boston, il ne fallait pas lire la fin d’une histoire. Il fallait y voir un chapitre. Le Maroc a enseigné à l’Afrique qu’une demi-finale n’est pas un sommet qu’on atteint une fois par hasard. C’est une altitude à laquelle on peut revenir, à condition d’en faire une habitude.

Cet article a été rédigé à partir des sources suivantes : FIFA.com (statistiques officielles CDM 2026), CAF Online, Reuters (dépêche du 4 juillet 2026), Al Jazeera Sports (compte-rendu Maroc–Pays-Bas, 30 juin 2026), ESPN (tableau final et résultats), AFP (synthèse du parcours africain), France Football (analyse France–Maroc, 10 juillet 2026), L’Équipe (bilan CDM 2026).

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 22 juillet 2026

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