CDM 2026 : Le Maroc tombe, l’Afrique se lève — chronique d’une sortie qui n’en est pas une

Les Lions de l'Atlas durant l'hymne national à Foxborough, 9 juillet 2026
© Reuters / Brian Snyder

Foxborough, Massachusetts, 9 juillet 2026. Il est 22h17 heure locale quand Achraf Hakimi s’effondre sur la pelouse du Gillette Stadium. Le capitaine des Lions de l’Atlas vient de jouer son 84e match en sélection. Autour de lui, Ounahi, En-Nesyri, Saibari — visages fermés, regards perdus vers un tableau d’affichage qui ne ment pas. France 2, Maroc 0. Le rêve s’arrête en quart de finale. Comme en 2022. Contre les mêmes.

Pourtant, ce 9 juillet 2026 ne ressemble pas au 14 décembre 2022. Il y a quatre ans à Doha, la demi-finale perdue contre ces mêmes Bleus (2-0 déjà) avait la saveur de l’exploit — la première demi-finale africaine de l’histoire, un continent entier debout. Ce soir, à Foxborough, c’est autre chose. C’est la confirmation.

Le fait

Le Maroc a quitté la Coupe du monde 2026 avec un bilan éloquent : trois victoires, deux nuls, une seule défaite. Dix buts marqués, six encaissés. Un parcours qui a vu les Lions tenir tête au Brésil (1-1, 13 juin), battre l’Écosse (1-0, 19 juin), écraser Haïti (4-2, 24 juin), éliminer les Pays-Bas aux tirs au but en seizièmes (1-1, 3-2 aux penalties, 29 juin) et donner une leçon de réalisme au Canada en huitièmes (3-0, 4 juillet).

Le quart de finale contre la France est venu briser cette mécanique. Kylian Mbappé, après avoir manqué un penalty à la 28e minute, a ouvert le score à l’heure de jeu (60e). Six minutes plus tard, une talonnade du génie de Bondy déposait Ousmane Dembélé devant le but pour le 2-0. Le Maroc, dominateur en possession par séquences, n’a cadré qu’un seul tir en 90 minutes — un coup franc d’Hakimi à la 44e, flirtant avec le poteau droit de Mike Maignan. Trop peu. Trop tard. Comme si le passé se refusait à lâcher prise.

Selon les données FIFA, la France a frappé 21 fois au but contre 4 pour le Maroc. L’écart statistique le plus sévère depuis le début du tournoi pour les hommes de Mohamed Ouahbi.

La lecture

Il faut remonter le fil. Ce Maroc-là n’aurait jamais dû être là — ou plutôt, c’est ce qu’on disait encore en 2022. Mais voilà : depuis ce soir de décembre où Walid Regragui et ses hommes ont fait trembler la planète football, quelque chose a basculé.

Regragui est parti en mars 2026, trois mois avant le tournoi. Démission. Jamais vraiment expliquée, si ce n’est par la fatigue d’un homme qui a porté une nation sur ses épaules pendant quatre ans — CAN 2025 remportée, qualification pour 2026 assurée, quatrième place mondiale en 2022. Son successeur, Mohamed Ouahbi, ancien sélectionneur des U23, a hérité d’une équipe rodée mais d’une pression inédite. Et il a tenu.

Ce qui frappe, dans ce parcours 2026, c’est la maturité. Le Maroc n’a plus besoin d’être le Petit Poucet qui mord les chevilles des grands. Il est devenu un grand à son tour. La victoire contre les Pays-Bas aux penalties — un peuple orange entier muselé par Bounou dans la séance —, le récital offensif contre Haïti avec un Ounahi étincelant, auteur d’un doublé contre le Canada, disent une chose : cette équipe sait gagner. Et elle sait gagner autrement.

Il y a dans cette sélection l’empreinte d’une diaspora qui a choisi de rentrer — Hakimi formé au Real Madrid, Ounahi passé par Avranches avant Marseille puis Gérone, En-Nesyri et ses buts décisifs sous le maillot frappé de l’étoile. Le Maroc de 2026, c’est le produit d’un investissement de quinze ans dans les académies, dans la détection, dans la conviction que le talent marocain pouvait rivaliser sans complexe.

La perspective

La question n’est plus de savoir si une équipe africaine peut atteindre les demi-finales d’une Coupe du monde. Le Maroc l’a fait en 2022. La question, désormais, c’est : qui sera la prochaine ? Et quand ?

Dix sélections africaines étaient au départ de cette Coupe du monde 2026 — un record. Le Sénégal, l’Algérie, l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Tunisie, le Cap-Vert, l’Afrique du Sud et la RD Congo. Certaines sont encore en lice. D’autres sont déjà rentrées. Mais aucune n’incarne avec autant de constance cette idée que l’Afrique n’est plus invitée — elle est chez elle.

Le Maroc a perdu un match. Il n’a pas perdu son rang. Le projet « 2030 » est déjà dans toutes les têtes — une candidature commune avec l’Espagne et le Portugal pour organiser la Coupe du monde du centenaire. Les infrastructures sortent de terre, le Grand Stade Hassan II de Casablanca promet d’être l’un des plus beaux du monde. Le football marocain ne regarde plus le présent : il construit l’avenir.

Ce 9 juillet 2026 au Gillette Stadium, Hakimi est resté longuement assis sur la pelouse. Il avait les yeux rouges. Mais il n’a pas baissé la tête. Autour de lui, les siens formaient déjà le cercle. Le cercle de ceux qui savent qu’ils reviendront.

L’Afrique, elle, regardait. Et elle notait.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 10 juillet 2026

Sources

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