CDM 2026 — Maroc : le récit d’un continent en marche

L'équipe du Maroc avant le match contre le Brésil, Coupe du monde 2026
Photo : YantsImages (Asatur Yesayants), Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

New York, 19 juillet 2026. Quelque part dans les tribunes du MetLife Stadium, un supporter marocain range son drapeau. L’Espagne vient de battre l’Argentine, la Coupe du monde s’achève, et le Maroc n’est plus sur la pelouse depuis dix jours. Mais ce drapeau replié ne dit pas la défaite. Il dit qu’on range une bannière pour mieux la ressortir, un jour, ailleurs, plus haut. Dix jours plus tôt, au Lincoln Financial Field de Philadelphie, les Lions de l’Atlas s’inclinaient 2-0 face à la France en quart de finale. L’Afrique quittait le Mondial. Mais elle le quittait debout.

Le fait : six matchs, deux quarts, une confirmation

Le Maroc a disputé six rencontres dans ce Mondial 2026 à 48 équipes — un tour de plus que dans l’ancien format. Versé dans le groupe C aux côtés du Brésil, de l’Écosse et d’Haïti, il a d’abord tenu la Seleção en échec (1-1, but de Saibari), puis battu l’Écosse (1-0, Saibari encore, après 71 secondes — alors le but le plus rapide du tournoi) avant de dominer Haïti (4-2, avec des buts d’Hakimi, Saibari, Rahimi et Gessime Yassine).

Deuxième du groupe derrière le Brésil à la différence de buts, le Maroc a ensuite franchi deux tours à élimination directe. En seizièmes, il a éliminé les Pays-Bas aux tirs au but (1-1, 3-2 tab), grâce à une égalisation d’Issa Diop dans le temps additionnel et un arrêt de Yassine Bounou sur la tentative de Summerville. En huitièmes, il a surclassé le Canada coorganisateur (3-0), avec un doublé d’Azzedine Ounahi — premier joueur africain depuis 2002 à signer un doublé dans un match à élimination directe de Coupe du monde. Le quart de finale contre la France a marqué la fin du voyage : 2-0, buts de Mbappé et Dembélé, un seul tir cadré marocain.

Le bilan comptable : 3 victoires, 2 nuls, 1 défaite, 10 buts marqués, 6 encaissés. Le Maroc est devenu la première sélection africaine à atteindre deux quarts de finale consécutifs en Coupe du monde. Il totalise désormais 4 victoires en matchs à élimination directe — autant que toutes les autres nations africaines réunies. Son 27e match dans la compétition en fait la nation africaine la plus capée de l’histoire, devant le Cameroun (26).

La lecture : une équipe qui n’est plus une surprise

Revenons quatre ans en arrière. Doha, décembre 2022. Le Maroc de Walid Regragui éblouit le monde par sa discipline défensive, son bloc bas, ses transitions assassines. Demi-finale historique. Mais la question qui fâche suit immédiatement : est-ce reproductible ?

La réponse tient en un nom : Mohamed Ouahbi. Arrivé sur le banc en mars 2026 après le départ de Regragui, cet ancien formateur à Anderlecht, champion du monde U20 avec le Maroc en 2025, a transformé l’identité de jeu des Lions sans casser l’édifice. Le Maroc 2026 ne ressemble pas à celui de 2022. Il joue plus haut, presse plus agressivement, cherche davantage le ballon. Il assume d’imposer son jeu au lieu de subir. Contre le Brésil, il prend l’initiative. Contre les Pays-Bas, il revendique environ 70 % de possession selon Ouahbi. Contre le Canada, il corrige à la mi-temps et déroule en seconde période.

Ismaël Saibari, 3 buts en phase de groupes, est le fil rouge offensif. Azzedine Ounahi, replacé plus haut par Ouahbi, explose avec son doublé référence contre le Canada. Yassine Bounou arrête deux penalties dans le tournoi (Summerville, Mbappé) et reste le totem. Achraf Hakimi, capitaine à 27 ans, fait le lien entre la génération 2022 et celle de 2026. Brahim Díaz, meilleur buteur de la CAN 2025 avec cinq réalisations, n’a pas marqué mais a délivré 4 passes décisives en deux Coupes du monde — record africain. Reste que son mutisme offensif interroge.

« Quand les gens parlent du Maroc, ils parlent désormais d’un vrai candidat, d’une grande nation de football, et c’est une immense fierté », a déclaré Ouahbi après la qualification contre le Canada. « Ce n’est que le début. »

La perspective : et maintenant, le continent ?

Dix sélections africaines qualifiées — un record lié au format élargi à 48. Cinq ont passé le premier tour (Maroc, Sénégal, Côte d’Ivoire, Égypte, Cap-Vert). Deux ont atteint les huitièmes (Maroc, Égypte). Une seule les quarts. Le résultat brut est inférieur à 2022, où le Maroc avait tutoyé la finale. Mais la photographie est plus nuancée.

L’Égypte d’Hossam Hassan a mené 2-0 contre l’Argentine championne du monde en titre avant de s’effondrer dans les 15 dernières minutes (3-2). Le Sénégal menait 2-0 face à la Belgique avant de craquer en prolongation. La Côte d’Ivoire a poussé la Norvège d’Erling Haaland dans ses retranchements. Le Cap-Vert, pour sa première participation, n’a perdu aucun match de poule — pas même contre l’Espagne — et a emmené l’Argentine en prolongation en seizièmes. La RD Congo a fait douter l’Angleterre.

Le journaliste Philippe Doucet, spécialiste du football africain, le résume sans détour au micro de TV5Monde : les équipes africaines n’ont « pas progressé » sur la scène internationale. Le format élargi masque une stagnation : deux qualifiés en huitièmes en 2026, comme on en avait deux (parfois trois) avec l’ancien format. « On a montré que l’Afrique était compétitive pour passer le premier tour, ce qui n’était pas le cas avant 2022. Mais de là à avoir une équipe capable de gagner une Coupe du monde, non, toujours pas. »

La marche qui sépare le Maroc de la France en quart de finale — un seul tir cadré, un milieu étouffé, un Brahim Díaz neutralisé — mesure l’écart avec le dernier carré mondial. Elle dit aussi ce qui manque : le réalisme, la maîtrise des « money time », cette capacité à tenir un résultat quand tout bascule. Ce qui a manqué à l’Égypte contre l’Argentine, au Sénégal contre la Belgique.

L’horizon, pourtant, n’est pas bouché. En 2030, le Maroc coorganisera la Coupe du monde avec l’Espagne et le Portugal. L’Académie Mohammed VI, inaugurée en 2009, produit désormais en série. Le titre mondial U20 de 2025, décroché par le même Ouahbi, n’est pas un hasard. La diaspora, longtemps perçue comme une faiblesse identitaire, est devenue une force structurelle : Hakimi et Díaz sont nés en Espagne, Bouaddi a été formé à Lille, Saibari a choisi le Maroc après être passé par les jeunes belges. Le Maroc peut changer d’entraîneur et de philosophie sans s’effondrer. C’est le signe d’un édifice qui tient sur ses fondations, pas sur un homme.

Reste la question que tout le continent se pose, de Dakar à Casablanca en passant par Abidjan et Le Caire : une équipe africaine peut-elle gagner la Coupe du monde ? Le Maroc 2026 a prouvé qu’elle pouvait jouer, et plus seulement résister. Pour gagner, il faudra maîtriser — et ça, c’est le chantier des quatre prochaines années.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 27 juillet 2026


Sources : La Tribune de Marrakech (bilan chiffré du parcours marocain), TV5Monde / AFP (bilan continental), BBC Sport, FIFA.com, The Guardian (analyse Maroc-France), Footmercato (record matchs), Hespress, L’Opinion.

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