CDM 2026 — Maroc : le récit d’un continent en marche

Les Lions de l'Atlas célèbrent leur qualification en quarts de finale de la CDM 2026 face au Canada à Houston
© AFP / Getty Images — Achraf Hakimi et ses coéquipiers après Maroc-Canada (3-0), 4 juillet 2026, NRG Stadium, Houston

Boston, Gillette Stadium, 9 juillet 2026, 22h07. Achraf Hakimi tombe à genoux. Le tableau d’affichage confirme ce que le cœur refuse : France 2, Maroc 0. Mbappé a frappé à la 60e, Dembélé à la 66e. Les Lions de l’Atlas ne verront pas la demi-finale. Quatre ans après l’exploit qatari, le miracle n’a pas eu lieu devant 68 000 spectateurs où le bleu et le rouge s’étaient partagé les travées. Pourtant, à l’heure du bilan, le Maroc de 2026 n’a pas à rougir : il a fait mieux que confirmer ; il a installé.

Le fait

Le Maroc a bouclé sa Coupe du Monde 2026 en quarts de finale, devenant la première sélection africaine de l’histoire à atteindre ce stade lors de deux éditions consécutives. Jamais le Cameroun de 1990, le Sénégal de 2002 ou le Ghana de 2010 n’avaient réussi à enchaîner. Le parcours américain des hommes de Mohamed Ouahbi est une démonstration de maturité : un nul autoritaire face au Brésil quintuple champion du monde (1-1, Saibari 21′, Vinícius Junior 32′, MetLife Stadium, 80 663 spectateurs), une victoire chirurgicale contre l’Écosse (1-0, Saibari 2′, Boston), un festival offensif contre Haïti (4-2, Hakimi, Saibari, Rahimi, Yassine, Atlanta), avant un seizième de finale épique remporté aux tirs au but face aux Pays-Bas (1-1 après prolongation, 3-2 tab, Monterrey, but de Diop), puis une démonstration face au Canada co-organisateur (3-0, doublé d’Ounahi, Rahimi, Houston).

Au total, six matchs : trois victoires, deux nuls (dont un gagné aux tirs au but), une seule défaite — contre l’équipe de France de Didier Deschamps qui atteindra la demi-finale. Sept buts marqués, cinq encaissés. Cinq buteurs différents. Une défense imperméable jusqu’au quart. Et un homme qui a incarné cette épopée : Ismael Saibari, 25 ans, milieu offensif du PSV Eindhoven. Quatre buts inscrits dans le tournoi, dont l’ouverture du score éclair contre l’Écosse dès la 2e minute et ce but de l’espoir face au Brésil qui a fait trembler les favelas comme les rues de Casablanca. Révélation mondiale.

La lecture

Il faut mesurer le chemin parcouru. Le 13 juin 2026, au MetLife Stadium de New York, le Maroc regarde le Brésil droit dans les yeux. Pas de complexe. Pas de bloc bas frileux. Une possession équilibrée, quatorze tirs marocains, une égalisation signée Saibari à la 21e minute. Les Lions de l’Atlas ne sont plus les invités de la fête mondiale : ils en sont les hôtes légitimes.

La rupture générationnelle opérée par Mohamed Ouahbi explique ce nouveau visage. Le 5 mars 2026, Walid Regragui — l’architecte de la demi-finale 2022, l’homme qui a fait danser l’Afrique — présente sa démission devant Fouzi Lekjaa. Épuisé par trois années de pression dantesque, usé par une CAN 2025 à domicile conclue en demi-teinte, il passe le relais. Mohamed Ouahbi, 49 ans, né à Schaerbeek en Belgique, est intronisé. Dix-sept ans de formation à Anderlecht derrière lui, un titre de champion du monde U20 avec le Maroc en poche (2-0 contre l’Argentine, automne 2025), il connaît cette génération par cœur.

Et il tranche. Youssef En-Nesyri — 8 matchs de Coupe du Monde, le buteur qui avait crucifié le Portugal en 2022 — est laissé à quai. La jeunesse est propulsée : Ayyoub Bouaddi, 18 ans, milieu de Lille ; Gessime Yassine, 20 ans, ailier de Strasbourg, étincelant sous ses ordres en U20 ; Chemsdine Talbi, 21 ans, Sunderland. Le tout autour de cadres blindés : Achraf Hakimi, capitaine et Ballon d’Or africain 2025, vainqueur de la Ligue des Champions avec le PSG ; Brahim Díaz, meilleur buteur de la CAN 2025 avec cinq réalisations ; Yassine Bounou, le gardien d’Al-Hilal, dernier rempart d’une défense qui n’aura cédé que cinq fois en six matchs.

Ce mélange de fraîcheur et d’expérience, c’est exactement ce qui manquait au Maroc de 2022, héroïque au Qatar mais épuisé quand il fallait négocier la petite finale face à la Croatie (défaite 2-1). En 2026, la profondeur de banc a parlé : Soufiane Rahimi, entré en jeu contre les Pays-Bas en seizième, transforme son tir au but et délivre la séance. Azzedine Ounahi, discret en phase de groupes, explose en huitième avec un doublé clinique face au Canada. Issa Diop, le défenseur central de Fulham, marque le but de l’égalisation contre les Pays-Bas. Le Maroc de Ouahbi n’est plus une simple équipe de contre-attaques : c’est une machine à 59 % de possession moyenne, 623 passes par match, 86 % de passes réussies (source : Sportmonks/FIFA).

La perspective

Ce quart de finale perdu contre la France ne doit pas masquer l’essentiel. À l’échelle du continent, le Maroc écrit une page qu’aucune autre nation africaine n’avait pu tourner. Rappelons les faits : le Cameroun de Roger Milla, quart de finaliste en 1990 face à l’Angleterre (défaite 3-2 après prolongation), n’a plus jamais atteint ce stade. Le Sénégal d’El Hadj Diouf, tombeur de la France championne du monde en ouverture (1-0, 31 mai 2002), s’est arrêté en quart face à la Turquie. Le Ghana d’Asamoah Gyan, à un tir au but de la demi-finale en 2010 (Uruguay 1-1, 4-2 tab), n’a jamais réédité l’exploit. Le Maroc, lui, a enchaîné.

Et la suite ? Mohamed Ouahbi, le formateur devenu sélectionneur, a prouvé qu’un technicien du sérail pouvait succéder à un monument comme Regragui sans casser l’élan. La Fédération royale marocaine de football (FRMF), sous l’impulsion de Fouzi Lekjaa, a investi massivement dans les infrastructures — le complexe Mohammed VI de Maâmora est désormais une référence continentale — et dans la détection des binationaux. Le réservoir est plein, et le Maroc co-organisera la Coupe du Monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. Dans quatre ans, Hakimi aura 31 ans, Ounahi 30, Bouaddi tout juste 22. L’horizon n’est pas un mirage.

Reste une question que tout le continent se pose désormais : si le Maroc, avec ses moyens, sa diaspora structurée et sa discipline tactique, peut tutoyer le dernier carré à deux reprises, quand verra-t-on deux sélections africaines en demi-finale d’un même Mondial ? Le Sénégal d’un Pape Matar Sarr étincelant à Tottenham, l’Algérie reconstruite par Vladimir Petković, l’Égypte d’un Mohamed Salah toujours affamé à 34 ans — chacun a son mot à dire. Le Maroc a ouvert la voie en 2022. En 2026, il l’a élargie. En 2030, sur son sol, il n’aura plus qu’à la prendre.

Sources : FIFA.com, Olympics.com, L’Équipe, Le Monde, BBC Sport, USA Today, Reuters, coupedumonde2026.net, Wikipedia

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 27 juillet 2026

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