CDM 2026 — Maroc : le récit d »un continent en marche

Achraf Hakimi et les Lions de l'Atlas — CDM 2026
© Reuters / FIFA — Achraf Hakimi, capitaine du Maroc, lors de la campagne nord-américaine 2026

Foxborough, Massachusetts, 9 juillet 2026. Le stade Gillette tremble. Il est 22h17, la température frôle encore les 31 degrés, et Yassine Bounou vient de plonger sur sa droite. Le penalty de Kylian Mbappé — le 20e but en Coupe du Monde qu’il croyait inscrire ce soir-là — est repoussé. Le gardien marocain hurle, les bras levés vers le ciel de Nouvelle-Angleterre. Dans les rues de Casablanca, de Rabat, de Marrakech, on y croit. Le Maroc est en quart de finale de la Coupe du Monde 2026, face à la France, quatre ans après la demi-finale de Doha. L’Afrique retient son souffle.

Ce penalty arrêté, ce sera le sommet de la soirée marocaine. La suite, on la connaît : Mbappé se rachète à la 60e minute, Ousmane Dembélé double la mise six minutes plus tard, et la France s’impose 2-0. Le rêve s’arrête aux portes du dernier carré. Mais pour le continent, ce quart de finale raconte bien plus qu’une élimination. Il raconte une Afrique qui n’est plus une invitée, mais une puissance installée.

Le fait : une campagne historique pour le football africain

La Coupe du Monde 2026 restera comme celle de la bascule. Pour la première fois, dix sélections africaines — un record absolu — prenaient le départ d’un Mondial à 48 équipes : Maroc, Sénégal, Algérie, Tunisie, Égypte, Côte d’Ivoire, Ghana, Cap-Vert, Afrique du Sud et RD Congo. Et pour la première fois, neuf d’entre elles franchissaient la phase de groupes. Un taux de réussite de 90 %, inédit dans l’histoire de la compétition.

Le Maroc de Mohamed Ouahbi, successeur de Walid Regragui au poste de sélectionneur, a été le fer de lance de cette armada. Placé dans le Groupe C aux côtés du Brésil, de l’Écosse et d’Haïti, les Lions de l’Atlas ont entamé leur tournoi par un nul héroïque face à la Seleção (1-1, but d’Ismael Saibari à la 21e minute), avant d’enchaîner par deux victoires : 1-0 contre l’Écosse (nouveau but de Saibari, 2e minute) et 4-2 face à Haïti. Sept points, deuxième place du groupe derrière le Brésil à la différence de buts.

En huitième de finale, le Maroc écarte le Canada à Houston (4 juillet). Puis vient ce quart contre la France — une revanche que tout le continent espérait, quatre ans après le 2-0 de Doha en demi-finale. La domination française est écrasante (21 tirs à 4, 8 cadrés contre 1), mais le Maroc tient une mi-temps, porté par un Bounou impérial et une défense qui plie sans rompre. Jusqu’à ce que Mbappé, encore lui, libère les Bleus.

La lecture : le poids de la mémoire

Il faut convoquer l’histoire pour mesurer le chemin parcouru. En 1970, le Maroc disputait sa première Coupe du Monde au Mexique — une défaite 2-1 contre la RFA, une autre 3-0 face au Pérou, un nul 1-1 avec la Bulgarie. Trois matchs, zéro victoire, retour à la maison. En 1986, à Mexico encore, les hommes de José Faria devenaient la première sélection africaine à franchir un premier tour de Coupe du Monde. En 1998, à Montpellier, le Maroc humiliait l’Écosse 3-0 mais quittait le tournoi à la différence de buts. En 2022, le chef-d’œuvre de Regragui : une demi-finale qui faisait pleurer le continent.

Et voilà 2026. Deuxième quart de finale consécutif. Le Maroc n’est plus une surprise, il est une constante. « Le récit d’un continent en marche », titrions-nous au début de cette série. Le chemin ne ment pas : en 1990, le Cameroun de Roger Milla devenait le premier quart-de-finaliste africain à Italia 90. En 2002, le Sénégal d’El Hadji Diouf terrassait la France championne du monde en titre (1-0, Séoul, 31 mai). En 2010, le Ghana de Gyan frôlait la demi-finale, arrêté par la main de Suárez et un penalty sur la barre. En 2022, le Maroc brisait le plafond de verre. En 2026, dix équipes, neuf qualifiées pour les seizièmes, une en quart : l’Afrique n’est plus une anomalie statistique dans le football mondial. Elle est une force.

La perspective : et maintenant ?

Ce quart de finale perdu laisse un goût amer. Pas parce que le Maroc a été dominé — la France de Mbappé, Dembélé et Tchouaméni était simplement supérieure ce soir-là. Mais parce qu’il rappelle que le dernier kilomètre reste le plus long. Depuis 1990, l’Afrique a frappé cinq fois à la porte des demi-finales : Cameroun 1990, Sénégal 2002, Ghana 2010, Maroc 2022, Maroc 2026. Cinq tentatives, cinq portes qui se referment.

Pourtant, regardons le tableau dans son ensemble. L’Égypte de Mohamed Salah a atteint les huitièmes. L’Afrique du Sud a fait tomber la Corée du Sud. La Côte d’Ivoire a dominé l’Équateur. Le Ghana, le Cap-Vert, l’Algérie, la Tunisie, la RD Congo : toutes ces sélections ont existé dans le tournoi, ont marqué des buts, ont pris des points, ont fait douter des nations mieux classées.

Le combat n’est plus celui de la reconnaissance. Il est celui du dernier pas. Et ce dernier pas, le Maroc de Hakimi, de Bounou, de Saibari, de Brahim Díaz l’a préparé mieux que quiconque. La base arrière est en place : académie Mohammed VI, infrastructures, stabilité fédérale, diaspora intégrée. En 2030, la Coupe du Monde sera co-organisée par le Maroc, l’Espagne et le Portugal. Pour la première fois, le continent africain — ou du moins sa rive nord — sera terre d’accueil du plus grand spectacle sportif de la planète.

Ce 9 juillet 2026, à Foxborough, Bounou a arrêté le penalty de Mbappé. Le geste a fait le tour du monde. Ce n’était pas suffisant pour gagner. Mais c’était assez pour montrer que l’Afrique ne demande plus la permission. Elle joue. Elle avance. Elle attend son heure.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 22 juillet 2026


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