
Éliminé en quarts de finale par la France (2-0) le 9 juillet 2026, le Maroc a quitté la Coupe du monde comme il y était entré : debout. Invaincu en phase de groupes, vainqueur des Pays-Bas aux tirs au but et du Canada en huitièmes, le finaliste malheureux de 2022 a confirmé qu’il n’était plus une surprise, mais une nation qui compte. Récit d’un mois qui a fait vibrer le continent, de Casablanca à Dakar.
Le fait : un mois de juin marocain, un été africain
Tout a commencé le 13 juin 2026. Face au Brésil, quintuple champion du monde, les Lions de l’Atlas n’ont pas tremblé : 1-1, un match nul qui valait une victoire morale et qui a donné le ton. Six jours plus tard, le 19 juin, c’est l’Écosse qui s’inclinait 1-0, avant que Haïti ne soit disposé 4-2 le 24 juin, dans un match où le Maroc a montré son autre visage : celui d’une équipe capable de spectacle autant que de rigueur. Sept points, zéro défaite, deuxième place du groupe derrière le Brésil — le ticket pour les huitièmes était composté sans discussion.
Le 29 juin, les Pays-Bas ont offert aux Marocains leur première nuit de vertige : 1-1 après prolongation, puis une séance de tirs au but où Yassine Bounou, une nouvelle fois, s’est dressé comme un rempart. Victoire 3-2 dans l’épreuve fatidique, et un peuple entier dans la rue. Le 4 juillet, le Canada était écarté 3-0 avec une autorité tranquille. Puis vint le 9 juillet : la France, encore elle. 2-0, comme au Qatar trois ans et demi plus tôt. Mbappé et Dembélé ont scellé le sort d’un Maroc courageux mais puni par le réalisme des champions. Le voyage s’est arrêté là, à un match d’une deuxième demi-finale consécutive.
La lecture : 2022 n’était pas un accident
Je me souviens du 14 décembre 2022, au stade Al-Bayt. Ce soir-là, le Maroc perdait 2-0 contre cette même France, mais l’Afrique, elle, avait gagné quelque chose d’inestimable : la preuve qu’une sélection du continent pouvait tenir tête aux puissances dans le dernier carré d’une Coupe du monde. Avant les Lions de Walid Regragui, aucune équipe africaine n’avait atteint une demi-finale mondiale. Le Cameroun de Roger Milla s’était arrêté aux quarts en 1990, le Sénégal de Bruno Metsu en 2002, le Ghana d’Asamoah Gyan en 2010 — à un penalty de l’histoire, ce soir maudit de Johannesburg où la main de Suárez avait brisé le rêve de tout un continent.
Quatre ans plus tard, la tentation était grande de ranger le Maroc 2022 au rayon des belles épopées, ces fulgurances que le football africain offre au monde avant de retomber dans ses travers. Ce Mondial 2026 a balayé ce doute. Sept points en phase de groupes contre le Brésil, l’Écosse et Haïti, deux victoires en matches à élimination directe, un quart de finale disputé sans complexe : les Lions de l’Atlas ont prouvé que leur place parmi les huit meilleures équipes du monde n’était pas un emprunt, mais un dû. C’est peut-être cela, la victoire la plus profonde de ce parcours : le Maroc n’étonne plus. Il attend qu’on le batte — et il faut désormais la France pour y parvenir.
Il y a aussi une leçon de construction. Cette équipe est le fruit d’un travail de plus d’une décennie : le centre de formation Mohammed VI, la politique de détection de la diaspora menée par la Fédération royale marocaine, la stabilité technique autour de Regragui. Hakimi, Bounou, En-Nesyri et les autres ne sont pas des comètes : ils sont le sommet visible d’une pyramide que d’autres fédérations africaines regardent avec une admiration teintée d’envie.
La perspective : ce que le Maroc dit à l’Afrique
Dix sélections africaines étaient présentes à cette Coupe du monde à 48 équipes — un record absolu. Le Maroc en a été la locomotive, mais pas le seul enseignement. Ce que raconte son parcours, c’est que le plafond de verre des quarts de finale, cette frontière qui a arrêté le Cameroun en 1990, le Sénégal en 2002 et le Ghana en 2010, est désormais franchissable de manière répétée. 2022 n’était pas une parenthèse ; 2026 en est la confirmation. La prochaine frontière — une finale, puis le titre — ne relève plus de l’utopie mais du planning.
Reste la question que je pose depuis Dakar, où les soirs de match des Lions, les théières fumaient devant les écrans comme à Casablanca ou à Tanger : qui prendra le relais ? Le Sénégal, champion d’Afrique en titre et peuple de la teranga, sait qu’il possède dans ses rangs les joueurs pour rêver aussi grand. La RD Congo, qualifiée au bout des barrages, a montré que le football africain ne se réduisait plus à quatre ou cinq nations historiques. La messe n’est pas dite : elle s’écrit, match après match, dans les centres de formation de Salé comme dans les académies de Thiès.
Le 9 juillet, quand le coup de sifflet final a retenti face à la France, les images des supporters marocains applaudissant leurs joueurs ont fait le tour du continent. Pas de larmes, ou si peu. De la fierté, plutôt — cette fierté tranquille des peuples qui savent qu’ils reviendront. En 2030, la Coupe du monde fera escale au Maroc, co-organisateur du centenaire. D’ici là, les Lions auront quatre ans pour transformer l’essai. Et l’Afrique, elle, ne demande plus la permission d’exister : elle prépare déjà la suite.
Sources : FIFA.com, ESPN, CAF Online, France Football, Jeune Afrique, RFI Afrique.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 22 juillet 2026




