CDM 2026 — Maroc : le recit d’un continent en marche

Achraf Hakimi et les Lions de l'Atlas célèbrent leur qualification en quart de finale de la CDM 2026 après la victoire 3-0 face au Canada
© Getty Images / FIFA — Achraf Hakimi célèbre la qualification du Maroc en quart de finale de la CDM 2026, le 4 juillet 2026 à Vancouver

Boston, 9 juillet 2026. Le stade de Foxborough s’est vidé depuis vingt minutes. Achraf Hakimi, le brassard encore serré autour du biceps gauche, fixe la pelouse. Autour de lui, les coéquipiers tombent dans les bras du staff. Le Maroc vient de s’incliner 2-0 face à la France en quart de finale de la Coupe du Monde. Les larmes coulent, mais elles ne racontent pas la même histoire qu’en 2022.

Il y a quatre ans, au Qatar, la défaite en demi-finale contre ces mêmes Bleus avait un goût d’inachevé et d’exploit mêlés. La première demi-finale africaine de l’histoire. Aujourd’hui, à Boston, la tristesse est plus calme. Plus dense. Celle d’une équipe qui ne se contente plus de surprendre — qui attendait mieux.

Le fait : un parcours de patron

Revenons au début. Le Maroc débarque dans cette Coupe du Monde 2026 avec un statut qu’aucune sélection africaine n’avait jamais porté : celui de nation attendue, scrutée, presque redoutée.

Dans le groupe C, aux côtés du Brésil, de l’Écosse et d’Haïti, les Lions de l’Atlas entament par un nul de prestige face à la Seleção (1-1, le 13 juin, but d’Ismaël Saibari). Puis ils enchaînent avec une victoire professionnelle contre l’Écosse (1-0, nouveau but de Saibari) et une démonstration offensive face à Haïti (4-2). Sept points, deuxième place derrière le Brésil à la différence de buts — qualification maîtrisée.

En seizième de finale, le 29 juin, les Pays-Bas se dressent sur la route. Match fermé, tactique, qui s’achève sur un 1-1 après prolongation. La séance de tirs au but : Bounou sort une parade, Saibari transforme le sien. Le Maroc passe (3-2 aux tirs au but).

En huitième, le 4 juillet à Vancouver, le Canada du sélectionneur Jesse Marsch subit une leçon de réalisme : 3-0, Ounahi, Rahimi et Hakimi au tableau d’affichage. Le Maroc est en quart de finale pour la deuxième fois consécutive. Aucune équipe africaine n’avait fait mieux.

Puis vient ce quart contre la France, le 9 juillet. Sans Saibari, blessé aux ischio-jambiers contre le Canada, le Maroc perd son moteur offensif. Les Bleus de Mbappé et Kolo Muani, cliniques, sanctionnent (2-0). La marche était trop haute. Mais le chemin parcouru, lui, est colossal.

La lecture : quand la mémoire devient promesse

Pour comprendre ce que ce deuxième quart de finale consécutif signifie, il faut replonger dans l’histoire du football africain en Coupe du Monde.

1990, Milan. Le Cameroun de Roger Milla et Omam-Biyik terrasse l’Argentine de Maradona en match d’ouverture (1-0) et devient le premier quart-de-finaliste africain. Un exploit, une épopée — mais une exception. Il faudra attendre 2002 pour revoir une équipe africaine à ce niveau (le Sénégal d’El Hadji Diouf, quart-de-finaliste après avoir battu la France 1-0). Puis 2010, le Ghana de Gyan, stoppé par la main de Suarez. Et enfin 2022, le Maroc de Regragui, en demi-finale.

La différence, en 2026, c’est la normalité. Le Maroc n’a plus rien d’un outsider romantique. Il est une puissance établie du football mondial. Son parcours — deux victoires, un nul en phase de groupes, deux tours de KO franchis — ressemble à celui d’une équipe du top 10 FIFA. Pas d’une équipe qui « crée la surprise ».

Les chiffres le confirment : 43 matchs sans défaite avant ce quart, la plus longue série d’invincibilité du football international masculin. Un record qui a traversé deux Coupes du Monde, une CAN, et des éliminatoires. Ce n’est plus une série. C’est une ère.

La perspective : l’Afrique n’est plus une invitation

Le Maroc n’était pas seul. Cette Coupe du Monde 2026, la première à 48 équipes, a vu neuf des dix sélections africaines qualifiées atteindre les seizièmes de finale — un record absolu.

L’Égypte de Mohamed Salah a vécu son premier huitième de finale, après avoir éliminé l’Australie aux tirs au but. Face à l’Argentine de Messi, les Pharaons ont mené 2-0 avant de s’effondrer (2-3). Le Sénégal a livré un combat épique contre la Belgique (2-3 après prolongation), menant 2-0 avant de céder sur un penalty à la 125e minute. Des scénarios qui auraient fait pleurer un continent, il y a vingt ans. Aujourd’hui, ils disent autre chose : la marge n’est plus un gouffre, elle est devenue un détail.

Et pourtant. Le Cameroun et le Nigeria, absents. Deux géants historiques sur le carreau. Leurs places vides dans ce Mondial à 48 posent une question que le continent ne peut plus éluder : l’élargissement profite à ceux qui se structurent, pas à ceux qui se reposent sur leur nom.

Le Maroc, lui, a compris. Académie Mohammed VI, infrastructure, diaspora intégrée, staff technique stable. Le résultat n’est pas un accident. C’est un système.

Dakar, 20 juillet 2026. La finale de la Coupe du Monde s’est jouée hier soir à New York — l’Espagne a battu l’Argentine 1-0 après prolongation, Ferran Torres à la 106e minute. Mais pour l’Afrique, le tournoi s’est achevé le 9 juillet, avec cette image d’Hakimi debout, seul, sur la pelouse de Foxborough. Debout, mais pas abattu. Le Maroc a perdu un match. Le continent, lui, a gagné une certitude.

Et si le vrai héritage de cette CDM 2026 n’était pas un trophée, mais la fin de l’exception africaine ?

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 20 juillet 2026

Sources

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