CDM 2026 — Sénégal : de Seattle à Dakar, la fin d’un cycle

Habib Diarra et Ismaïla Sarr célèbrent le deuxième but sénégalais face à la Belgique, Lumen Field, Seattle, 1er juillet 2026
Habib Diarra et Ismaïla Sarr, la joie avant l’effondrement : Sénégal-Belgique, 16es de finale CDM 2026, Lumen Field, Seattle, 1er juillet 2026. © AFP / John Mabanglo

Seattle, Lumen Field, 1er juillet 2026, 85e minute. Habib Diarra vient d’ouvrir le score à la 25e. Ismaïla Sarr a doublé la mise à la 51e. Le Sénégal mène 2-0 face à la Belgique en huitièmes de finale de la Coupe du monde. Dans les rues de Dakar, les klaxons résonnent déjà. Sur le banc sénégalais, Pape Thiaw esquisse un sourire qu’il n’a pas montré depuis trois semaines. Le tableau des quarts s’ouvre. Les Lions sont à cinq minutes d’un exploit.

Dix jours plus tard, ce samedi 11 juillet à Dakar, le Comité exécutif de la Fédération sénégalaise de football (FSF) annonce l’engagement d’une « procédure de cessation de fonction » de Pape Thiaw et de l’intégralité de son staff technique. Entre ces deux dates, il y a un effondrement en prolongation, une démission d’un cadre, et une nation qui cherche à comprendre comment un rêve s’est transformé en séisme.

Le fait : quatre matchs, trois défaites, une équipe entre deux visages

Revenons au 16 juin. MetLife Stadium, New Jersey. Le Sénégal entame sa Coupe du monde face à la France, championne du monde 2018 et vice-championne 2022. En première période, les Lions de la Teranga bousculent les Bleus. Nicolas Jackson touche le poteau. Sadio Mané, 34 ans mais toujours électrique, fait reculer Théo Hernandez. Une faute de Mbappé sur Mané dans la surface, non sifflée par Alireza Faghani après consultation VAR, fait débat. Puis Mbappé frappe, deux fois (65e, 90+5e), Barcola ajoute le troisième (81e). Ibrahim Mbaye sauve l’honneur (90+4e). Score final : 3-1. Défaite digne, encourageante.

Le 22 juin face à la Norvège, le scénario est différent. La Norvège de Haaland et Ødegaard impose son rythme. 3-2. Deux défaites en deux matchs, zéro point. Le Sénégal est au bord du gouffre. Il ne reste que l’Irak, le 26 juin. Et là, les Lions se réveillent. Pape Gueye, le milieu de Villarreal, signe un doublé. Le Sénégal atomise l’Irak 5-0, un score qui entre dans l’histoire de la sélection. Avec trois points et une différence de buts de +2, les Sénégalais décrochent l’un des huit tickets de meilleurs troisièmes. Direction les 16es de finale.

Puis vient Seattle. Diarra, 25e. Sarr, 51e. 2-0. Puis Lukaku, entré en jeu, réduit l’écart à la 86e. Youri Tielemans, de la tête, égalise à la 89e. Prolongation. Et à la 125e minute, un penalty controversé accordé après consultation VAR pour une faute sur… Tielemans. Le même Tielemans transforme. 3-2. Le Sénégal est éliminé, hébété, les bras ballants sur la pelouse du Lumen Field. Quatre matchs, une victoire, trois défaites, dix buts marqués, neuf encaissés. Rideau.

La lecture : un cycle qui se referme, une génération qui vacille

Mais le football sénégalais ne pleure pas qu’une élimination. Il enterre peut-être un cycle. Le 2 juillet, au lendemain de la désillusion de Seattle, Pape Gueye publie un communiqué sur Instagram : « Je reviendrai vous dire quelques mots sur notre élimination, mais j’annonce aujourd’hui que tant que ce staff technique sera en place, je prendrai une pause de l’équipe nationale. » La bombe est lancée. Le héros du 5-0 contre l’Irak claque la porte, sans nommer directement Pape Thiaw mais en visant clairement l’encadrement.

Le geste de Gueye cristallise des tensions plus anciennes : primes impayées, choix tactiques contestés, vestiaire fracturé. À 34 ans, Sadio Mané, capitaine et légende vivante (53 buts en sélection), a porté l’équipe jusqu’au bout sans jamais démériter. Kalidou Koulibaly, 35 ans, a livré sa dernière Coupe du monde. Édouard Mendy, 34 ans, a encaissé 9 buts en 4 matchs — le gardien de Chelsea n’est plus le mur infranchissable de 2021.

La génération dorée — celle de la CAN 2022 remportée au Cameroun, celle du huitième de finale 2022 au Qatar — arrive en bout de course. Et la relève, incarnée par Habib Diarra (22 ans), Lamine Camara (22 ans), ou encore le prometteur Ibrahim Mbaye (18 ans, buteur face à la France), n’a pas encore les épaules pour assumer seule l’héritage. La décision de la FSF, ce 11 juillet, est un aveu : le projet Thiaw, vainqueur de la CAN 2025 il y a quelques mois, n’a pas survécu à Seattle.

La perspective : l’Afrique à la CDM 2026, entre espoir et palier

Le Sénégal n’est pas seul dans la peine. Sur les dix sélections africaines qualifiées — un record historique, rendu possible par le format à 48 — neuf ont atteint les 16es de finale. Un exploit collectif. Mais au-delà de ce stade, le bilan est plus amer : seuls le Maroc et l’Égypte ont passé le cap. Les Lions de l’Atlas, quarts de finaliste pour la deuxième Coupe du monde consécutive (après 2022), ont éliminé les Pays-Bas aux tirs au but puis balayé le Canada 3-0, avant de buter sur la France en quarts (0-2). L’Égypte de Mohamed Salah a écarté l’Australie aux penalties, puis s’est inclinée avec panache face à l’Argentine de Lionel Messi (2-3).

Algérie, Tunisie, Côte d’Ivoire, Ghana, Cap-Vert, Afrique du Sud, RD Congo : toutes sont tombées en 16es. Le constat est brutal mais lucide : l’Afrique a gagné en quantité — dix représentants, c’était impensable en 1990 — mais n’a pas encore franchi le palier qualitatif qui sépare la participation de la domination. Le Maroc continue d’écrire l’histoire. Le reste du continent court après.

Pour le Sénégal, c’est demain qu’il faut reconstruire. Le nom du successeur de Thiaw n’est pas connu. Les cadres de 2018-2022 vieillissent. Les jeunes poussent, pleins de talent mais sans références mondiales. Et au milieu de ce chantier, une question, lancinante : que serait-il arrivé si, ce soir du 1er juillet à Seattle, le Sénégal avait tenu cinq minutes de plus ?

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 12 juillet 2026

Sources : FIFA.com, The Athletic, L’Équipe, Al Jazeera, RFI, Reuters, ESPN, CAF Online

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