CDM 2026 — Maroc : quand les Lions portent l’Afrique jusqu’en quarts

Bilal El Khannouss du Maroc face au Brésil, Coupe du Monde 2026
© YantsImages / Wikimedia Commons — Bilal El Khannouss (Maroc) face à Danilo (Brésil), Groupe C CDM 2026, 13 juin 2026

20 juillet 2026. La Coupe du Monde s’est éteinte hier soir au MetLife Stadium de New York sur un but de Ferran Torres à la 106e minute — l’Espagne sacrée, l’Argentine déchue. Mais à 6 000 kilomètres de là, dans les rues de Casablanca, Rabat et Marrakech, on ne pleure pas. On compte. Et le calcul est simple : le Maroc vient de signer son deuxième quart de finale consécutif en Coupe du Monde. Aucune autre nation africaine n’a jamais fait ça.

Le fait

Les Lions de l’Atlas quittent la CDM 2026 la tête haute. Versés dans le Groupe C avec le Brésil, l’Écosse et Haïti, ils ont livré une phase de groupes quasiment parfaite : victoire 3-0 contre Haïti, victoire 1-0 contre l’Écosse, et ce match nul 1-1 contre le Brésil qui a fait trembler tout le continent. Sept points, six buts marqués, trois encaissés — seule la différence de buts les prive de la première place derrière la Seleção.

En seizième de finale (format 32 équipes), le Maroc a sorti les Pays-Bas aux tirs au but (1-1, 3-2 tab) dans un match qui restera comme l’un des plus intenses du tournoi. Yassine Bounou, impérial dans les buts, a repoussé deux tentatives néerlandaises. Puis le Canada, balayé 3-0 en huitième de finale, avec un Brahim Diaz en état de grâce — deux passes décisives, une autorité technique qui a rappelé ses prestations de la CAN 2025. Le parcours s’est arrêté le 9 juillet 2026 à Boston, au Foxborough Stadium. La France, future demi-finaliste, a été trop puissante : 0-2, buts de Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé. Le mur marocain a tenu 45 minutes. Il a cédé sur deux éclairs individuels. Il n’y a pas de honte à perdre contre une équipe qui atteint le dernier carré.

La lecture

Prenons du recul. En 2022, le Maroc de Walid Regragui avait brisé le plafond de verre africain en atteignant la demi-finale — une première dans l’histoire du football continental. En 2026, sous Mohamed Ouahbi — nommé le 5 mars 2026, vainqueur du Mondial U20 en 2025, produit du centre de formation d’Anderlecht — les Lions ont confirmé qu’il ne s’agissait pas d’un accident isolé.

Ouahbi a imposé un 4-2-3-1 compact, discipliné, avec des transitions chirurgicales. Sans Youssef En-Nesyri, laissé à la maison par choix technique — l’homme du header mythique contre le Portugal en 2022. Sans Hakim Ziyech, sans Sofiane Boufal. Une page tournée, une génération nouvelle qui s’appuie sur la victoire à la CAN 2025, remportée à domicile. Achraf Hakimi (PSG), capitaine à 27 ans, a porté le brassard avec une autorité qui évoque les grands latéraux de l’histoire du jeu. Brahim Diaz (Real Madrid), meilleur buteur de cette CAN 2025 avec 5 buts en 5 matchs, a confirmé son statut de leader offensif sur la scène mondiale. Sofyan Amrabat (Betis) a tenu le milieu comme un métronome, pendant que Noussair Mazraoui (Manchester United) verrouillait le couloir gauche.

Il faut mesurer le chemin parcouru. En 1990, le Cameroun d’Omam-Biyik terrassait l’Argentine de Maradona (1-0, Milan) — c’était l’exploit fondateur. En 2002, le Sénégal de El Hadji Diouf faisait tomber la France championne du monde (1-0, Séoul, 31 mai). En 2010, le Ghana pleurait la main de Suárez (1-1, tirs au but, Johannesburg, 2 juillet). En 2022, le Maroc battait le Portugal (1-0), l’Espagne (tirs au but), la Belgique (2-0). En 2026, le Maroc réédite. Ce n’est plus l’exploit qui définit l’Afrique. C’est la régularité.

La perspective

Le tableau continental est plus large. Dix sélections africaines qualifiées — un record absolu, rendu possible par le format à 48. Neuf d’entre elles ont franchi la phase de groupes et atteint les seizièmes de finale : Algérie, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Égypte, Ghana, Maroc, RD Congo, Sénégal, Afrique du Sud. Seule la Tunisie est restée au port.

Les autres sont tombées avec les honneurs. Le Sénégal, éliminé 2-3 par la Belgique après prolongation — un but encaissé à la 117e minute. Le Cap-Vert, battu 2-3 par l’Argentine de Messi — le pays aux 500 000 habitants qui a tenu tête au champion du monde en titre pendant 85 minutes. L’Afrique du Sud, stoppée 0-1 par le Canada. La Côte d’Ivoire, sortie 1-2 par la Norvège. L’Algérie, le Ghana, la RD Congo — tous éliminés au premier tour à élimination directe. Belles promesses, mais pas de deuxième semaine. L’Égypte, elle, a survécu un tour — sortant l’Australie aux tirs au but (1-1, 4-2 tab) avant de tomber contre l’Argentine en huitième. Le contraste est net : une génération arrive, l’autre s’installe.

Et maintenant ? Le Maroc co-organisera la Coupe du Monde 2030 avec l’Espagne et le Portugal. C’est une première historique pour l’Afrique du Nord, pour tout le continent. Dans six ans, l’équipe qui entrera sur la pelouse de Casablanca ou de Rabat aura pour ossature les Hakimi, Diaz, El Khannouss, Ounahi, Saibari — des joueurs qui auront alors entre 28 et 32 ans, en pleine maturité. La perspective donne le vertige. Surtout quand on sait que Ouahbi, à 49 ans en 2030, aura affiné son projet pendant quatre ans supplémentaires.

La CDM 2026 restera celle de la confirmation. L’Afrique n’est plus la surprise du tournoi, la belle histoire qu’on raconte entre deux favoris. Elle est une force installée. Incomplète, certes — il manque encore cette demi-finale, cette finale — mais installée. Et si le football africain a appris une chose en trente-six ans de Coupe du Monde, de Milan 1990 à New York 2026, c’est qu’on ne revient jamais en arrière. Le Maroc l’a prouvé deux fois de suite.

La question n’est plus « l’Afrique peut-elle ? » — elle est « qui, en 2030, sera le premier à soulever le trophée ? »


Sources : FIFA.com, CAF Online, ESPN, Reuters, L’Équipe, Wikipedia (2026 FIFA World Cup final), Olympiques.com, Transfermarkt

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 20 juillet 2026

Partager