CDM 2026 — Maroc : le récit d’un continent en marche

Achraf Hakimi et les Lions de l'Atlas saluent le public marocain après France-Maroc, quart de finale CDM 2026, Gillette Stadium, 9 juillet 2026
© AFP / Getty Images — Achraf Hakimi et les Lions de l’Atlas après le quart de finale France-Maroc, CDM 2026, 9 juillet 2026.

CDM 2026 — Maroc : le récit d’un continent en marche

Quatre ans après Doha, les Lions de l’Atlas ont rugi jusqu’en quarts de finale de la Coupe du Monde 2026. Un parcours qui, derrière la défaite face à la France, raconte l’histoire d’un football africain qui ne cède plus à l’émotion passagère mais inscrit sa présence dans la durée. Récit d’une équipe qui a changé d’entraîneur sans changer d’âme.

Le fait

Le 9 juillet 2026, au Gillette Stadium de Foxborough, Massachusetts, le Maroc s’est incliné 2-0 face à la France en quart de finale de la Coupe du Monde. Kylian Mbappé à la 60e minute, Ousmane Dembélé six minutes plus tard : les deux éclairs bleus ont éteint le rêve d’une deuxième demi-finale consécutive. Le tableau est sec, le score sans appel.

Mais s’arrêter au résultat serait manquer l’essentiel. Le Maroc a terminé deuxième du Groupe C — derrière le Brésil, devant l’Écosse et Haïti — avec 7 points (deux victoires, un nul). Il a tenu tête au Brésil (1-1, but de Saibari dès la 21e) le 13 juin au MetLife Stadium, dominé l’Écosse 1-0 le 19 juin, puis validé son billet en écrasant Haïti 4-2 le 24 juin.

En seizièmes de finale, le 29 juin à Monterrey, les Lions ont éliminé les Pays-Bas aux tirs au but (1-1 après prolongation, 3-2 aux penalties, but d’Issa Diop). En huitièmes, le 4 juillet à Houston, ils ont surclassé le Canada, pays co-organisateur, 3-0 (doublé d’Azzedine Ounahi, but de Soufiane Rahimi). Cinq matchs, une seule défaite dans le temps réglementaire : les chiffres parlent.

Ce parcours a été accompli sous la direction de Mohamed Ouahbi, le technicien belgo-marocain de 49 ans nommé le 5 mars 2026, à trois mois du tournoi, après la démission retentissante de Walid Regragui. L’architecte de la demi-finale de 2022 passait la main alors que la FRMF, sous l’impulsion de Fouzi Lekjaa, finalisait la transition.

La lecture

Il faut mesurer le chemin parcouru. En 1990, le Cameroun d’Omam-Biyik renversait l’Argentine de Maradona (1-0, 8 juin, Milan) : c’était le coup d’éclat, l’exploit isolé, l’Afrique qui surprend. En 2002, le Sénégal d’El Hadji Diouf terrassait la France championne du monde (1-0, 31 mai, Séoul) : la confirmation que l’exploit pouvait se répéter. En 2022, le Maroc de Regragui atteignait les demi-finales au Qatar : la preuve qu’une sélection africaine pouvait regarder les géants droit dans les yeux sur la durée d’un tournoi.

Et en 2026 ? Le Maroc n’a pas reproduit l’exploit de Doha. Mais il a fait autre chose, peut-être plus important : il a confirmé. Deux quarts de finale consécutifs — une première pour une sélection africaine — sur deux continents différents, avec deux entraîneurs différents, deux systèmes de jeu, mais une même colonne vertébrale : Yassine Bounou dans les buts, Achraf Hakimi sur le flanc droit, Sofyan Amrabat au cœur du milieu. La constance n’est plus un mot étranger au football africain.

Ismael Saibari, 24 ans, a été la révélation : trois buts en cinq matchs, une activité de tous les instants, ce profil de milieu relayeur qui griffe et qui pique au moment où l’adversaire baisse la garde. Azzedine Ounahi, lui, a signé un doublé contre le Canada qui restera comme l’un des sommets techniques du tournoi. Et Brahim Díaz, le Madrilène, a apporté cette touche de créativité que les Lions cherchaient depuis le départ de Hakim Ziyech.

La défaite contre la France a ses circonstances. Deux buts en six minutes, un écart qui se creuse quand la lucidité vacille. Mais le Maroc a tenu l’essentiel du match — une possession équilibrée, des transitions tranchantes — avant de céder sur deux accélérations de classe mondiale. Ce soir-là, la différence ne tenait pas au talent, mais à l’expérience des grands rendez-vous. La France disputait sa troisième demi-finale consécutive. Le Maroc apprenait à enchaîner.

La perspective

Le football africain a changé de dimension à cette Coupe du Monde 2026. Dix sélections au départ — un record absolu, fruit du passage à 48 équipes —, quatre en huitièmes de finale : le Maroc, le Sénégal, l’Égypte et la Côte d’Ivoire. Jamais le continent n’avait placé autant de représentants aussi loin dans la compétition.

Mais cette présence massive masque une vérité plus nuancée. Le Maroc est la seule sélection africaine à avoir franchi le cap des huitièmes. Le Sénégal, éliminé par le Portugal en prolongation, l’Égypte de Mohamed Salah stoppée par l’Allemagne, la Côte d’Ivoire tombée face au Brésil : l’élite africaine frappe à la porte, mais la porte reste lourde.

C’est là que le parcours marocain prend tout son sens. Il ne s’agit plus pour l’Afrique de collectionner les exploits ponctuels — le Cameroun 90, le Sénégal 2002, le Ghana 2010. Il s’agit de construire une présence durable dans le dernier carré du football mondial. Le Maroc de 2022-2026 a posé la première pierre de cet édifice. Qui prendra la suite ?

L’Espagne a remporté cette Coupe du Monde, la Roja terrassant l’Argentine de Messi 1-0 en prolongation le 19 juillet au MetLife Stadium, but de Ferran Torres à la 106e minute. Le football mondial a son champion. Mais ce 23 juillet 2026, quatre jours après la finale, une question flotte au-dessus du continent : et si le Maroc, en échouant deux fois de suite si près du dernier carré, avait ouvert la voie à quelque chose de plus grand que lui-même ?

2030 approche. Le centenaire de la Coupe du Monde se profile — et avec lui, le rêve d’une édition africaine. Pour l’heure, le Maroc a montré le chemin. Au reste du continent de l’emprunter.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 23 juillet 2026

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