
Casablanca, 9 juillet 2026. Il est près de 21 heures à Rabat, 20 heures à Boston, et la ville entière retient son souffle. Sur la place Mohammed V, des centaines de visages sont tournés vers un écran géant. Le Maroc joue la France en quart de finale de la Coupe du Monde. Un an et demi après la demi-finale de Doha, les voilà revenus au même adversaire, au même stade de la compétition. Le continent africain, lui, est suspendu à ce match comme à un fil.
La première mi-temps est une résistance. Kylian Mbappé rate un penalty — le Gillette Stadium gronde. À Casablanca, on pousse un cri. On y croit. Mais la seconde période est tranchante. Mbappé trouve la faille à la 60e minute. Six minutes plus tard, Ousmane Dembélé enfonce le clou. France 2, Maroc 0. Le rêve s’arrête en quart.
Mais pas le récit.
Le parcours d’un continent
Le Maroc arrive à cette Coupe du Monde 2026 avec une étiquette lourde à porter : celle du demi-finaliste de 2022, première sélection africaine de l’histoire à atteindre ce stade. À Doha, les Lions de l’Atlas avaient vaincu la Belgique, l’Espagne et le Portugal avant de s’incliner face à la France (2-0) en demi-finale, le 14 décembre 2022. Quatre ans plus tard, la question posée était brutale : 2022 était-il un accident ou le début d’une marche ?
La réponse a commencé en groupe. Le Maroc termine deuxième du Groupe C derrière le Brésil — invaincu, sept points sur neuf — devançant Haïti et l’Écosse. Le sélectionneur Mohamed Ouahbi, qui a pris le relais, conserve l’ossature : Achraf Hakimi capitaine, Yassine Bounou dans les buts, Sofyan Amrabat au milieu. Le système ne bouge pas. La conviction non plus.
En seizième de finale, les Pays-Bas se dressent. Le match est serré, nerveux, et se termine aux tirs au but après un 1-1 après prolongations. Issa Diop, le défenseur de Fulham, avait arraché l’égalisation dans le temps additionnel. Dans la séance de penalties, le Maroc garde son sang-froid : 3-2. Le continent entier exhale.
En huitièmes de finale, le Canada subit la loi marocaine : 3-0, à Houston. Ismaël Saibari, le meneur de jeu du PSV Eindhoven, est partout. Brahim Díaz orchestre. Ayoub El Kaabi termine. C’est une vitrine de maîtrise — la sélection qui ne subit plus, qui impose.
La France, le mur
Puis revient la France. Le 9 juillet 2026, au Gillette Stadium de Boston, l’histoire se répète presque mot pour mot : même adversaire, même score (2-0), même stade de la compétition. Mbappé et Dembélé, comme Theo Hernández et Randal Kolo Muani avant eux en 2022, ont raison de la défense marocaine. Le Maroc quitte le tournoi en quart de finale.
Mais la défaite ne doit pas masquer l’essentiel. Le Maroc devient la première sélection africaine à atteindre des quarts de finale consécutifs en Coupe du Monde. 2022 n’était pas une anomalie statistique. C’était un cap. Et le cap se confirme.
Il faut mesurer ce que cela signifie pour le reste du continent. Quand le Cameroun de Roger Milla avait battu l’Argentine en 1990 — 1-0, le 8 juin, à Milan — c’était un coup de tonnerre. Quand le Sénégal d’Aliou Cissé avait terrassé la France le 31 mai 2002 — 1-0, à Séoul — c’était un tremblement. Quand le Ghana d’Asamoah Gyan avait frôlé la demi-finale en 2010, arrêté par la main de Luis Suárez le 2 juillet à Johannesburg, c’était une blessure. Ces moments étaient des éclairs. Le Maroc, lui, apporte la constance.
Ce que 2026 laisse au continent
Dix sélections africaines étaient qualifiées pour cette Coupe du Monde 2026 — un record absolu dans le format à 48 équipes. Le Maroc en est devenu le phare, celui qui prouve que la trajectoire n’est pas une utopie. Les autres ont regardé Boston avec un mélange de fierté et de jalousie — la fierté de voir l’Afrique tenir tête, la jalousie de ne pas être à cette place.
Et puis, il y a 2030. Le Maroc co-organisera la prochaine Coupe du Monde avec l’Espagne et le Portugal. Pour la première fois de l’histoire, le continent africain accueillera des matchs de phase finale. Les stades de Casablanca, de Marrakech, de Rabat et de Tanger seront des scènes mondiales. La marche du continent ne s’arrête plus au terrain de jeu. Elle s’installe dans l’infrastructure, dans la gouvernance, dans l’ambition.
Sur la place Mohammed V, après le coup de sifflet final, les supporters ne sont pas restés longtemps. Le silence est descendu comme une chape. Mais au matin, les drapeaux rouges et verts flottaient encore aux fenêtres. Parce qu’un quart de finale perdu, quand on est le Maroc de 2026, n’est plus une tragédie. C’est une étape.
La question n’est plus de savoir si l’Afrique peut. Elle est de savoir quand elle ira plus loin.
Sources : FIFA.com (sélection et calendre officiel), ESPN (résultats Maroc CDM 2026), CBS Sports (Maroc-Pays-Bas, 8es de finale), Olympics.com (Maroc-Canada, 8es de finale), Reuters (supporters à Casablanca, 9 juillet 2026), FIFA Match Centre (France-Maroc, quart de finale, 9 juillet 2026).
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 17 juillet 2026




