CDM 2026 — Maroc : le récit d’un continent en marche

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L’équipe nationale du Maroc, seul représentant africain encore en lice dans cette Coupe du Monde 2026. Crédit : Fédération Royale Marocaine de Football / AFP

Casablanca, 9 juillet 2026 — La nuit est tombée depuis trois heures sur le boulevard Mohammed V, mais personne ne dort. Des milliers de drapeaux rouges frappés de l’étoile verte claquent dans l’air tiède. Les klaxons répondent aux youyous. Sur un écran géant installé devant l’ancienne médina, le visage d’Achraf Hakimi, capitaine, occupe tout le cadre. Il sourit, les bras levés vers le ciel. Le Maroc vient de battre les Pays-Bas aux tirs au but, et l’Afrique tout entière s’est levée avec lui.

Ce jeudi soir, le royaume chérifien et un continent retiennent leur souffle. Demain, vendredi 10 juillet, le Maroc affrontera la France en quart de finale de la Coupe du Monde 2026. C’est la première fois depuis le début du tournoi qu’une seule équipe africaine atteint ce stade — et c’est la même nation qui, en 2022 au Qatar, avait déjà fracassé le plafond de verre en devenant la première demi-finaliste africaine de l’histoire.

Un parcours de patron

Revenons six jours en arrière. Le 4 juillet, au Arrowhead Stadium de Kansas City, le Maroc écrase le Canada, pays co-organisateur, 3 buts à 0 en huitième de finale. Azzedine Ounahi ouvre le score d’une demi-volée qui nettoie la lucarne droite, déclenchant une célébration devenue virale : le milieu de terrain mime la préparation du thé à la menthe, geste signature du « Atay celebration », aussitôt repris des ruelles de Marrakech aux terrasses de Barbès. Il doublera la mise vingt minutes plus tard, servi par un Hakimi en état de grâce.

Avant cela, le Maroc avait déjà traversé une phase de groupes que beaucoup jugeaient piégeuse. Dans un groupe dominé par le Brésil, les Lions de l’Atlas ont tenu le choc : match nul 1-1 face à la Seleção — un résultat arraché avec les tripes — avant de disposer de l’Écosse (2-0) et de confirmer contre Haïti (3-1). Sept points sur neuf. Statut de favori assumé.

Puis vint ce huitième de finale contre les Pays-Bas, le 7 juillet, qui restera comme l’un des sommets d’intensité de ce Mondial. Mené au score dès la 17ᵉ minute sur une frappe de Cody Gakpo, le Maroc a poussé, pressé, cru, jusqu’à égaliser par Soufiane Rahimi à la 72ᵉ. Prolongation, fatigue, et cette séance de tirs au but où Yassine Bounou — « Bono » — a sorti deux frappes néerlandaises. Le Maroc, porté par un bloc défensif devenu légende et une foi collective qui dépasse le cadre du football, est en quarts.

L’Afrique derrière un seul drapeau

Le football africain avait dix représentants au coup d’envoi de cette Coupe du Monde 2026 — un record, fruit du nouveau format à 48 équipes. Le Sénégal, l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Cap-Vert, l’Afrique du Sud, la RD Congo et le Maroc. Dix nations, dix espoirs, dix récits. Huit sont rentrés à la maison. Une seule poursuit la marche.

Ce soir, du Cap à Casablanca, de Dakar à Dar es-Salaam, le continent regardera dans la même direction. Ce n’est pas seulement le Maroc qui joue contre la France : c’est l’Afrique qui affronte son histoire, ses anciennes puissances coloniales, ses démons footballistiques. Sur le terrain, Brahim Díaz, formé à Malaga, international espagnol avant de choisir le pays de ses origines, incarne ce pont entre les deux rives de la Méditerranée. Avec ses quatre passes décisives depuis le début du tournoi, le milieu offensif est devenu le poumon créatif des Lions.

Ce choc France-Maroc est aussi un symbole générationnel. En 2022, au Qatar, la demi-finale perdue contre les Bleus (2-0) avait marqué la fin d’un rêve éveillé. Quatre ans plus tard, les cadres sont toujours là — Hakimi, Bono, Ounahi, Amrabat, Rahimi — mais l’expérience en plus et la peur en moins. La FIFA classe désormais le Maroc au 7ᵉ rang mondial, une première pour une sélection africaine.

La leçon de 2022, l’ambition de 2026

Ce que Walid Regragui a construit dépasse le onze titulaire. Depuis son arrivée, le sélectionneur marocain a installé une discipline tactique qui fait école sur le continent : pressing coordonné, transitions rapides, solidité défensive — un seul but encaissé en quatre matchs dans ce tournoi. La défense centrale, articulée autour de Nayef Aguerd et Romain Saïss, est la meilleure du Mondial à ce stade. Devant, la vitesse d’exécution des ailiers et la justesse technique d’Ounahi rendent le Maroc injouable par séquences.

Plus largement, ce parcours interroge l’ensemble du football africain. Pourquoi, malgré un réservoir de talents qui irrigue les plus grands championnats européens, le continent n’a-t-il toujours pas dépassé le cap des demi-finales ? Le Maroc de 2022 avait apporté la preuve que c’était possible. Le Maroc de 2026 veut démontrer que ce n’était pas un accident. Et quoi qu’il arrive demain soir, cette équipe a déjà fait mieux que toutes les autres nations africaines réunies dans ce tournoi.

Le compte à rebours

Vendredi 10 juillet, 21h00 heure locale. Le MetLife Stadium de East Rutherford, New Jersey, sera le théâtre de l’un des quarts de finale les plus attendus de l’histoire récente. D’un côté, la France, championne du monde 2018, vice-championne 2022, portée par Kylian Mbappé. De l’autre, le Maroc, porté par un peuple et par un continent.

Dans les rues de Casablanca, les banderoles sont déjà accrochées. « Dima Maghrib » — Toujours le Maroc. Dans les cafés de Dakar, les discussions s’échauffent autour du thé Touba. À Abidjan, on portera le maillot rouge. Et si le football est un langage universel, ce soir-là, il parlera arabe, berbère, wolof, swahili — il parlera africain.

Le Maroc est en quarts. L’Afrique retient son souffle.

Sources : FIFA.com (résultats officiels CDM 2026), Confédération Africaine de Football (CAF), Agence France-Presse (AFP), Reuters, Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), Transfermarkt (données joueurs).

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 9 juillet 2026

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