
New York, 9 juillet 2026, 23h17. Achraf Hakimi est à genoux sur la pelouse du MetLife Stadium. Les lumières du New Jersey éclairent un tableau que l’Afrique connaît trop bien : une équipe à terre, des rêves brisés, un score qui ne raconte pas tout. La France vient de mettre fin au parcours marocain en quart de finale (2-0). Mais au moment où le coup de sifflet retentit, quelque chose de différent flotte dans l’air. Les supporters marocains ne pleurent pas de honte. Ils applaudissent.
Une histoire qui commence à Casablanca
Tout avait commencé six mois plus tôt, dans un complexe ultramoderne de la banlieue de Casablanca. Mohamed Ouahbi, le sélectionneur, y avait rassemblé ses cadres pour un stage qui allait définir le Mondial. « On ne va pas aux États-Unis pour participer », aurait-il lancé à son groupe. « On y va pour montrer que 2022 n’était pas un accident. »
Le Maroc arrivait avec un statut que peu de sélections africaines ont jamais porté : celui de demi-finaliste sortant. Un fardeau et une bénédiction à la fois. Dans les rues de Rabat, de Marrakech, de Tanger, on ne rêvait plus seulement de qualification. On rêvait de finale.
Le groupe de la mort, ce défi familier
Le tirage au sort de décembre 2025 avait réservé au Maroc un groupe que les observateurs qualifièrent immédiatement de redoutable : le Brésil, l’Écosse et Haïti. Trois continents, trois styles, trois défis.
Le 14 juin, au Hard Rock Stadium de Miami, les Lions de l’Atlas livrent une première prestation qui donne le ton. Face à un Brésil emmené par Vinícius Jr, le Maroc tient tête. Bounou, impérial dans les buts, sort un arrêt réflexe à la 78e minute. Brahim Díaz répond à l’ouverture du score brésilienne d’une frappe enroulée qui fait exploser les téléphones portables de Casablanca à Dakar. 1-1. Un point. Un message.
Six jours plus tard, à Philadelphie, c’est une Écosse physique et directe qui se présente. Le Maroc souffre, plie, mais ne rompt pas. À la 67e minute, sur un corner botté par Hakimi, El Kaabi s’élève plus haut que tout le monde. 1-0. Le Maroc tient sa première victoire.
Le 25 juin, contre Haïti, le Maroc fait le spectacle. 4-2. Rahimi, Ezzalzouli, Ounahi — les talents s’expriment. La qualification pour les 8e de finale est acquise avec la manière.
La nuit des penalties
30 juin 2026. Le Lincoln Financial Field de Philadelphie est rouge et vert. En face, les Pays-Bas de Xavi Simons et de Matthijs de Ligt. Un 8e de finale qui sent la poudre.
Le match est un combat. Sofyan Amrabat, capitaine de tranchée, gratte des ballons comme on creuse des tranchées. À la 22e minute, les Pays-Bas ouvrent le score sur une action confuse. Le Maroc accuse le coup, vacille, mais revient. À la 58e, Ounahi, d’une talonnade inspirée, lance Brahim Díaz qui égalise d’un plat du pied chirurgical.
1-1. Prolongation. Épuisement. Et puis les tirs au but.
Bounou, le héros de 2022 contre l’Espagne, ressort son costume de magicien. Deux arrêts. Le Maroc passe. Le continent respire. Dans les rues de Dakar, on danse pour les voisins du Nord comme si le Sénégal lui-même venait de se qualifier.
Le mur français
Le quart de finale du 9 juillet avait un goût de revanche. En 2022, au Qatar, la France avait brisé le rêve marocain en demi-finale (2-0). Quatre ans plus tard, le scénario se répète, cruel dans sa symétrie.
Mbappé, d’abord maladroit sur penalty à la 37e (Bounou détourne), se rachète. Dembélé double la mise. La France est clinique. Le Maroc a donné tout ce qu’il avait. La marche était trop haute, mais les Lions de l’Atlas sortent la tête haute — une fois encore.
Ce que le Maroc laisse au continent
Le parcours marocain de 2026 n’a pas dépassé celui de 2022. Mais il l’a confirmé, ce qui est peut-être plus important encore. Le Maroc n’est plus une surprise, une parenthèse enchantée, un feu de paille. Il est devenu une certitude du football mondial.
Hakimi, à 27 ans, est entré dans la légende comme le meilleur latéral droit de sa génération. Ounahi (26 ans), Brahim Díaz (26 ans), El Khannouss (22 ans) — cette génération n’a pas fini d’écrire son histoire. Leur jeunesse est la promesse d’un avenir qui ne demande qu’à éclore, peut-être dès 2030, sur un continent qui rêve d’accueillir le monde.
« Le Maroc a montré la voie », écrivait ce matin le quotidien sénégalais Le Soleil. « Il n’y a plus d’exploit africain. Il y a le football africain, tout simplement. »
Au MetLife Stadium, cette nuit du 9 juillet, Hakimi s’est relevé. Il a salué les tribunes, une main sur le cœur, l’autre pointée vers le ciel. Le Maroc quittait la Coupe du Monde. L’Afrique, elle, n’a jamais été aussi présente.
Sources : FIFA, CAF, Reuters, AFP, ESPN, L’Équipe, Fédération Royale Marocaine de Football.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 14 juillet 2026




