CDM 2026 — Maroc : le récit d`un continent en marche

Maroc — demi-finale CDM 2022 Doha — les Lions de l'Atlas saluent leurs supporters
Les Lions de l’Atlas saluent leurs supporters après la demi-finale de Doha 2022. © Reuters / FIFA

Foxborough, Massachusetts, 21h00 ce jeudi 9 juillet 2026. Le Maroc retrouve la France en quart de finale de la Coupe du Monde, 1 340 jours après la demi-finale de Doha. Dernier représentant africain encore en lice — les neuf autres ont tous chuté —, les Lions de l’Atlas portent ce soir les espoirs de tout un continent. Retour sur un parcours qui raconte beaucoup plus qu’un simple tableau de résultats.

Le fait

Il faut rembobiner. Le 16 juin, à Toronto, le Maroc entre dans sa Coupe du Monde 2026 par un Brésil-Maroc qui se termine sur un 1-1 que personne n’attendait. Les Auriverde, cinq étoiles au maillot, tenus en échec par un bloc marocain compact, discipliné, chirurgical en transition. Premier signal.

Deuxième match, le 20 juin : Maroc-Haïti. Les Lions déroulent. 4-2, avec un doublé d’Ayoub El Kaabi et une maîtrise collective qui rassure. Troisième match, le 24 juin : Écosse 0-1 Maroc. But de Bilal El Khannouss, deuxième clean sheet du tournoi. Sept points, deuxième place du Groupe C derrière le Brésil — et un statut qui change. On ne parle plus de l’outsider miraculé de 2022. On parle d’une équipe qui confirme.

Vient le 29 juin, Round of 32, à Kansas City. Pays-Bas — Maroc. Quatre-vingt-dix minutes de tension, un 1-1 au bout de la prolongation. Et puis cette séance de tirs au but, 3-2, où Yassine Bounou, comme à Doha, comme toujours, sort la parade qui envoie les siens en huitièmes. « Bono » et ses gants d’acier.

Le 3 juillet, Round of 16, à Cincinnati. Canada — Maroc. Le match de la maturité : El Khannouss sur penalty (45+1′), El Kaabi à la reprise (47′), Saïd Saibari en renard (58′). 3-0. Victoire nette, sans bavure. Mais à la 62e minute, Saibari sort sur blessure. Diagnostic : entorse de la cheville grade 2, quatre à six semaines d’absence. Le meilleur buteur marocain du tournoi regardera France-Maroc depuis les tribunes.

Et nous y voilà. Ce soir, Gillette Stadium, 21h00. France — Maroc. Kylian Mbappé, sept buts au compteur, cinq victoires en cinq matchs, une machine bleue qui ne tremble pas. En face, un Maroc privé de Saibari mais pas de son âme. Un Maroc qui est, ne l’oublions pas, la seule équipe africaine encore debout dans ce tournoi à 48 nations.

La lecture

Revenons à Doha, 14 décembre 2022. Al-Bayt Stadium. France 2-0 Maroc. Théo Hernandez ouvre le score dès la 5e minute. Randal Kolo Muani, entré deux minutes plus tôt, double la mise à la 79e. Fin du rêve. Mais quel rêve : première demi-finale africaine de l’histoire, Belgique, Espagne, Portugal balayés sur le chemin.

Ce soir, le football africain ne joue pas seulement un quart de finale. Il joue une confirmation. La question qui hante les conversations de Dakar à Johannesburg, du Caire à Abidjan, n’est plus « le Maroc peut-il créer l’exploit ? » mais « le Maroc confirme-t-il que 2022 n’était pas un accident ? ».

Walid Regragui, l’architecte de cette équipe, l’a compris avant tout le monde. Depuis sa prise de fonction en août 2022, il n’a cessé de répéter une chose : « Nous ne sommes pas venus en touristes. » En 2026, ce mantra est devenu une réalité statistique. Sept points en groupe, une défense qui n’encaisse que trois buts en cinq matchs, une attaque qui trouve le chemin des filets dans chaque rencontre. Ce n’est plus de la résilience romantique. C’est de la constance. Et la constance, dans le football africain, a toujours été le mur le plus difficile à franchir.

La mémoire du match de 2022 pèse, évidemment. Mais elle pèse des deux côtés. Pour les Bleus, il y a ce souvenir d’une demi-finale plus laborieuse que le score ne le dit — des Marocains qui avaient touché les montants, fait trembler Hugo Lloris, dominé des séquences entières. Pour les Lions, il y a la certitude, désormais chevillée au corps, qu’ils peuvent regarder n’importe quelle nation du monde droit dans les yeux.

La perspective

Dix sélections africaines qualifiées. Un record historique, fruit du nouveau format à 48 et d’un réservoir de talents qui explose. Et pourtant, au soir du 7 juillet, il n’en restait plus qu’une. L’Égypte de Mohamed Salah, dernière à tomber avec les Lions, éliminée en huitièmes par l’Espagne. Le Sénégal, quart-de-finaliste en 2002 et 2022, sorti dès les poules. L’Algérie, le Ghana, la Tunisie, la Côte d’Ivoire : tous rentrés. Le Cameroun et le Nigeria n’avaient même pas fait le voyage.

Alors oui, le format à 48 places offre plus de sièges à la table. Mais il ne garantit rien. La vérité brutale de ce quart de finale, c’est qu’il raconte à la fois le progrès et le chemin qui reste. Le Maroc a compris ce que les autres cherchent encore : qu’une Coupe du Monde ne se joue pas seulement avec des jambes, mais avec une ossature — fédération stable, staff technique en continuité, projet de formation qui irrigue l’élite. Regragui est en poste depuis quatre ans. Pendant ce temps, combien de sélections africaines ont changé de sélectionneur ?

Ce soir, à Foxborough, le Maroc n’est pas seul. Il est le point d’orgue d’une Afrique du football qui a changé de braquet — des académies privées de Casablanca aux centres de formation de Dakar, des binationaux qui choisissent le continent aux infrastructures professionnelles qui sortent de terre. Le match contre la France, c’est la revanche de Doha. Mais c’est aussi, et surtout, le marqueur d’une époque où l’Afrique ne demande plus la permission d’exister sur le terrain. Elle vient prendre sa place.

Et si, ce soir, les Lions rugissent plus fort que les Bleus ?

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 9 juillet 2026


Sources : FIFA.com — Bracket officiel CDM 2026 · CAF Online — Suivi des sélections africaines · Anadolu Agency — « Le Maroc, dernière équipe africaine en lice » (07/07/2026) · BBC Sport — Scores & Fixtures · L’Équipe — Preview France-Maroc (09/07/2026) · Reuters — Compte-rendu Maroc-Canada 3-0 (03/07/2026) · AFP — Blessure Saibari (04/07/2026)

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