
11 juin 2026, Estadio Azteca, Mexico. Le soleil décline sur la mégapole mexicaine quand les Lions de l’Atlas entrent en scène. Hakimi porte le brassard. Dans les tribunes, une marée rouge et verte. Les supporters marocains ont traversé l’Atlantique comme ils traverseraient le Rif — sans se retourner. Le Maroc ouvre sa huitième Coupe du Monde, la septième participation de son histoire. Mais cette fois, c’est différent : le Maroc n’est plus le poucet, il est le leader du continent. Numéro sept mondial au classement FIFA de juin 2026, son meilleur rang historique. Champion d’Afrique des Nations 2025 sur son sol. Le continent regarde.
Le fait
Le parcours marocain en 2026 s’arrête en quarts de finale. Six matchs disputés — trois victoires, deux nuls, une défaite. Dix buts marqués, six encaissés. Une qualification impeccable : huit victoires en huit matchs éliminatoires, vingt-deux buts inscrits, deux concédés (source : FIFA.com).
En phase de groupes, les hommes de Mohamed Ouahbi — le sélectionneur marocain nommé après la CAN 2025 victorieuse — imposent leur rythme. Le 4 juillet, à Houston, le Maroc étrille le Canada 3-0, réplique quasi parfaite du 2-1 de Doha en 2022. Hakimi, toujours lui, guide la défense et cavale sur son couloir droit. Derrière, Bounou fait le mur. Devant, En-Nesyri pèse sur chaque défense.
Le huitième de finale est maîtrisé, le quart combatif. Mais le sort du tournoi bascule sur un détail — une transversale mal ajustée, une couverture qui craque, un gardien adverse en état de grâce. Le Maroc tombe, la tête haute, comme il était tombé en demi-finale face à la France en 2022 (2-0), puis pour le bronze contre la Croatie (2-1).
La lecture
Il faut rembobiner pour mesurer le chemin. En 1970, le Maroc découvrait la Coupe du Monde au Mexique — déjà. Défaite 2-1 contre la RFA de Gerd Müller, revers 3-0 contre le Pérou, nul 1-1 contre la Bulgarie. Une première page arrachée au vide. Seize ans plus tard, en 1986 — encore au Mexique — le Maroc d’Abderrazak Khairi et Abdelkrim Merry devenait la première sélection africaine à franchir un premier tour de Coupe du Monde. 0-0 contre la Pologne. 0-0 contre l’Angleterre. 3-1 contre le Portugal. Un huitième de finale perdu 1-0 contre la RFA. Le continent entier avait vibré.
2022 a tout changé. Demi-finale. Quatrième place. Première nation africaine — première nation arabe — à atteindre le dernier carré. Ce soir de décembre à Doha, quand les Lions ont fait tomber l’Espagne aux tirs au but puis le Portugal de Cristiano Ronaldo, le football africain a franchi une ligne invisible. Celle qui sépare les figurants des protagonistes.
La différence entre 2022 et 2026 ? En 2022, le Maroc était un éclat — une surprise magnifique, un orage dans le ciel du football mondial. En 2026, le Maroc était une puissance établie. Numéro sept mondial, champion d’Afrique en titre, coach national à la baguette, Hakimi en capitaine iconique. Le monde ne l’a pas découvert : il l’a respecté.
La perspective
Ce quart de finale marocain clôt-il une parenthèse ou ouvre-t-il une ère ? La question dépasse Rabat. Elle traverse Alger, Dakar, Abidjan, Le Caire. Car le Maroc de 2022-2026 n’est pas une anomalie : c’est la preuve. La preuve qu’une nation africaine peut enchaîner deux parcours majeurs en Coupe du Monde sans redevenir une équipe de seconde zone entre-temps. La preuve que l’excellence se cultive — la FRMF a investi dans les infrastructures, la formation, la diaspora, la stabilité technique.
2030 approche, et le Maroc co-organisera la Coupe du Monde avec l’Espagne et le Portugal. Jamais un pays africain — avec l’Afrique du Sud 2010 — n’aura été aussi légitime à accueillir le monde. Les Lions de l’Atlas ne joueront pas seulement à domicile : ils joueront chez eux, devant un continent qui aura eu huit ans pour digérer Doha, assimiler 2026, et comprendre que le plafond de verre n’existe plus.
Dans les rues de Casablanca, ce soir de quart de finale perdu, personne n’a baissé la tête. Les drapeaux sont restés aux fenêtres. Parce qu’une défaite en quart de finale de Coupe du Monde, pour une nation africaine, n’est plus un aboutissement — c’est une étape. Et c’est peut-être ça, le plus grand héritage de cette génération dorée.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 13 juillet 2026




