Coupe du Monde 2026 : neuf sur dix, le bilan africain à la portée des huitièmes

Coupe du Monde 2026 : bilan africain avant les huitièmes de finale
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Le 29 juin 2026, à Guadalupe, au Mexique, sous un ciel de latitudes basses et une humidité collante, les joueurs du Maroc se sont retrouvés au centre du cercle après 120 minutes de combat acharné contre les Pays-Bas. Issa Diop, le défenseur central né en France d’un père sénégalais et d’une mère gambienne, avait sauvé son équipe en inscrivant l’égalisation dans les arrêts de jeu de la deuxième mi-temps. Les tirs au but avaient suivi. Yassine Bounou, impassible dans ses buts, avait arrêté la tentative de Crysencio Summerville. Ismael Saibari, l’enfant d’Anvers devenu l’homme des grands soirs, avait envoyé le dernier penalty au fond des filets.

Les Lions de l’Atlas n’en étaient pas à leur première expulsion. Mais celle-ci avait un goût particulier : à Doha, en 2022, ils avaient sorti l’Espagne, puis le Portugal, pour filer jusqu’en demi-finale. Quatre ans plus tard, sous un autre ciel, ils tuaient les oranje dans le même format — la sécherie clinique de la séance de tirs au but, cette arme africaine qui ne doit rien au hasard et tout à la préparation mentale.

Le problème, c’est que le Maroc est désormais seul. Le 3 juillet, veille des huitièmes de finale, la Coupe du Monde 2026 offre un bilan africain à la fois historique et cruel : neuf sélections sur dix ont franchi le cap de la phase de groupes — un record absolu pour le continent — mais six d’entre elles sont déjà sorties au tour de passage, ce fameux round of 32 que le format élargi à 48 équipes a introduit. Sept équipes africaines sur dix éliminées avant les véritables huitièmes. Le chiffre fait mal, même si la CAF a publié un communiqué de félicitations dès le 28 juin.

Un continent sorti en force — et renvoyé presque aussi vite

Les faits d’abord. Dix nations africaines au départ, c’était déjà une première historique : Maroc, Sénégal, Algérie, Tunisie, Égypte, Côte d’Ivoire, Ghana, Afrique du Sud, RD Congo et Cap-Vert. Neuf d’entre elles — toutes sauf la Tunisie, dernière du groupe F avec zéro point — ont atteint le round of 32. La CAF a qualifié ça d’« accomplissement historique », et en termes de représentativité brute, c’est vrai : jamais autant de drapeaux africains n’avaient survécu à une phase de groupes de Coupe du Monde.

Mais survivre, c’est une chose. Avancer, c’en est une autre.

Canada a éliminé l’Afrique du Sud 1-0 après prolongations — Stephen Eustaquio, né en Belgique d’un père canadien et d’une mère portugaise, marquant le but de la première victoire en phase à élimination directe de l’histoire canadienne. La Norvège d’Erling Haaland a sorti la Côte d’Ivoire 2-1 grâce à un but dans les derniers instants. La France de Kylian Mbappé a balayé la Suède 3-0 sans trembler. L’Angleterre de Harry Kane a eu chaud — la RD Congo menait 1-0 avant que Kane n’inscrive un doublé dans les vingt dernières minutes pour l’emporter 2-1.

Le Sénégal a peut-être livré le match le plus frustrant. Contre la Belgique, les Lions de la Teranga ont mené 2-0, portés par un Mané transcendant dans le premier acte. La Belgique est revenue, a égalisé, puis a pris l’avantage en prolongations sur un penalty tardif et contesté. Score final : 3-2. Aliou Cissé, le sélectionneur, n’a pas immédiatement commenté. À Dakar, les cafés se sont vidés dans un silence qui n’était pas du tout celui de 2002, quand la ville entière explosait de joie dans les rues après la victoire contre la France. Ce silence-là disait quelque chose : l’Afrique attend maintenant, elle ne célèbre plus automatiquement.

L’Algérie n’a pas existé contre une Suisse méthodique (2-0). Quant à la RD Congo, après avoir fait vibrer le continent en sortant la Jamaïque en barrages intercontinentaux en avril dernier, les Léopards sont tombés avec les honneurs contre l’Angleterre — mais tombés tout de même.

Les trois matchs du 3 juillet : l’inconnue finale

Au moment où nous écrivons ces lignes, trois nations africaines jouent encore leur survie dans ce Mondial. L’Égypte de Mohamed Salah affronte l’Australie à Arlington, au Texas. Le Cap-Vert — cinquante-cinq ans d’indépendance, six cent mille habitants, une première participation à la Coupe du Monde — joue contre l’Argentine de Lionel Messi, tenante du titre, à Miami Gardens. Le Ghana, équipe au passé glorieux et au présent incertain, défie la Colombie à Kansas City.

Ces trois matchs dessinent les derniers contours de ce que l’Afrique peut encore espérer de cette Coupe du Monde. L’Égypte a traversé la phase de groupes sans vaincre ni perdre : trois nuls contre la Belgique, la Nouvelle-Zélande et l’Iran, avec cinq buts marqués et cinq encaissés. Salah, à trente-deux ans, joue peut-être son dernier grand tournoi avec les Pharaons. Son influence sur le jeu reste réelle, mais elle ne dicte plus le cours d’un match comme elle le faisait encore en CAN 2023. L’Australie, solide mais limitée, est une opposition à la portée.

Le Cap-Vert, lui, incarne la romance du tournoi. Qualifié pour la phase à élimination directe après trois nuls — contre l’Espagne, l’Uruguay et l’Arabie saoudite — l’archipel lusophone a accompli quelque chose de rare : exister dans un groupe avec l’une des meilleures équipes d’Europe sans trembler. Le président de la fédération cap-verdienne, Fernando Mendes, a même déclaré que son équipe avait « 100 % de chances de battre l’Argentine ». Le propos a fait sourire en salle de presse. Mais à Mindelo, dans le bar de la rue 15 de Novembro, on l’a pris au mot. L’Argentine reste l’Argentine. Messi, même à trente-neuf ans, n’a pas encore dit son dernier mot. La différence de niveau entre les deux équipes est abyssale. Et pourtant.

Le Ghana, enfin, porte le poids de ses fantômes. 2010, ce penalty manqué d’Asamoah Gyan contre l’Uruguay en quart de finale. 2022, une élimination en phase de groupes qui avait fait pleurer tout un continent. En 2026, les Black Stars ont survécu au premier tour via la place de meilleur troisième, mais sans convaincre : une victoire contre le Panama, un nul contre l’Angleterre, une défaite contre la Croatie. Otto Addo, de retour sur le banc après un passage en Scandinavie, hérite d’une génération talentueuse mais instable. La Colombie, elle, a survolé son groupe sans encaisser le moindre but.

Ce que ce tournoi dit du football africain

Il faut se souvenir. En 1990, à Milan, le Cameroun de Roger Milla battait l’Argentine de Maradona au premier tour. Trente-six ans plus tard, en 2026, neuf nations africaines passent la phase de groupes. Trente-six ans, c’est le temps d’une vie de joueur — et les chemins parcourus entre ces deux moments racontent l’histoire du football sur le continent : une professionnalisation croissante des centres de formation, des investissements massifs des fédérations marocaine et sénégalaise dans l’infrastructure, une diaspora européenne qui produit des générations de joueurs à double culture tactique.

Et pourtant. Le tableau éliminatoire est impitoyable. Neuf sur dix en phase de groupes, c’est magnifique. Zéro, une ou deux en quarts de finale, c’est le vrai test. Au moment où nous basculons dans les huitièmes, seul le Maroc est assuré d’y figurer. Le Maroc, encore. Les Lions de l’Atlas, sous Mohamed Ouahbi qui a succédé à Walid Regragui après la CAN 2025, ont géré un groupe délicat — avec le Brésil, l’Écosse et Haïti — sans perdre une seule rencontre. Ils ont ensuite éliminé les Pays-Bas avec cette capacité unique qu’ils ont développée depuis 2022 : ne jamais céder à la pression, convertir chaque séance de tirs au but en rituel d’expulsion.

Samedi 4 juillet, à Houston, ils affronteront le Canada — un pays hôte, stimulé par une ferveur locale inédite, qui sort tout juste de sa première victoire en phase à élimination directe. Le Canada n’a rien à perdre. Le Maroc, si.

Les surprises du tournoi : le Paraguay, l’Uruguay fracassé, et la fragilité des favoris

Ce Mondial n’a pas épargné les grands. L’Allemagne, double championne du monde en titre, a été éliminée dès le round of 32 par le Paraguay aux tirs au but, après un match nul 1-1 à Boston. Le sélectionneur allemand, Julian Nagelsmann, n’avait pas encore repris ses esprits quand la conférence de presse a commencé. L’Uruguay, deux fois championne du monde, n’a même pas franchi la phase de groupes : éliminée dans un groupe H où l’Espagne et le Cap-Vert l’ont devancée. Deux éliminations consécutives en phase de groupes pour la Céleste, après 2022. La Suède, après un parcours honorable, a été balayée 3-0 par la France. Le Japon, porteur d’un football élégant, a cédé 2-1 contre le Brésil dans un match où Casemiro puis Gabriel Martinelli ont inversé le cours d’une rencontre que Kaishu Sano avait pourtant ouvert pour les Bleus asiatiques.

L’Argentine, invaincue et impressionnante (neuf points, zéro but encaissé dans le groupe J), reste le favori le plus abouti. Mais si le Cap-Vert parvient à l’arracher ce 3 juillet, le tableau basculerait d’une manière que personne n’oserait prédire.

Ce qu’il reste à jouer — et à comprendre

Demain commence la phase qui compte. Les huitièmes de finale, avec leurs matchs à élimination directe, ne laissent aucune marge. Pour l’Afrique, le scénario le plus probable est celui d’un Maroc solitaire portant les espoirs continentaux une nouvelle fois. Mais les scénarios improbables existent : une Égypte qui passerait l’Australie, un Cap-Vert qui infligerait un séisme à l’Argentine, un Ghana qui survivrait à la Colombie. Trois miracles en une journée, c’est demander beaucoup au destin. Mais ce Mondial a déjà commencé à montrer que le destin n’obéit pas aux pronostics.

La question n’est plus de savoir si l’Afrique peut qualifier des équipes en phase de groupes — le chiffre de neuf sur dix a réglé ce débat. La question est devenue : quand une sélection africaine atteindra-t-elle la finale ? En 2022, le Maroc s’est arrêté à une demi-finale perdue contre la France. En 2026, les conditions sont-elles réunies pour aller plus loin ?

La réponse ne viendra pas des statistiques. Elle viendra de ce qui s’est passé à Guadalupe, quand Issa Diop a relancé ses coéquipiers dans les arrêts de jeu. Elle viendra de la salle de presse de Miami, si le Cap-Vert ose. Elle viendra de Kansas City, si le Ghana se souvient de ce qu’il a été. Et elle viendra de Houston, samedi, quand le Maroc affrontera un pays qui croit pour la première fois pouvoir gagner quelque chose dans ce tournoi.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 3 juillet 2026

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