CDM 2026 — Sénégal : les Lions de la Teranga, entre bravoure et gâchis

Sadio Mané du Sénégal lors du 16e de finale Belgique-Sénégal, Seattle, 1er juillet 2026
Sadio Mané face à la Belgique en 16e de finale — Seattle, 1er juillet 2026. © Reuters/Alex Grimm

Seattle, 1er juillet 2026, 125e minute. Youri Tielemans prend sa course. Le Lumen Field retient son souffle. Édouard Mendy plonge du bon côté — le ballon file sous son corps. 3-2. Le Sénégal vient de quitter la Coupe du Monde 2026 de la manière la plus cruelle qui soit. Menée 2-0 à quatre minutes de la fin du temps réglementaire, la Belgique est revenue de nulle part, puis a arraché la qualification aux tirs au but… sur penalty à la 125e. À Dakar, les écrans géants de la Place de l’Indépendance se sont éteints d’un coup.

Le fait : un groupe I qui raconte tout

Le Sénégal est tombé dans le groupe I, aux côtés de la France, de la Norvège et de l’Irak. Un tirage qui promettait autant qu’il menaçait.

16 juin, East Rutherford. France-Sénégal : 24 ans après le 1-0 historique de Séoul, les Lions de la Teranga retrouvent les Bleus au MetLife Stadium. Le scénario est différent. Nicolas Jackson touche le poteau en première période, Ismaïla Sarr rate l’immanquable à la 45e. Mbappé, lui, ne pardonne pas : 66e minute, premier but sur une passe d’Olise ; 82e, Barcola double la mise. Ibrahim Mbaye, 18 ans, entré à la 75e, réduit le score dans le temps additionnel (90e+5) d’une frappe puissante au premier poteau — son premier but en Coupe du Monde. Mais Mbappé réplique dans la minute suivante et scelle le 3-1. Score lourd pour les Lions, qui avaient pourtant tenu tête pendant plus d’une heure.

22 juin. Norvège-Sénégal. Le match tournant. Erling Haaland donne le ton. Les Lions répondent mais plient 3-2. Deux défaites en deux matchs. Le Sénégal est au bord du gouffre.

26 juin. Face à l’Irak, il faut gagner, et bien gagner, pour espérer figurer parmi les huit meilleurs troisièmes. Les Lions dévorent : 5-0. Pape Gueye inscrit un doublé, Mané retrouve le chemin des filets. Qualification arrachée. Le Sénégal termine 3e du groupe I avec 3 points, 8 buts marqués, 6 encaissés — et une différence de +2 qui lui ouvre la porte des 16es de finale.

La lecture : mémoire et fragilité

Ce qui frappe, en relisant le parcours sénégalais de 2026, c’est la tension constante entre la mémoire glorieuse et la fragilité du présent. Depuis 2002 — cette nuit de Séoul où Papa Bouba Diop avait fait taire la France championne du monde (1-0, 31 mai 2002) — le Sénégal porte une attente immense, presque déraisonnable pour un pays de 18 millions d’habitants. Quart de finaliste en 2002, 8e de finaliste en 2022 contre l’Angleterre (3-0), vainqueur de la CAN 2022 à Yaoundé, le pays s’est installé comme une référence africaine incontournable.

Mais il y a une différence entre être une référence et confirmer. En 2018, le Sénégal était tombé à cause d’un critère de fair-play — deux cartons jaunes de plus que le Japon — une cruauté administrative qui avait laissé un goût amer. En 2022, les Lions étaient passés en 8es avant de buter sur l’Angleterre. En 2026, ils avaient l’effectif pour faire mieux. Sadio Mané (Al-Nassr), à 34 ans, disputait probablement sa dernière Coupe du Monde. Koulibaly, à 34 ans, aussi. Cette génération dorée n’aura jamais franchi le cap des quarts de finale — une frustration que le football sénégalais mettra du temps à digérer.

Mais la CDM 2026 a exposé les fissures. Le sélectionneur Pape Bouna Thiaw, nommé après Aliou Cissé, n’a jamais semblé maîtriser totalement un vestiaire pourtant riche en talents : Kalidou Koulibaly, capitaine de 34 ans, Sadio Mané, Idrissa Gueye, Ismaïla Sarr, Nicolas Jackson. La défaite initiale contre la France, honorable dans le contenu, a été suivie d’un non-match défensif contre la Norvège — 3 buts encaissés, dont deux sur des erreurs individuelles.

Le 5-0 contre l’Irak a masqué temporairement ces problèmes. Mais le 16e de finale contre la Belgique les a exposés au monde entier. À la 86e minute, le Sénégal menait 2-0. Buts d’Habib Diarra (Sunderland), 23 ans, et d’Ismaïla Sarr (Crystal Palace). Les Lions tenaient leur qualification pour les 8es. Et puis, en quatre minutes, tout s’est effondré : Lukaku réduit l’écart, Tielemans égalise. Prolongation. Et ce penalty de la 125e.

Le 12 juillet, Thiaw était limogé. Le 14, le président de la Fédération sénégalaise révélait que le médecin de l’équipe « avait une formation de gynécologue » et manquait de compétences spécialisées pour le sport de haut niveau. Pape Gueye, lui, annonçait le 2 juillet qu’il ne rejouerait pas sous le staff en place.

La perspective : et maintenant ?

Le Sénégal n’est pas une sélection en crise — c’est une sélection qui doit se reconstruire. Le réservoir existe : Ibrahim Mbaye, 18 ans, a marqué contre la France. Habib Diarra, 23 ans, a marqué contre la Belgique. Pape Gueye (Villarreal), Nicolas Jackson (Chelsea), Ismaïla Sarr : tous ont entre 24 et 28 ans. La génération post-Cissé existe.

Ce qu’il manque, c’est un projet de jeu qui transcende les individualités. Le football africain de 2026 ne se contente plus de la présence au second tour — il veut un quart, une demie, une finale. Le Maroc l’a montré en 2022. L’Égypte, le Ghana, la Côte d’Ivoire, l’Afrique du Sud poussent. Le Sénégal ne peut pas se permettre de rester au bord de la route.

À Dakar, la déception est profonde mais pas désespérée. Les Gaindés ont montré qu’ils pouvaient battre n’importe qui pendant 86 minutes. La suite dépendra du courage de la Fédération à nommer un technicien capable de fédérer — et de la capacité des cadres à transmettre avant qu’il ne soit trop tard.

Le 16 juillet 2026, un gamin de Pikine regardait les demi-finales à la télévision en maillot du Sénégal, un ballon sous le bras. Le Sénégal de 2030 commence là.

Sources : FIFA.com, CAF Online, Reuters, AFP, Al Jazeera, ESPN, The Athletic, Wikipedia (2026 FIFA World Cup Group I), FSF (Fédération Sénégalaise de Football), L’Équipe.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 24 juillet 2026

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