
Dakar, samedi 18 juillet 2026, 9 heures. Sur les ondes de la RTS, le débat sportif du matin tourne autour d’une absence. Pas d’un nom — d’un vide. Sept jours plus tôt, samedi 11 juillet tard dans la soirée, un communiqué de la Fédération sénégalaise de football annonçait la « cessation de fonction » de Pape Thiaw et de l’intégralité de son staff technique. Depuis, rien. Pas de successeur, pas de liste officielle, pas de calendrier. Le Sénégal, champion d’Afrique il y a six mois, est une équipe sans tête au moment où le monde du football s’apprête à couronner son roi.
Le fait : « une décision douloureuse », prise en cinq lignes
Le lendemain du communiqué, dimanche 12 juillet, Abdoulaye Saydou Sow, secrétaire général de la FSF, est venu s’expliquer sur la RTS, la télévision nationale. Ses mots ont fait le tour du pays : « Cette campagne a été un échec par rapport aux objectifs et au talent de notre équipe. » Après avoir rendu « hommage » au travail de Thiaw, il a précisé que la fédération avait pris « la décision douloureuse de se séparer » de lui, estimant que la sélection avait le « potentiel » pour « arriver au moins en quarts de finale ».
La campagne, la revoici. Le 16 juin, au MetLife Stadium de New Jersey, les Lions ouvrent leur Mondial face à la France : défaite 3-1, digne, avec un poteau de Nicolas Jackson et un penalty non sifflé sur Sadio Mané. Le 22 juin, la Norvège de Haaland s’impose 3-2. Dos au mur, le Sénégal atomise l’Irak 5-0 le 26 juin, avec un doublé de Pape Gueye, et arrache son billet pour les seizièmes comme l’un des meilleurs troisièmes. Puis vient Seattle, le 1er juillet, Lumen Field : Diarra ouvre le score à la 25e, Ismaïla Sarr double la mise à la 51e. Le Sénégal mène 2-0 face à la Belgique à quatre minutes de la fin du temps réglementaire. La suite est un cauchemar : deux buts belges, une prolongation, un penalty en toute fin de match. 3-2. Le voyage s’arrête là.
Il y avait aussi l’arrière-boutique, que la défaite a remis sous les projecteurs : un sélectionneur sans contrat signé, des primes non versées en pleine Coupe du monde — des « problèmes » que Thiaw lui-même avait publiquement confirmés en juin. L’équipe jouait, le pays comptait, la fédération négociait. Le mélange était inflammable depuis le début.
La lecture : le paradoxe du champion d’Afrique
Il faut remonter à janvier pour mesurer la chute. Le Sénégal de Pape Thiaw remportait alors la Coupe d’Afrique des nations, au terme d’une finale chaotique face au Maroc — un titre que la Fédération marocaine conteste encore. Six mois plus tard, l’homme du sacre est remercié par communiqué. Le football africain connaît ces vertiges : la même main qui vous porte en janvier vous lâche en juillet.
Cette sélection, pourtant, avait su construire dans la durée. Souvenons-nous : le 31 mai 2002, à Séoul, Papa Bouba Diop pousse le ballon au fond des filets de Barthez et le Sénégal, pour sa première Coupe du monde, fait tomber la France championne du monde (1-0). Bruno Metsu, le sélectionneur français disparu en 2013, menait ces Lions-là jusqu’aux quarts — ce but en or d’İlhan Mansız, le 22 juin à Osaka, reste une blessure que toute une génération n’a jamais refermée. Puis vint Aliou Cissé, capitaine de 2002 devenu patron du banc en 2015 : près d’une décennie de stabilité, une CAN conquise le 6 février 2022 à Yaoundé face à l’Égypte aux tirs au but, et l’idée, enfin installée, qu’un technicien sénégalais pouvait porter le Sénégal au sommet de l’Afrique.
Thiaw, lui-même joueur de la génération 2002, s’inscrivait dans cette filiation. Son limogeage, huit mois après le départ de Cissé à l’automne 2024 et six mois après un titre continental, pose une question que Dakar murmure ce matin : la filiation était-elle le problème, ou bien est-ce la maison qui l’a fait échouer ? Un sélectionneur sans contrat signé qui remporte une CAN, c’est un exploit. Un sélectionneur sans contrat signé qui perd à Seattle, c’est un fusible.
La perspective : le choix qui dira qui est le Sénégal
Les noms circulent déjà, à Dakar comme dans la presse. Patrick Vieira, né à Dakar avant de devenir champion du monde avec la France, est cité parmi les candidats possibles — l’enfant du pays revenu par le grand large. Hervé Renard, double vainqueur de la CAN (Zambie 2012, Côte d’Ivoire 2015), alimente aussi les conversations. Aucune piste n’est confirmée : la FSF n’a rien officialisé, et la conférence de presse annoncée en début de semaine n’a pas tranché. Mais le débat est déjà posé, et il dépasse les personnes : faut-il prolonger la voie sénégalaise ouverte par Cissé, ou revenir, comme au temps de Metsu, à un technicien venu d’ailleurs ? Le Maroc de Walid Regragui, demi-finaliste du Mondial 2022 et quart de finaliste cette année, pèse dans l’argumentaire des partisans du banc local.
Le calendrier, lui, n’attendra pas les hésitations. Dès septembre, la fenêtre internationale reprendra. La CAN 2027 en Afrique de l’Est — Kenya, Ouganda, Tanzanie — se prépare dès l’année prochaine, et le cycle de la Coupe du monde 2030 commence maintenant, avec des cadres comme Mané qui auront 38 ans et une génération Diarra, Jackson, Gueye qui entre dans ses plus belles années. Le prochain sélectionneur ne prendra pas une équipe en ruine : il prendra un chantier de luxe en plan.
Il prendra aussi un miroir. Ce samedi soir à Miami, la France et l’Angleterre joueront la troisième place ; demain, au MetLife Stadium, l’Espagne et l’Argentine disputeront la finale. Dix sélections africaines étaient qualifiées — un record —, neuf ont atteint les seizièmes, deux les huitièmes, une seule, le Maroc, les quarts. Aucune ne sera dans le dernier carré. Le palier qui sépare la participation de la domination, le Sénégal l’a touché du doigt pendant 85 minutes, un soir de juillet à Seattle.
À Dakar, ce matin, le téléphone de la fédération n’a toujours pas sonné pour un successeur. La Teranga n’est pas qu’un mot d’accueil : c’est une exigence. La vraie question n’est pas seulement qui reprendra la barre des Lions — mais dans quelles conditions on lui confiera le gouvernail.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 18 juillet 2026
Sources : FIFA.com, Le Monde Afrique, RFI, Eurosport.fr, Ouest-France, RTS, CAF Online




