Maroc CDM 2026 : une génération, deux quarts de finale, et l’Afrique qui retient son souffle

Équipe du Maroc — CDM 2026
Les Lions de l’Atlas saluent leurs supporters après le 8e de finale contre le Canada. © Reuters / FIFA

MetLife Stadium, New Jersey, 11 juillet 2026. La nuit est tombée sur l’Amérique, et avec elle le rêve marocain. Deux buts français, un penalty manqué par Kylian Mbappé puis son but en seconde période, une frappe sèche d’Ousmane Dembélé — et voilà l’épopée des Lions de l’Atlas qui s’arrête en quarts de finale. Score final : France 2, Maroc 0. Le tableau noir ne dit pas tout. Il ne dit pas la première période marocaine qui aurait pu basculer, il ne dit pas les yeux rouges de Hakimi au coup de sifflet final, il ne dit pas le bruit qui s’est tu de Casablanca à Rabat. Revenons sur une campagne qui, une fois encore, a fait battre le cœur du continent.

Le fait : un quart de finale, une marche arrachée

Le Maroc termine son Mondial 2026 au stade des quarts de finale. Pour mesurer la portée de cette performance, il faut rappeler le parcours : une entrée fracassante dans le tournoi avec un nul 1-1 contre le Brésil — Saibari, servi par Brahim Díaz, trompait Alisson à la 21e minute, avant que Vinícius Júnior n’égalise d’un exploit individuel. Les Lions enchaînaient par une victoire 1-0 contre l’Écosse, puis un festival offensif 4-2 contre Haïti où Achraf Hakimi, buteur et passeur, était nommé homme du match.

En 16e de finale, le Maroc écartait les Pays-Bas aux tirs au but (3-2), Bounou repoussant la tentative de Gakpo. Puis vint ce 8e contre le Canada, maîtrisé 3-0 : un doublé d’Azzedine Ounahi (50e, 82e) et un dernier but de Soufiane Rahimi dans le temps additionnel. Quatre jours plus tard, au MetLife Stadium, le sort basculait. Sans Ismaël Saibari, blessé, le milieu marocain perdait sa rampe de lancement. Mbappé, après avoir manqué un penalty en première période, se rachetait d’une frappe enroulée à la 57e. Dembélé doublait la mise à la 73e. Le mur s’était refermé.

Le Maroc quitte la compétition avec un bilan de quatre victoires, un nul et une défaite en six matchs. Dix buts marqués, cinq encaissés. La meilleure défense africaine du tournoi, la meilleure attaque aussi. Les chiffres parlent, mais ce n’est pas ce qu’on retiendra.

La lecture : 2022-2026, la diagonale d’une génération

Il y a quatre ans, le Maroc de Walid Regragui écrivait la plus belle page de l’histoire du football africain en devenant la première sélection du continent à atteindre les demi-finales d’une Coupe du Monde. On se souvient du Qatar, des célébrations de Hakimi avec sa mère, de Bounou arrêtant les penalties espagnols, de la défaite contre la France (2-0 déjà) en demi-finale.

En 2026, Regragui n’est plus sur le banc — il commente depuis les studios, l’œil lucide et la parole franche. C’est Mohamed Ouahbi qui a pris les rênes, et le changement d’entraîneur n’a pas cassé la dynamique. Le Maroc reste le seul pays africain — et arabe — à avoir atteint les demi-finales d’un Mondial, et il vient d’enchaîner un deuxième quart de finale consécutif. Aucune autre sélection africaine n’y est parvenue. Ni le Cameroun de Roger Milla en 1990, ni le Sénégal de 2002, ni le Ghana de 2010, ni l’Algérie de 2014.

Cette génération — Hakimi (27 ans), Ounahi (26 ans), En-Nesyri (29 ans), Saibari (24 ans), Brahim Díaz (26 ans) — entre dans sa pleine maturité. Elle n’a pas dit son dernier mot. Regragui lui-même, interrogé après l’élimination, a posé le cadre : « Ce tournoi ne doit pas définir cette génération. » La phrase est juste. Elle pense déjà à 2030.

La perspective : un continent, dix voix, une seule partition inachevée

Le Maroc n’était pas seul. Pour la première fois dans l’histoire de la Coupe du Monde, dix sélections africaines étaient qualifiées pour le format élargi à 48 équipes. Un record. Alors que le Sénégal, quart-de-finaliste en 2002, s’effondrait en 16e de finale contre la Belgique — menant 2-0 avant de perdre en prolongation sur un penalty à la 124e minute, entraînant le limogeage de Pape Thiaw —, que l’Algérie, la Tunisie, l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Cap-Vert, l’Afrique du Sud et la RD Congo s’arrêtaient plus tôt, le Maroc portait seul l’étendard.

Dix équipes, et pourtant une seule en quarts. Le constat mérite d’être posé sans complaisance : le format élargi a offert plus de places, il n’a pas encore offert plus de profondeur compétitive. La marche entre les poules et les 8es reste trop haute pour la majorité des sélections africaines. Et les absences du Nigeria et du Cameroun — deux géants historiques — pèsent dans le bilan.

Mais ne boudons pas l’essentiel. Voir Ounahi célébrer un doublé en 8e de finale, voir Hakimi lever les bras après le tir au but victorieux contre les Pays-Bas, voir tout un peuple — de Casablanca à Cincinnati, où l’équipe avait installé son camp de base — vibrer à l’unisson : c’est cela, la Coupe du Monde vue d’Afrique. Ce n’est pas seulement du football. C’est un récit de fierté, de résilience, de place à prendre.

Les Lions sont rentrés à Rabat. Les valises sont défaites, les maillots lavés. Mais dans les rues de Derb Sultan, dans les cafés de Maarif, dans les salons de Tanger, une question flotte déjà : et si 2030 était la bonne ?

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 13 juillet 2026

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