CDM 2026 — Maroc : le récit d’un continent en marche

Achraf Hakimi et Brahim Diaz du Maroc à la Coupe du Monde 2026
Hakimi et Brahim Diaz, les deux visages de l’épopée marocaine 2026 — Photo : Getty Images

FOXBOROUGH, Massachusetts — 9 juillet 2026, 21h47. Achraf Hakimi s’agenouille sur la pelouse du Boston Stadium. Kylian Mbappé, son coéquipier au PSG, son ami, vient de lui poser une main sur l’épaule. Le tableau d’affichage est sans appel : France 2, Maroc 0. Les Lions de l’Atlas quittent la Coupe du Monde 2026 en quarts de finale. Mais ce soir-là, dans le silence de Foxborough, personne n’ose parler d’échec. Le Maroc vient de devenir la première nation africaine à atteindre deux quarts de finale de Coupe du Monde — quatre ans après l’exploit de Doha.

Le fait

Le Maroc a traversé ce Mondial 2026 comme une évidence. Dans un Groupe C qui comptait le Brésil quintuple champion du monde, l’Écosse et Haïti, les Lions ont fait mieux que résister : un nul 1-1 contre la Seleção en ouverture, une victoire propre 1-0 face à l’Écosse, puis un festival offensif 4-2 contre Haïti avec des buts de Hakimi (39e), Saibari (45e+1), Rahimi (78e) et Yassine (89e). Sept points, à égalité avec le Brésil, deuxième place à la différence de buts.

En 32e de finale, le tirage leur offre les Pays-Bas. Match fermé, tendu, 1-1 après prolongation. Et puis la scène que tout le monde retient : Yassine Bounou, le gardien aux mains d’or, détourne deux tirs au but néerlandais. Le Maroc passe 3-2 aux tirs au but. Le penalty d’Amrabat scelle la qualification devant 70 000 spectateurs du MetLife Stadium.

Les 8e de finale sont une promenade : Canada battu 3-0, avec un Brahim Diaz en état de grâce — deux passes décisives dans ce match, quatre au total dans le tournoi, deuxième meilleur passeur derrière Michael Olise. Puis vient la France. Mbappé frappe en première période, le break tombe en seconde. 2-0. Rideau. Les Lions s’arrêtent là, à 90 minutes du dernier carré.

La lecture

Il faut mesurer le chemin parcouru. En 1990, le Cameroun de Roger Milla terrassait l’Argentine de Maradona (1-0, 8 juin, Milan) et le continent entier se levait. En 2002, le Sénégal d’El Hadji Diouf faisait tomber la France championne du monde (1-0, 31 mai, Séoul). En 2010, le Ghana de Gyan frôlait la demi-finale avant que la main de Suárez ne brise un rêve. En 2022, le Maroc de Regragui devenait la première sélection africaine demi-finaliste.

2026, c’est autre chose. Ce n’est plus la surprise. Ce n’est plus l’outsider qui crée la sensation. C’est une équipe qui arrive, qui joue, qui gagne — et dont la défaite en quarts contre la France est vécue comme une déception. Il y a vingt ans, un quart de finale africain se fêtait. Aujourd’hui, il se digère. C’est ça, le progrès.

Le Maroc de Mohamed Ouahbi — successeur de Walid Regragui, parti après la CAN 2025 — a conservé l’ossature défensive qui faisait sa force (Aguerd, Hakimi, Mazraoui) tout en y ajoutant une dimension offensive nouvelle. Brahim Diaz, cinq buts à la CAN 2025, quatre passes à la CDM 2026, a changé la nature de cette équipe. Là où le Maroc 2022 subissait et contre-attaquait, le Maroc 2026 maîtrise et construit. Hakimi, élu meilleur joueur africain en titre, est devenu ce leader complet que le continent n’avait plus connu depuis les plus grandes heures de Samuel Eto’o ou Didier Drogba.

La perspective

Neuf sélections africaines en 32e de finale. Sept sont tombées dès ce premier tour de KO — Afrique du Sud, Côte d’Ivoire (2-1 contre la Norvège), Sénégal (3-2 contre la Belgique, après prolongation, alors qu’ils menaient 2-0), RD Congo, Ghana, Algérie, Cap-Vert. L’Égypte de Mohamed Salah, héroïque, a éliminé l’Australie aux tirs au but avant de s’incliner 3-2 contre l’Argentine en 8e — en menant 2-0 jusqu’à la 79e minute.

Le Maroc est resté seul. Seul au stade des quarts, seul à porter le drapeau d’un continent qui avait envoyé dix représentants — un record historique rendu possible par le format à 48 équipes. C’est une fierté, mais c’est aussi une solitude. RFI le résumait dans un papier du 11 juillet : « African results justify World Cup slots increase amid criticism. » L’Afrique envoie du monde. Mais l’Afrique ne gagne pas encore un quart.

Le constat est partagé : les sélections subsahariennes ont péché dans la gestion des fins de match. Le Sénégal perd une avance de 2-0. L’Égypte craque à 11 minutes de la qualification historique. Le Cap-Vert, 64e au classement FIFA, pousse l’Argentine jusqu’à la 111e minute. Du talent, du cœur, mais pas encore cette science du tempo que les grandes nations européennes maîtrisent. C’est la prochaine frontière.

Et puis il y a les absents. Le Nigeria, le Cameroun — deux géants restés à quai. Dans les rues de Douala et de Lagos, on a regardé ce Mondial à la télévision, entre frustration et espoir pour 2030. Le football africain n’a jamais été aussi profond. Mais la profondeur ne suffit pas : il faut des résultats.

Le Maroc 2026 laisse un héritage. Pas un exploit unique comme en 2022 — une régularité. Les Lions de l’Atlas ne sont plus une parenthèse enchantée dans l’histoire du Mondial. Ils sont une puissance installée. Et cela, pour un continent qui ne demande plus la permission d’exister sur le terrain, c’est peut-être la plus belle des victoires.

Mbappé a posé sa main sur l’épaule de Hakimi ce soir de juillet à Foxborough. Deux amis, deux destins croisés. L’un continue, l’autre s’arrête. Mais la main sur l’épaule, c’est aussi celle d’un continent entier qui dit : on reviendra.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 25 juillet 2026

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