
Dakar, 8 juillet 2026 — Il est 16h à Foxborough, Massachusetts, ce jeudi 9 juillet. Gillette Stadium, 65 000 places. Dans les travées, les drapeaux frappés de l’étoile verte claquent déjà. Maroc-France, quart de finale de la Coupe du Monde 2026. L’Afrique retient son souffle.
Le Maroc n’est pas venu en Amérique en touriste. Les Lions de l’Atlas sont la dernière sélection africaine encore debout dans ce tournoi à 48. Huit autres — Sénégal, Algérie, Tunisie, Égypte, Côte d’Ivoire, Ghana, Cap-Vert, Afrique du Sud — ont quitté la scène. La RD Congo a rendu les armes dès les barrages intercontinentaux face à la Jamaïque en avril dernier. Il ne reste que le Maroc. Et quel Maroc.
Le fait : un parcours qui tient en haleine
Le Maroc aborde ce quart de finale avec un bilan qui force le respect. En phase de groupes (Groupe C), les hommes de Walid Regragui ont terminé deuxièmes derrière le Brésil — 7 points, un nul arraché 1-1 face à la Seleção, une victoire autoritaire 4-2 contre Haïti, et un succès propre 1-0 contre l’Écosse. Mieux qu’en 2022, où le même nombre de points avait suffi pour passer premiers.
En seizièmes de finale, face aux Pays-Bas, le Maroc a livré l’un des matches les plus intenses du tournoi. Menés 1-0 à la 72e minute sur un but de Cody Gakpo, les Lions ont égalisé dans le temps additionnel — une tête rageuse d’Issa Diop à la 90e+1. Prolongation, puis séance de tirs au but : Yassine Bounou, le gardien sévillan, sort l’arrêt décisif face à Crysencio Summerville. Ismaël Saibari, la nouvelle recrue du Bayern Munich, transforme le penalty vainqueur. 1-1, 3-2 aux tirs au but. Le Maroc en huitièmes.
Le 4 juillet à Houston, les Lions ont balayé le Canada 3-0 — doublé d’Azzedine Ounahi (50e, 82e), but de Soufiane Rahimi dans le temps additionnel. Une démonstration. Le Maroc est la première équipe qualifiée pour les quarts.
La lecture : ce que cette équipe raconte
Il faut remonter à Doha, 10 décembre 2022, pour comprendre le chemin parcouru. Ce soir-là, le Maroc tombait en demi-finale face à cette même France (2-0), épuisé mais debout, ovationné par un stade Al-Bayt conquis. Première nation africaine en demi-finale de l’histoire. Un exploit que personne, hors du continent, n’avait vu venir.
Quatre ans plus tard, le Maroc n’est plus une surprise. Il est une certitude. 7e au classement FIFA. Un bloc compact qui presse haut, des transitions éclairs, une colonne vertébrale qui joue dans les meilleurs championnats européens. Achraf Hakimi (PSG), capitaine et patron du couloir droit. Sofyan Amrabat (Manchester United), ratisseur infatigable. Brahim Díaz (Real Madrid), créateur de déséquilibre. Azzedine Ounahi (OM), devenu le poumon offensif avec son doublé contre le Canada. Yassine Bounou, le dernier rempart.
Ce Maroc n’a plus rien à envier aux grandes nations européennes. Il ne joue plus pour « créer la surprise ». Il joue pour gagner. La mémoire collective du continent convoque l’ombre de Roger Milla en 1990, le Sénégal de Bouba Diop en 2002, le Ghana de Gyan en 2010, et bien sûr le Maroc de Regragui en 2022. Mais cette équipe de 2026 écrit sa propre histoire, sans demander la permission.
La perspective : un continent suspendu à un match
Demain, à Gillette Stadium, il y aura un duel dans le duel. Hakimi face à Kylian Mbappé, son coéquipier au PSG, son ami. Les deux se connaissent par cœur. Le latéral marocain sait comment fermer les couloirs que le capitaine français voudra ouvrir. Ce face-à-face pourrait décider du quart de finale.
L’arbitrage sera confié à Facundo Tello et son équipe 100 % argentine — premier trio arbitral entièrement albiceleste de ce Mondial. Un choix de la FIFA qui ne manquera pas d’interroger, tant l’Argentine pourrait croiser le vainqueur de ce quart éventuellement plus tard dans la compétition.
Au-delà du match, il y a une question qui traverse le continent de Dakar à Casablanca, du Caire à Kinshasa : que reste-t-il de l’Afrique quand les projecteurs se braquent sur un seul drapeau ? Le bilan est amer pour les neuf autres sélections qualifiées. L’Égypte de Mohamed Salah, sortie en huitièmes par l’Argentine (2-3) après un match héroïque à Atlanta. Le Sénégal, l’Algérie, la Côte d’Ivoire, le Ghana — tous éliminés dès la phase de groupes. Les absents historiques, Nigeria et Cameroun, regardent depuis leur canapé.
Le format à 48 équipes offrait une promesse : plus d’Afrique, plus de chances. La réalité est plus cruelle : neuf des dix sélections africaines sont déjà rentrées. Ce constat méritera un débat de fond, quand le tournoi sera fini. Mais pour l’instant, il ne reste qu’une équipe, et un seul match.
Demain, à 16h, heure de la côte Est américaine, un continent entier sera derrière Hakimi, Ounahi et les leurs. Battre la France dans un quart de finale de Coupe du Monde, ce serait plus qu’un exploit sportif. Ce serait le signe que la demi-finale de 2022 n’était pas un plafond, mais un palier. Et que le football africain, quand il se hisse à ce niveau, peut légitimement regarder la finale dans les yeux.
L’Afrique a rendez-vous avec son histoire. Encore une fois. Toujours le Maroc.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 8 juillet 2026
Sources : FIFA.com — FIFA World Cup 2026 standings & fixtures · CAF Online · X/@alkassenglish (groupe C Maroc) · X/@YanPeronn (détail Maroc-Pays-Bas) · X/@_TFM_OFFICIAL (parcours Maroc) · X/@SAHeraldNews (Maroc-Canada 3-0) · X/@ZeeNewsEnglish (Égypte-Argentine 2-3) · X/@Ultimatepman (éliminations africaines) · X/@WeTheNagas (arbitrage Tello) · France Football · L’Équipe




