CDM 2026 : Le Maroc et le récit dun continent en marche

Les Lions de l'Atlas à la Coupe du Monde 2026
Les Lions de l’Atlas lors de la Coupe du Monde 2026 © Reuters / FIFA

Boston, Gillette Stadium, 9 juillet 2026. Le silence qui tombe sur les travées à la 66e minute n’est pas un silence de résignation. C’est le silence lourd de ceux qui savent que l’histoire vient de passer, mais pas tout à fait comme ils l’avaient écrite dans leurs rêves. Ousmane Dembélé vient de doubler la mise pour la France. Le Maroc ne reviendra pas. Les Lions de l’Atlas quittent la Coupe du Monde 2026 en quarts de finale, comme une promesse tenue à moitié — et comme la preuve que quelque chose a définitivement changé.

Le fait : six matchs, trois visages du Maroc

Le parcours marocain dans ce Mondial 2026 se lit en trois temps. D’abord, la phase de groupes, où le Maroc de Mohamed Ouahbi — successeur de Walid Regragui depuis mars 2026 — termine deuxième du groupe C derrière le Brésil, avec 7 points. Le 13 juin à New York/New Jersey, les Lions tiennent tête au Brésil (1-1) dans un match où Achraf Hakimi aura été monumental. Une semaine plus tard à Boston, ils font le métier contre l’Écosse (1-0). Le 24 juin à Atlanta, ils déroulent face à Haïti (4-2) avec un Ounahi en état de grâce.

Ensuite, la montée en puissance. Le 30 juin à Monterrey, face aux Pays-Bas en 16es de finale, le Maroc livre un combat tactique qui s’achève aux tirs au but (1-1, 3-2 tab). Yassine Bounou y rappelle qu’à 35 ans, il reste l’un des meilleurs gardiens de la planète sur l’exercice. Puis Houston, le 5 juillet : une démonstration face au Canada (3-0), avec un doublé d’Azzedine Ounahi et un but de Soufiane Rahimi. Le Maroc file en quarts, comme en 2022.

Enfin, la marche trop haute. Le 9 juillet à Boston, la France de Mbappé et Dembélé est clinique (2-0). Pas de miracle, pas de penalty de la dernière chance. Juste la froide efficacité d’une équipe qui disputera — on le sait depuis le 14 juillet — une demi-finale contre l’Espagne avant de s’incliner 2-0 à Dallas, puis de retrouver l’Angleterre en match pour la troisième place ce samedi 18 juillet à Miami.

La lecture : 2022-2026, de la fulgurance à la confirmation

Il faut rembobiner. Le 10 décembre 2022, le Maroc de Regragui bat le Portugal 1-0 au stade Al-Thumama de Doha, devient la première sélection africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du Monde, et fait pleurer un continent entier de fierté. La défaite contre la France (2-0), puis contre la Croatie (2-1) dans le match pour la 3e place, n’y change rien : l’Afrique vient de franchir un seuil anthropologique.

Quatre ans plus tard, le Maroc n’a pas répété l’exploit, mais il a fait mieux que le confirmer : il l’a normalisé. Deuxième de son groupe derrière le Brésil — pas derrière la Croatie ou la Belgique. Vainqueur d’un 16e de finale aux tirs au but — pas volé, pas chanceux, juste solide. Quart de finaliste pour la deuxième fois consécutive — chose qu’aucune sélection africaine n’avait jamais accomplie.

Ce n’est pas un hasard si Walid Regragui, l’architecte de 2022, a pu quitter son poste en mars 2026 sans que l’édifice ne s’effondre. Mohamed Ouahbi, l’ancien sélectionneur des U20 champions du monde, a pris la suite avec une continuité qui dit tout de la maturation institutionnelle marocaine. Hakimi (PSG), Ounahi (Marseille), Bounou (Al-Hilal), En-Nesyri, Amrabat : le noyau dur a tenu. Et autour d’eux, une génération intermédiaire a émergé. Le Maroc n’est plus une équipe qui « crée la surprise ». C’est une équipe qu’on attend en quarts.

Dans le viseur : Azzedine Ounahi. Le milieu de l’Olympique de Marseille, 26 ans, aura été le cœur battant de ce Mondial marocain. Métronome, récupérateur, premier relanceur. Regragui l’avait adoubé avant son départ — « le métronome » — et Ouahbi en a fait sa tour de contrôle. Ses deux buts contre le Canada sont presque anecdotiques au regard de son activité défensive et de sa justesse technique sur l’ensemble du tournoi.

La perspective : l’Afrique n’est plus une invitée

Le Maroc quitte la CDM 2026 sans médaille, mais pas sans héritage. Dans un Mondial où dix sélections africaines avaient pris le départ — un record absolu dans l’histoire de la compétition — les Lions de l’Atlas sont allés le plus loin. Le Sénégal, l’Algérie, l’Égypte, la Côte d’Ivoire, le Ghana, la Tunisie, l’Afrique du Sud, le Cap-Vert et la RD Congo : tous ont eu leur mot à dire, mais aucun n’a passé les 8es de finale. Le Maroc, lui, a de nouveau tutoyé le dernier carré.

Cette asymétrie pose question. Pourquoi le Maroc et pas les autres ? La réponse tient en trois piliers : l’académie Mohammed VI, infrastructure de formation sans équivalent sur le continent ; la génération dorée 2022, qui a appris à gagner et à perdre au plus haut niveau ; et la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF), dont la gouvernance, certes critiquable par endroits, a su capitaliser sur l’élan de Doha.

Dimanche 19 juillet, l’Espagne et l’Argentine se disputeront la couronne mondiale au MetLife Stadium de New York. Les regards africains seront tournés vers ce sommet hispanique — non plus avec la simple envie d’y être, mais avec la conviction que le prochain tour de piste, en 2030, pourrait bien être le bon. Le Maroc sera co-organisateur avec l’Espagne et le Portugal. Le Mondial viendra à la maison. Et ce jour-là, Boston 2026 ne sera plus qu’une étape dans un récit devenu bien plus vaste.

En attendant, il reste cette image : Bounou, les gants sur les genoux, assis dans la surface du Gillette Stadium, regardant le tableau d’affichage. France 2, Maroc 0. Lui qui avait arrêté deux penalties espagnols en 2022, lui qui avait porté son pays en demi-finale, il sait que ce chiffre ne dit pas tout. Il dit juste que le chemin continue.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 17 juillet 2026

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