CDM 2026 — Maroc : le récit dun continent en marche

Achraf Hakimi et Kylian Mbappé lors du quart de finale France-Maroc, 9 juillet 2026 à Boston
© FIFA/Getty Images — Achraf Hakimi et Kylian Mbappé, quart de finale France-Maroc, 9 juillet 2026, Gillette Stadium, Boston

Le Maroc s’est arrêté en quarts de finale de la Coupe du Monde 2026, le 9 juillet à Boston, face à une France chirurgicale. Mais cette sortie ne clôt rien : elle confirme une place. Pour la première fois, une nation africaine enchaîne deux quarts de finale consécutifs en Coupe du Monde. Et ce seul fait change tout.

Le fait

Le 9 juillet 2026, au Gillette Stadium de Boston, le Maroc a livré soixante minutes de résistance héroïque face à la France. Une première mi-temps maîtrisée, un penalty de Kylian Mbappé — obtenu après une faute de Noussair Mazraoui — arrêté par Yassine Bounou à la 28e minute. Le gardien d’Al Hilal, comme toujours, impérial dans les grands rendez-vous.

Et puis la bascule. Soixantième minute : Mbappé se rattrape, lobe Bounou d’une frappe enroulée du gauche — son huitième but du tournoi. Six minutes plus tard, Ousmane Dembélé double la mise d’un tir croisé après un relais dans la surface. 2-0. Le Maroc n’aura cadré qu’une seule frappe — un coup franc d’Azzedine Ounahi à la 83e, repoussé par Mike Maignan. Le match est plié.

La France file en demi-finale — avant de tomber à son tour, le 14 juillet à Dallas, face à l’Espagne (0-2) de Mikel Oyarzabal et Pedro Porro.

Mais réduire le parcours marocain à cette élimination serait une injustice. Remontons le film.

Le 13 juin, au coup d’envoi du Groupe C au SoFi Stadium de Los Angeles, les Lions de l’Atlas tiennent tête au Brésil (1-1). Six jours plus tard, ils dominent l’Écosse au BMO Field de Toronto (1-0). Le 24 juin, ils explosent Haïti (4-2) à Vancouver. Sept points, deuxième place derrière le Brésil — même total, départagé à la différence de buts. Premier signal.

Puis la soirée de Monterrey, le 29 juin. Seizièmes de finale — ces nouveaux matchs ajoutés par le format à 48. Face aux Pays-Bas de Cody Gakpo, le Maroc arrache l’égalisation dans le temps additionnel : Issa Diop, de la tête, à la 91e minute. Prolongation stérile. Aux tirs au but, Bounou sort la tentative de Crysencio Summerville. Ismaël Saibari transforme le tir décisif. 3-2 aux tirs au but. Le stade BBVA explose.

Huit jours plus tard, Houston. Huitièmes de finale contre le Canada, au NRG Stadium. Ounahi, le milieu de terrain du Napoli, claque un doublé — 50e minute, 82e minute. Soufiane Rahimi ajoute un troisième but dans le temps additionnel (90e+8). 3-0. Une démonstration de maîtrise collective.

Et puis Boston, le 9 juillet. Le mur français, trop haut.

La lecture

Ce parcours ne se lit pas seul. Il faut convoquer la mémoire.

Qatar 2022. Le Maroc de Walid Regragui devient la première sélection africaine à atteindre les demi-finales d’une Coupe du Monde. Croatie (0-0), Belgique (2-0), Canada (2-1) en poules. L’Espagne aux tirs au but en huitièmes (0-0, 3-0 tab). Le Portugal de Cristiano Ronaldo en quarts (1-0). Et puis la France, déjà, en demi-finale. Déjà 2-0. Théo Hernandez dès la 5e minute, Randal Kolo Muani à la 79e.

Entre ces deux Coupes du Monde, Regragui est parti. Mars 2026 : Mohamed Ouahbi prend les rênes, à trois mois du tournoi. Un technicien issu de la formation, devenu sélectionneur de plein exercice le temps d’une campagne éclair. Il hérite d’un groupe expérimenté — Achraf Hakimi (capitaine, Paris Saint-Germain), Yassine Bounou (Al Hilal), Noussair Mazraoui (Manchester United), Sofyan Amrabat, Brahim Díaz — mais doit composer sans Youssef En-Nesyri, laissé hors de la liste des 26. Un choix fort, assumé. Le vide laissé par l’absence du buteur historique sera compensé par l’éclosion de Rahimi et le génie d’Ounahi.

Et pourtant. Quart de finale. Pour la deuxième fois consécutive.

Avant 2022, le record africain en Coupe du Monde tenait en trois quarts de finale, éparpillés sur vingt ans : Cameroun 1990 (Omam-Biyik, Milla, l’Argentine de Maradona battue 1-0 en ouverture à Milan), Sénégal 2002 (Papa Bouba Diop, la France championne du monde terrassée 1-0 à Séoul), Ghana 2010 (Asamoah Gyan, la main de Luis Suárez à la 120e minute de Soccer City). Trois éclats, espacés d’une décennie.

Le Maroc vient de les enchaîner en quatre ans. Ce n’est plus un exploit. C’est une installation.

Il faut mesurer le chemin parcouru. De 1970 — première participation marocaine à une Coupe du Monde, au Mexique déjà, cette terre qui leur portera chance 56 ans plus tard — à cette nuit de Boston 2026. Six participations, des générations d’Ahmed Faras à Achraf Hakimi. Et désormais, une certitude : l’Afrique du Nord arabo-berbère n’attend plus son tour. Elle prend le sien.

La perspective

Ce quart de finale marocain est aussi — et peut-être surtout — un fait continental.

En 2026, neuf des dix sélections africaines qualifiées ont franchi la phase de groupes du format élargi à 48 équipes. Neuf sur dix. Un ratio qui pulvérise tous les repères historiques. Seule une sélection est restée à quai au premier tour.

Le Sénégal, quart de finaliste en 2002, est tombé en huitièmes à Seattle, éliminé par la Belgique après prolongation (2-3). Sadio Mané aura marqué, mais les Diables rouges auront tenu. L’Algérie a cédé face à une Suisse clinique à Vancouver (0-2). Le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Tunisie, l’Afrique du Sud, le Cap-Vert : tous ont bataillé, souvent jusqu’aux prolongations ou aux tirs au but, parfois victimes d’une erreur d’arbitrage, parfois simplement parce que l’adversaire était plus fort ce jour-là. La RD Congo, revenue de loin après des barrages intercontinentaux épiques face à la Jamaïque en avril 2026, a quitté le tournoi la tête haute, sans jamais rougir.

Mais l’Égypte de Mohamed Salah a accompagné le Maroc jusqu’en quarts de finale. Le 3 juillet à Arlington, les Pharaons écartent l’Australie aux tirs au but (1-1, 4-2 tab). Le 7 juillet à Atlanta, ils tombent avec les honneurs face à l’Argentine de Lionel Messi — 2-3, un match de légende où Salah aura marqué, où l’Égypte aura mené au score, où le rêve africain aura tenu 75 minutes. L’Albiceleste l’emportera au finish, avant d’écarter l’Angleterre en demi-finale (2-1) le 15 juillet, sur des buts d’Enzo Fernández et Lautaro Martínez.

Deux quarts de finalistes africains. Du jamais vu dans l’histoire centenaire de la compétition.

Alors oui, le plafond de verre tient encore. La demi-finale de 2022 reste une exception, un sommet que 2026 n’a pas réédité. Aucune équipe africaine dans le dernier carré. La finale, dimanche 19 juillet au MetLife Stadium de New York/New Jersey, opposera l’Espagne à l’Argentine — deux nations qui ont respectivement écarté les deux derniers représentants du continent sur la route du sacre.

Le symbole est amer. Mais il n’annule rien.

Le continent africain aura placé deux équipes en quarts de finale d’une Coupe du Monde à 48. Dix places qualificatives en 2026, contre cinq en 2022. Une dynamique qui ne doit rien au hasard : infrastructures qui progressent, diasporas mobilisées et compétitives, sélectionneurs locaux de plus en plus nombreux aux commandes.

Le Maroc a ouvert la brèche en 2022. En 2026, il l’a élargie. La question n’est plus de savoir si une équipe africaine gagnera un jour la Coupe du Monde. Elle est de savoir quand — et combien de nations seront prêtes, ce jour-là, à la suivre.

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