CDM 2026 — 2030 : à Benslimane, l’Afrique construit déjà sa Coupe du monde

Neil Yoni El Aynaoui lors de la finale de la CAN 2025 entre le Maroc et le Sénégal, au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, le 18 janvier 2026
Neil Yoni El Aynaoui lors de la finale de la CAN 2025, Maroc-Sénégal, au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, le 18 janvier 2026. © Ulrik Pedersen / Cal Sport Media / Sipa USA

Benslimane, province de Casablanca, juillet 2026. Sur le plateau d’El Mansouria, à trente-huit kilomètres au nord de la métropole blanche, les engins de terrassement ne chôment plus. Là où s’étendaient hier des champs de blé s’élèvera le Grand Stade Hassan II : 115 000 places promises, le plus vaste stade de football du monde, conçu pour accueillir, pourquoi pas, la finale de la Coupe du monde 2030. Six jours après le sacre de l’Espagne au MetLife Stadium — ce même pays avec qui le Maroc partagera l’organisation dans quatre ans —, le chantier de Benslimane dit quelque chose que les défaites ne peuvent plus étouffer : la prochaine Coupe du monde se jouera aussi chez nous.

Le fait : une attribution acquise de haute lutte, un chantier continental

Il faut revenir au 4 octobre 2023. Ce jour-là, le Conseil de la FIFA officialise ce qui courait les couloirs de Zurich depuis des mois : le Mondial 2030 sera co-organisé par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, avec trois matches d’ouverture symboliques en Uruguay, en Argentine et au Paraguay, pour célébrer le centenaire de la première édition de Montevideo. Pour la première fois, un pays africain organise la Coupe du monde en propre depuis l’Afrique du Sud de 2010 — et cette fois, il ne s’agit pas d’un prêt consenti au continent, mais d’une candidature gagnée sur dossier.

Depuis, tout s’est accéléré. La CAN 2025, organisée au Maroc et conclue le 18 janvier 2026 au stade Prince Moulay Abdellah de Rabat, a servi de répétition générale : infrastructures rôdées, flux de supporters maîtrisés, pelouses impeccables. Le sacre final, homologué par le jury d’appel de la CAF le 17 mars 2026 après la finale avortée face au Sénégal, a laissé un goût amer — j’y reviendrai — mais n’a pas altéré le verdict des inspecteurs : le Maroc est prêt. Et voici que la FIFA confirme, cet été, le passage à 64 équipes pour 2030, pendant que Madrid et Rabat se livrent déjà, en coulisses, une bataille feutrée pour savoir qui du Santiago-Bernabéu ou du Grand Stade de Benslimane abritera la finale.

La lecture : cinq défaites en coulisses pour une victoire d’histoire

Il y a des pays qui apprennent à gagner sur le terrain, et d’autres qui apprennent d’abord à perdre dans les salons feutrés de la FIFA. Le Maroc a fait les deux. Rappelez-vous : 1994, battu par les États-Unis. 1998, battu par la France. 2006, battu par l’Allemagne d’une voix — une seule, douze contre onze. 2010, battu par l’Afrique du Sud, quatorze voix contre dix, et le continent entier s’était alors rangé derrière Nelson Mandela et ses vuvuzelas. 2026, enfin, battu par le ticket nord-américain, 134 voix contre 65, ce 13 juin 2018 à Moscou où j’avais vu des cadres de la Fédération royale pleurer debout, sans se cacher. Cinq candidatures, cinq échecs, trente ans de traversée.

C’est pourquoi ce qui s’est joué sur les pelouses américaines ces six dernières semaines dépasse le simple résultat sportif. Les Lions de l’Atlas ont tenu tête au Brésil (1-1), écarté les Pays-Bas aux tirs au but, promené le Canada (3-0) à Houston, avant de s’incliner en quarts face à la France (0-2), le 9 juillet à Foxborough, sur deux éclairs de Mbappé et Dembélé. Deux quarts de finale mondiaux consécutifs — après la demi-finale historique de 2022, toujours contre ces mêmes Bleus — ne sont plus un exploit : c’est un statut. Et ce statut, c’est celui d’un pays qui accueillera le monde dans quatre ans avec le palmarès d’un prétendant, non d’un faire-valoir.

La perspective : ce que 2030 doit changer pour tout le continent

Soyons lucides, puisque c’est ici que mon devoir de Sénégalais me rattrape. Le 18 janvier dernier, à Rabat, la finale de la CAN a viré au drame : le Sénégal a quitté le terrain, le Maroc a été déclaré vainqueur sur tapis vert, et le dossier dort désormais entre Lausanne et les mémoires. Je ne renierai ni la douleur de Dakar ni la fierté de Casablanca. Mais c’est précisément cela, la maturité d’un continent : pouvoir se déchirer un soir de finale et se retrouver, le lendemain, à construire ensemble la plus grande fête du football. L’Afrique du Sud l’a montré en 2010 — je revois encore le but de Tshabalala contre le Mexique, le 11 juin 2010, qui avait fait trembler Soccer City et tout un continent avec lui. Le Maroc s’apprête à le montrer à son tour, vingt ans plus tard.

Le passage à 64 équipes, confirmé pour 2030, ouvrira plus largement encore les portes aux sélections africaines — elles étaient dix à disputer ce Mondial 2026, un record, et toutes ont franchi la phase de groupes. Mais gare à l’ivresse des inaugurations : une Coupe du monde ne se gagne pas avec des stades, elle se prépare avec des centres de formation, des fédérations propres, des championnats locaux qui retiennent leurs talents. Le chantier de Benslimane est magnifique ; ceux de la formation à Bamako, à Lagos, à Kinshasa ou à Dakar le sont tout autant, même si aucune grue ne les surplombe. En 2030, un enfant né à Thiès l’année des vuvuzelas aura vingt ans. Sera-t-il sur la pelouse du Grand Stade, ou dans les tribunes à regarder les autres ? La réponse ne dépend pas de la FIFA. Elle dépend de nous.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, le 25 juillet 2026


Sources : FIFA.com (décisions du Conseil FIFA, octobre 2023) · CAF Online / Euronews (finale CAN 2025 et décision du jury d’appel, 17 mars 2026) · L’Équipe (France-Maroc, quart de finale CDM 2026) · ESPN (parcours du Maroc, CDM 2026) · Al Jazeera (Maroc-Pays-Bas, tirs au but) · Wikipédia (candidature Maroc-Portugal-Espagne 2030, Grand Stade Hassan II)

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