CDM 2026 — Finale Espagne-Argentine : sans y être, l’Afrique était partout

Supporteurs africains au MetLife Stadium au soir de la finale de la Coupe du monde 2026
Au soir de la finale du Mondial 2026, les drapeaux africains n’étaient pas sur le terrain — mais ils étaient partout. (Crédit : Illustration AfricaTopSports)

East Rutherford, New Jersey, dimanche 19 juillet 2026, 22 heures passées. Le coup de sifflet final vient de retentir au MetLife Stadium : l’Espagne tient son deuxième titre mondial, 1-0 contre l’Argentine après prolongation, un but de Ferran Torres à la 106e minute. Les confettis tombent sur des champions européens et des finalistes sud-américains. Et pourtant, dans les travées, ce sont des drapeaux marocains, sénégalais, égyptiens et congolais que la caméra finit toujours par trouver. Ce Mondial-là, l’Afrique l’a perdu comme tout le monde. Mais elle l’a habité comme jamais.

Une finale sans nous, un tournoi à nous

Le fait est là, têtu, comme un score qui ne change plus : pour la cinquième fois consécutive, la Coupe du monde s’est jouée sans l’Afrique à son sommet. L’Espagne a dominé l’Argentine du champion en titre, 1-0 après cent vingt minutes d’une finale fermée, âpre, tranchée d’une lame par Ferran Torres en prolongation, selon le compte rendu officiel de la FIFA. Un but espagnol avait même été refusé par la VAR plus tôt dans la soirée, tant les marges de ce football-là sont devenues chirurgicales.

Mais réduire le bilan africain de ce Mondial 2026 à cette absence du dernier dimanche serait une faute de journaliste — et une faute de mémoire. Dix sélections africaines s’étaient envolées pour l’Amérique du Nord, un record absolu dans l’histoire du tournoi, portées par le nouveau format à 48 équipes. Neuf d’entre elles ont franchi la phase de groupes. Neuf sur dix. Aucune confédération, à l’échelle de ses représentants, n’a fait mieux. Seule la Tunisie a quitté la fête au premier tour. Le Maroc a atteint les quarts de finale pour la deuxième fois de son histoire, après la demi-finale historique de 2022. La RD Congo, elle, disputait sa première phase finale depuis 1974 — cinquante-deux ans d’absence, une éternité footballistique — et elle n’est pas venue en touriste : nul 1-1 contre le Portugal de Cristiano Ronaldo, victoire 3-1 contre l’Ouzbékistan, et une sortie honorable 2-1 contre l’Angleterre en seizièmes de finale, le 1er juillet.

Onze minutes du bout du monde

Il y a des images qui mettent des années à s’effacer. Celle-ci restera : le 7 juillet à Atlanta, en huitièmes de finale, l’Égypte mène 2-0 contre l’Argentine à onze minutes de la fin. Onze minutes. Mohamed Salah et les Pharaons tiennent peut-être la plus grande sensation de l’histoire africaine en Coupe du monde — plus grande encore que le 1-0 du Cameroun contre l’Argentine de Maradona, le 8 juin 1990 à San Siro, parce qu’elle aurait ouvert la porte des quarts. Puis Romero à la 79e, Messi à la 83e, Enzo Fernández à la 92e : le rêve s’effondre en treize minutes, raconté par l’AFP et les télévisions du monde entier. Ce soir-là, le futur finaliste du tournoi a eu très peur. C’est le champion du monde en titre que l’Égypte a failli décapiter, pas un touriste.

Le Sénégal, mon Sénégal, aura vécu un Mondial d’excès : une défaite 3-1 contre la France, un revers cruel 3-2 contre la Norvège, puis un 5-0 infligé à l’Irak qui rappelait que cette équipe, quand elle joue libérée, marche sur l’eau. Ismaïla Sarr a inscrit quatre buts, devenant le Sénégalais le plus prolifique de l’histoire des Lions en Coupe du monde. La sortie 3-2 après prolongation contre la Belgique, le 1er juillet à Seattle, laissera ce goût âcre des matchs qui auraient pu basculer d’un rien. Pape Thiaw a depuis quitté son poste. Une page se tourne à Dakar — j’y reviendrai longuement dans cette rubrique.

Et puis il y a le Maroc, encore. Nul 1-1 contre le Brésil, victoire 1-0 contre l’Écosse, 4-2 contre Haïti, un 3-0 propre contre le Canada à Houston, les Pays-Bas écartés en huitièmes, avant de s’incliner contre la France en quarts. Les Lions de l’Atlas n’ont plus rien du mirage : ils sont devenus une certitude du football mondial, une équipe que les géants étudient désormais avec autant d’attention que l’inverse. En 2022 au Qatar, on les appelait la surprise. En 2026, on les appelait le danger.

Ce que ce Mondial dit à l’avenir

Je pense à ce 31 mai 2002 à Séoul, quand les onze Lions de Bruno Metsu avaient battu la France championne du monde 1-0, au soir de leur tout premier match en Coupe du monde. Vingt-quatre ans plus tard, l’Afrique n’a plus besoin d’un exploit unique pour exister : elle a aligné un mois de constance. Neuf équipes en phase finale, sur dix. Des victoires contre l’Écosse, l’Ouzbékistan, l’Irak, Haïti, le Canada, les Pays-Bas. Des nuls contre le Brésil et le Portugal. Des géants qui tremblent — l’Argentine à onze minutes du gouffre, l’Angleterre bousculée par Kinshasa.

Restons lucides, toutefois. Aucune équipe africaine n’a atteint les demi-finales en 2026. Le plafond de verre, celui que le Maroc a fendu en 2022 sans le briser, tient toujours. Nos fédérations doivent regarder la vérité en face : à la profondeur des bancs européens, à la continuité technique des champions, il manque encore à nos sélections cette maîtrise des derniers quarts d’heure — ces minutes où l’Égypte a perdu son exploit, où le Sénégal a perdu le sien, où les matchs de légende se gagnent ou se regrettent.

Mais il y a une date qui s’approche à grands pas et qui change tout : 2030. Le Maroc co-organisera la Coupe du monde avec l’Espagne et le Portugal. Des matchs se joueront sur le sol africain pour la première fois depuis l’Afrique du Sud en 2010. Ce soir, dans les rues de Casablanca, de Dakar, du Caire et de Kinshasa, on n’a pas fêté la couronne espagnole. On a refait le tournoi — et on a déjà commencé à rêver du prochain. Il est à quatre ans. Il se jouera en partie chez nous.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 19 juillet 2026

Sources : FIFA.com (feuilles de match et classements du Mondial 2026), ESPN (résultats Maroc, Sénégal, Égypte-Argentine), AFP/Associated Press (compte rendu Égypte-Argentine), France 24 Afrique (parcours du Sénégal), Wikipédia (finale et parcours RD Congo).

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