
Seattle, 1er juillet 2026. Stade Lumen Field, cent-cinquième minute de la prolongation. Youri Tielemans pose le ballon sur le point de penalty. Le stade retient son souffle. Les Lions de la Téranga, accrochés à 2-2 après avoir mené depuis la vingt-quatrième minute, voient leur Coupe du monde 2026 s’achever dans ce geste unique. Le Belge convertit. 3-2. Fin du parcours.
Vingt-quatre heures plus tard, Sadio Mané annonce sa retraite internationale. La veille encore, personne n’aurait imaginé un tel scénario.
Le fait : quatre matchs, un record et trop de regrets
Le Sénégal arrive au Mondial nord-américain avec un statut confortable : champion d’Afrique en titre (CAN 2025), dixième nation africaine au classement FIFA, et un capitaine de légende en quête de dernier rendez-vous. Le tirage au sort l’a placé dans le Groupe I, aux côtés de la France, de la Norvège et de l’Irak.
Le 16 juin, au MetLife Stadium de New York, l’ouverture est rude. La France de Kylian Mbappé, auteur d’un doublé (66e, 90e+6), et de Bradley Barcola (82e) s’impose 3-1. Ibrahim Mbaye sauve l’honneur dans le temps additionnel (90e+5). Le score est lourd, le jeu encourageant.
Six jours plus tard, même stade. La Norvège d’Erling Haaland, double buteur (48e, 58e), renverse le Sénégal 3-2 malgré un doublé d’Ismaila Sarr (53e, 90e+3). Deux défaites en deux matchs. Les Lions sont au bord du gouffre.
Le 26 juin, au Stade de Toronto, la délivrance arrive contre l’Irak. Habib Diarra (4e), Ismaila Sarr (56e), Pape Guèye (59e, 71e) et Iliman Ndiaye (82e) signent un 5-0 historique. Jamais une sélection africaine n’avait inscrit cinq buts dans un match de Coupe du monde. Le Sénégal devient la première — un record qui traverse le continent.
Trois points, une différence de buts de +2. Les Lions avancent en huitièmes de finale au titre du meilleur troisième de groupe. La Belgique les attend à Seattle.
Le 1er juillet, Habib Diarra ouvre le score (24e). Ismaila Sarr double la mise (51e). Le Sénégal mène 2-0 et semble filer vers les quarts. Mais Romelu Lukaku (86e) et Youri Tielemans (89e) arrachent la prolongation. Tielemans, sur penalty dans le temps additionnel (120e+5), assomme les Lions. 3-2, fin du parcours.
La lecture : 2002-2026, la boucle
Il y a une symétrie que personne n’a osé écrire. Le 31 mai 2002, à Séoul, le Sénégal battait la France 1-0 pour son premier match de Coupe du monde. Vingt-quatre ans plus tard, le 16 juin 2026, à New York, la France battait le Sénégal 3-1 pour son premier match de Coupe du monde. La boucle est bouclée.
Pape Bouba Diop n’est plus là pour rappeler que le football sénégalais s’est construit sur ces instants suspendus. Mais sa mémoire court dans chaque maillot rouge, jaune et vert. Ce 5-0 face à l’Irak est une page ajoutée au livre — pas la plus belle, mais la plus large.
Sadio Mané, lui, quitte la scène. Quatre matchs, zéro but, une passe décisive. Les chiffres disent la famine. L’œil dit autre chose : le capitaine de 34 ans a couru, a tenté, a donné. Mais le temps du football ne pardonne pas. RFI rapporte qu’il avait annoncé avant le tournoi que ce Mondial serait son dernier acte international. Il tient parole. Cent-trente-deux sélections, cinquante-cinq buts. Un champion d’Afrique. Un finaliste raté de Coupe du monde.
La retraite de Mané clôt un cycle ouvert en 2012, quand un jeune de Ziguinchor débarquait à Metz. Ce cycle aura vu le Sénégal remporter la CAN 2021 (édition jouée en 2022), atteindre les huitièmes de la Coupe du monde 2002, puis de 2018, puis de 2026. Une constance qui n’a d’égale que sa frustration.
La perspective : après Mané, qui porte le fanion ?
La question n’est pas nouvelle. Elle se pose à chaque fin de cycle. Mais celle-ci a une particularité : jamais le Sénégal n’a eu un réservoir aussi profond. Ismaila Sarr, à 28 ans, a confirmé au Mondial qu’il est un finisseur international (deux buts contre la Norvège, un contre la Belgique). Habib Diarra, 21 ans, a marqué contre l’Irak et ouvert le score face à la Belgique. Pape Guèye, Iliman Ndiaye, Ibrahim Mbaye — la génération montante existe.
Le sélectionneur Pape Thiaw devra reconstruire sans son capitaine. La CAN 2027 arrivera vite. Les éliminatoires aussi.
Sur le plan continental, le Sénégal 2026 reste une référence : seul pays africain à avoir inscrit cinq buts en un match de Coupe du monde, qualifié en huitièmes malgré un groupe difficile. Mais le constat est là : sur les dix sélections africaines engagées, le Sénégal n’a pas été la plus loin. La RD Congo et le Maroc ont fait mieux. Les Lions restent lions, mais les autres avancent.
Dakar, ce 20 juillet, le lendemain du jour où l’Espagne a soulevé le trophée à New York, les terrasses de l’avenue Cheikh Anta Diop parlent encore de ce 5-0. Du record. De ce penalty de Tielemans. Et de Mané qui s’en va.
La page se tourne. Le livre reste ouvert.
Sources : FIFA.com, ESPN, BBC Sport, The Athletic, RFI, Le Monde.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 20 juillet 2026




