CDM 2026 — Sénégal : Houston, la Belgique et la blessure d’un champion d’Afrique

Les Lions de la Teranga, têtes baissées, après l'élimination face à la Belgique en 16es de finale du Mondial 2026
Les Lions de la Teranga après la défaite 3-2 contre la Belgique en 16es de finale du Mondial 2026 — Crédit : Franck Fife / AFP

DAKAR, dimanche 26 juillet 2026 — Une semaine déjà. Une semaine que le stade de Houston a rendu son verdict, que la Belgique a marqué ce troisième but en prolongation, que les Lions de la Teranga sont rentrés au pays avec une médaille d’or africaine au cou et une blessure mondiale au cœur. Ce soir, à Dakar, les écrans géants se sont éteints sur la finale entre l’Espagne et l’Argentine, mais la blessure, elle, reste allumée.

Le fait : la Belgique, 3-2, et le silence qui a suivi

Le 5 juillet 2026, au NRG Stadium de Houston, le Sénégal est sorti de la Coupe du monde en 16es de finale. Score : 3-2 après prolongation, face à une Belgique qui a eu le dernier mot dans les arrêts de jeu de la seconde période supplémentaire. Les Lions de la Teranga, champions d’Afrique en titre après leur victoire au Maroc 1-0 en finale de la CAN 2025 à Rabat, avaient pourtant ouvert la voie. Deux buts, un peuple debout, puis le retournement.

La Fédération sénégalaise de football a officialisé l’élimination dans un communiqué laconique : « Défaite 3-2 après prolongations. L’aventure des Lions s’arrête en seizièmes de finale de la Coupe du Monde 2026. » Sur les réseaux sociaux, la colère a monté. Les « deux coupables du fiasco », comme les a surnommés certains médias, ont vu leurs noms traînés dans la boue. À Dakar, dans les rues de Médina et de Yoff, les discussions ont duré jusqu’à l’aube.

Le parcours avait pourtant été héroïque. Battus par la France (3-1) et la Norvège (3-2) lors des deux premières journées, les Lions s’étaient qualifiés pour les 16es en infligeant une correction à l’Australie (3-0). Troisième du groupe I, le Sénégal avait profité du repêchage des huit meilleurs troisièmes — une nouveauté du format 48 équipes — pour prolonger l’aventure. Mais la Belgique a été plus forte. Plus froide. Plus belge, diront certains.

La lecture : quand la mémoire fait mal

Je me souviens du 31 mai 2002, au Stade de Séoul. Papa Bouba Diop, ce soir-là, avait marqué le but de la victoire contre la France, championne du monde en titre. 1-0. Le Sénégal entier avait dansé. J’avais 24 ans, je couvrais ma première Coupe du monde, et je croyais que tout était possible.

Je me souviens aussi du 6 juillet 2018, à Ekaterinbourg. La VAR, ce soir-là, avait refusé un penalty aux Lions contre la Colombie. 1-0 pour les Sud-Américains. Le Sénégal était sorti au premier tour, et j’avais écrit que la technologie, quand elle est mal utilisée, devient une arme contre les petits.

Et puis il y a eu le 6 février 2022, à Yaoundé. Sadio Mané, Kalidou Koulibaly, Édouard Mendy. Le Sénégal remportait sa première CAN, et je voyais dans les yeux de ces joueurs que quelque chose avait changé. Que l’Afrique de l’Ouest avait un nouveau patron.

Cette élimination de 2026 fait mal parce qu’elle arrive après tant d’espoirs. Le Sénégal n’était pas une équipe en construction. C’était une équipe confirmée, championne d’Afrique, avec des joueurs au sommet de leur art. La Belgique n’a pas volé sa victoire. Mais elle a rappelé que la Coupe du monde ne pardonne pas les erreurs de concentration, même en prolongation.

La perspective : l’Afrique, entre record et réalité

Neuf des dix sélections africaines engagées avaient franchi la phase de groupes. Un record absolu dans l’histoire du tournoi. Seule la Tunisie avait été éliminée dès le premier tour. Le Maroc, la Côte d’Ivoire, l’Égypte, le Cap-Vert, le Sénégal, le Ghana, l’Algérie, la RD Congo et l’Afrique du Sud avaient tous atteint les 16es de finale. Le continent semblait prêt à dévorer le monde.

Mais la phase à élimination directe a fait fondre ce contingent comme neige au soleil texan. L’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire, la RD Congo et le Sénégal sont tombés en quelques jours. Restaient le Maroc, l’Algérie, le Ghana, l’Égypte et le Cap-Vert. Le Maroc, comme en 2022, a été le plus loin. Les Lions de l’Atlas ont éliminé le Canada 3-0 en huitièmes de finale — un doublé d’Azzedine Ounahi, un but de Soufiane Rahimi — avant de s’incliner en quarts, toujours face à l’Espagne, future championne du monde.

Le format 48 équipes, qui a permis au Sénégal de se qualifier en tant que meilleur troisième, a aussi montré ses limites. Il a donné une seconde chance à des équipes qui, dans l’ancien système, auraient été éliminées. Mais il n’a pas changé la hiérarchie réelle. L’Europe du Sud — Espagne, France, Belgique — a imposé sa loi. L’Afrique a montré qu’elle pouvait rivaliser en volume. Elle n’a pas encore prouvé qu’elle pouvait gagner en profondeur.

Ce soir, à Dakar, les terrasses sont pleines. Les jeunes jouent au ballon dans les rues de Sacré-Cœur. Les femmes préparent le thiéboudienne. La vie continue. Mais quelque chose a changé. Le Sénégal, champion d’Afrique, n’est plus une équipe qui rêve. C’est une équipe qui exige. Et l’exigence, quand elle n’est pas récompensée, laisse des cicatrices.

Je pense à Aliou Cissé, qui a porté cette équipe pendant des années. Je pense à Sadio Mané, qui a peut-être joué sa dernière Coupe du monde. Je pense à ces jeunes de 18 ans qui regardaient les matchs dans les cafés de Dakar, et qui, dans quatre ans, auront 22 ans. Ils seront prêts. Parce que l’Afrique ne demande plus la permission d’exister sur le terrain. Elle vient prendre sa place. Même si, cette fois, la place était encore occupée.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 26 juillet 2026

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