CDM 2026 — Maroc : tombés face à la France, debout pour le continent

Achraf Hakimi et les Lions de l'Atlas lors de la Coupe du Monde 2026
© Getty Images / FIFA — Achraf Hakimi, capitaine du Maroc, à l’échauffement avant le quart de finale contre la France, le 9 juillet 2026

MetLife Stadium, New Jersey, 19 juillet 2026. Dans quelques heures, l’Argentine et l’Espagne s’affronteront pour le titre mondial. Le Maroc ne sera pas sur la pelouse. Et pourtant, dix jours après l’élimination des Lions de l’Atlas en quart de finale face à la France (0-2), c’est bien d’eux que le continent continue de parler. Parce que ce qu’ils ont fait — et surtout ce qu’ils ont incarné — dépasse largement les six matchs disputés sur le sol américain.

Le fait : une épopée de six matchs, trois buts de Saibari, un mur nommé Bounou

Il faut remonter au 13 juin, dans ce même MetLife Stadium. Ce soir-là, le Maroc entre dans sa Coupe du Monde 2026 face au Brésil. Le match d’ouverture du groupe C tient toutes ses promesses : Yassine Bounou sort une parade monumentale devant Vinícius Júnior, Ismael Saibari ouvre le score, et les Lions arrachent un nul 1-1 qui donne le ton de leur tournoi. Un mois et demi plus tard, le constat est là : six matchs, trois victoires, deux nuls, une seule défaite — celle de trop, contre la France, en quart de finale.

Le parcours est jalonné de moments qui s’impriment dans la mémoire collective. La victoire sur l’Écosse (1-0, 19 juin), arrachée dans la douleur à Houston, où le but de Saibari à la 72e minute libère un peuple. Le récital offensif contre Haïti (4-2, 24 juin) qui valide la deuxième place du groupe, derrière un Brésil lui aussi accroché par les Lions.

Puis vient le tableau final. En trente-deuxièmes de finale, le 29 juin, les Pays-Bas au NRG Stadium : un combat tactique étouffant, 120 minutes d’un bras de fer qui se solde par un nul 1-1. La séance de tirs au but est un précis de ce qu’est devenue cette équipe : trois tentatives transformées, deux arrêts de Yassine Bounou, une qualification arrachée dans le vacarme orange. En huitièmes de finale, le 4 juillet, le Canada est balayé 3-0 — un match quasi parfait, le sommet du tournoi marocain, avec des buts de Brahim Diaz, Ez Abde et Nayef Aguerd.

Et puis, le 9 juillet à Foxborough, Massachusetts. Le Gillette Stadium est rouge. La France, elle, est bleue et clinique. Sans Ismael Saibari, touché aux ischio-jambiers après vingt-deux minutes de jeu face au Canada — une absence que l’encadrement a tenté de masquer jusqu’au dernier moment —, l’attaque marocaine manque de ce tranchant qui avait fait sa force. Kylian Mbappé à la 60e, Ousmane Dembélé à la 66e. Deux éclairs, deux coups de poignard. Et l’aventure s’arrête là, aux portes du dernier carré, comme en 2022, contre le même adversaire, sur le même score. La symétrie est cruelle. Mais elle est aussi trompeuse.

La lecture : de Doha à Foxborough, la continuité d’une ambition

Comparer 2022 et 2026 serait une erreur de perspective. La demi-finale qatarie était une première — un séisme tectonique dans l’ordre établi du football mondial. Ce quart de finale américain, lui, est une confirmation. Et c’est peut-être plus important encore.

En 2022, Walid Regragui avait construit un bloc défensif quasiment imperméable — un but encaissé avant la demi-finale. En 2026, sous la direction de Mohamed Ouahbi, le Maroc a montré autre chose : une capacité à faire le jeu, à marquer (10 buts en 6 matchs), à proposer du football offensif sans renier ses fondamentaux défensifs (deux clean sheets). Ismael Saibari, trois buts avant sa blessure, est devenu le premier Marocain à marquer lors de trois matchs consécutifs en phase finale de Coupe du Monde. Achraf Hakimi, lui, a confirmé son statut de latéral d’élite mondial, capable de verrouiller son couloir comme de porter le danger.

La défaite contre la France rappelle douloureusement le scénario de 2022 : même adversaire, même score (2-0), même sentiment de frustration. Mais la comparaison s’arrête là. Ce Maroc 2026 n’a pas été une équipe miraculée. Il a été une équipe construite, compétitive, capable de regarder le Brésil dans les yeux et de dominer le Canada en phase éliminatoire. La marche est plus haute. Le plafond s’est élevé.

La perspective : un continent à neuf, une équipe en phare

Ce qu’a réalisé le Maroc ne peut se comprendre qu’à l’échelle du continent. Pour la première fois dans l’histoire du football mondial, neuf sélections africaines ont franchi la phase de groupes d’une Coupe du Monde. Neuf sur dix : l’Algérie, le Cap-Vert, la Côte d’Ivoire, la RD Congo, l’Égypte, le Ghana, le Maroc, le Sénégal et l’Afrique du Sud. Seule la Tunisie est restée à quai.

Le tableau des trente-deuxièmes a montré des équipes africaines compétitives, souvent éliminées sur le fil : le Cap-Vert poussant l’Argentine en prolongation (2-3), le Sénégal tombant avec les honneurs face à la Belgique (2-3), la RD Congo ne cédant que d’un but à l’Angleterre (1-2). L’Égypte de Mohamed Salah, elle, a éliminé l’Australie aux tirs au but avant de buter sur la même Argentine en huitièmes (2-3).

Mais c’est le Maroc qui, une nouvelle fois, a porté l’étendard le plus haut. Seule nation africaine en quarts de finale — comme en 2022 —, les Lions confirment un statut de locomotive qui dépasse le cadre footballistique. Dans les rues de Casablanca, de Rabat, de Dakar et d’Abidjan, on a vibré pour Hakimi comme on vibrait hier pour Eto’o ou Drogba. Et cette unité panafricaine, cette fierté partagée au-delà des frontières, c’est peut-être le legs le plus durable de cette Coupe du Monde 2026.

Le Maroc n’a pas gagné la Coupe du Monde. Mais il a gagné quelque chose de plus précieux encore : la certitude, désormais gravée dans les chiffres et dans les mémoires, que l’Afrique n’est plus une invitée. Elle est une puissance. Et ce soir, en regardant la finale au MetLife Stadium, tout un continent se dira qu’en 2030, ce pourrait être son tour.


Sources : FIFA.com, CAF Online, ESPN, BBC Afrique, AFP, Reuters, L’Équipe, RFI.

Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 19 juillet 2026

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