
19 juillet 2026, East Rutherford, New Jersey. Dans quelques heures, l’Espagne et l’Argentine s’affronteront sous les lumières du MetLife Stadium pour la finale de la Coupe du Monde FIFA 2026. Aucun drapeau africain ne flottera sur la pelouse ce soir. Mais à Boston, dix jours plus tôt, c’est un continent entier qui retenait son souffle une dernière fois.
Quand Achraf Hakimi a posé le genou à terre au coup de sifflet final, le 9 juillet au Boston Stadium, la France venait de clore le rêve marocain (2-0). Mbappé à la 60e, Dembélé à la 66e. Deux éclairs, et le quart de finale s’éteignait. Mais ce silence-là n’était pas celui de la reddition. Il était celui du constat : l’Afrique n’est plus une invitée, elle est une habituée des grandes affiches.
Le fait : un parcours qui raconte l’évolution
Le Maroc arrive à la CDM 2026 avec un statut inédit pour une sélection africaine : celui de tête de série, hérité de sa demi-finale historique de 2022. Placé dans le groupe C aux côtés du Brésil, de l’Écosse et d’Haïti, les Lions de l’Atlas entament le tournoi par un nul prometteur face à la Seleção (1-1, 13 juin), enchaînent avec une victoire étriquée mais maîtrisée contre l’Écosse (1-0, 19 juin), puis déroulent face à Haïti (4-2, 24 juin) dans un match où Hakimi inscrit son premier but en Coupe du Monde et décroche le titre d’homme du match.
Deuxièmes du groupe derrière le Brésil à la différence de buts, invaincus (7 points), les Marocains abordent les seizièmes de finale — ce nouveau tour créé par le format à 48 équipes — avec une sérénité qui tranche avec les fébrilités passées.
Le 29 juin, face aux Pays-Bas, le Maroc livre un combat tactique d’une intensité rare. Score : 1-1 après prolongation. La séance de tirs au but voit Hakimi, pour sa 100e sélection, transformer le penalty décisif (3-2). Le latéral du PSG devient le deuxième Marocain de l’histoire à franchir le cap des 100 capes.
Le 4 juillet à Los Angeles, le Maroc balaie le Canada 3-0. Ounahi, double buteur, et Rahimi donnent au match des allures de démonstration. Les Lions de l’Atlas sont en quarts de finale pour la deuxième fois consécutive — un exploit qu’aucune nation africaine n’avait jamais réalisé.
Puis vient la France. Le 9 juillet à Boston. Les Bleus de Mbappé, plus cliniques, plus expérimentés, font la différence en seconde période. Le Maroc sort la tête haute, éliminé par le futur finaliste (la France s’inclinera en demi-finale). Cette défaite 2-0 n’efface rien : elle inscrit le Maroc dans la durée.
La lecture : de Qatar 2022 à Amérique 2026, la confirmation
Il faut mesurer le chemin parcouru. En 2018, le Maroc rentrait de Russie avec un seul point et une élimination au premier tour. Quatre ans plus tard, au Qatar, Walid Regragui orchestrait l’impensable : une demi-finale mondiale, la première d’une nation africaine et arabe. LaCroatie, la Belgique, l’Espagne, le Portugal — tous tombés face à une équipe qui défendait comme un bloc de granit et frappait comme un scalpel.
En mars 2026, Regragui quitte son poste. Mohamed Ouahbi, ancien sélectionneur des U23, reprend le flambeau à trois mois du Mondial. Beaucoup craignent le pire. Mais le staff technique conserve l’ossature : le 4-3-3 hybride, la discipline défensive, la confiance donnée aux cadres. Hakimi, Bounou, Ounahi, Amrabat — les survivants de 2022 — deviennent les architectes de 2026.
La différence entre les deux éditions ? En 2022, le Maroc créait la surprise. En 2026, il confirme. Le quart de finale n’est plus un sommet, c’est un palier. Et c’est peut-être là la plus grande victoire : normaliser l’excellence africaine.
Le parallèle avec les autres sélections du continent est éloquent. Le Sénégal, quart-de-finaliste en 2002, sort en seizièmes face à la Belgique (2-3) malgré dix buts marqués dans le tournoi — un record pour une équipe africaine sur une seule édition. L’Égypte de Salah pousse l’Argentine dans ses derniers retranchements (2-3) en huitièmes. Neuf sélections africaines sur dix franchissent la phase de groupes et atteignent les seizièmes. Du jamais vu.
La perspective : ce que Boston nous dit de l’Afrique
Ce 9 juillet 2026, dans les tribunes du Boston Stadium, les drapeaux marocains répondaient aux « Allez les Bleus » avec une ferveur qui dépassait le football. Il y avait là des supporters venus du Bronx, de Montréal, de Paris, de Casablanca. Il y avait cette diaspora qui, match après match, transforme chaque stade nord-américain en extension du continent.
Le Maroc de 2026, c’est aussi 15 centres décisifs d’Hakimi — plus que tout autre défenseur du tournoi. C’est un Bounou qui, à 35 ans, sort une séance de tirs au but face aux Pays-Bas avec l’autorité d’un dernier rempart. C’est un Ounahi qui court 12 kilomètres par match comme si chaque ballon était le dernier.
Mais au-delà des chiffres, il y a cette idée qui fait son chemin : l’Afrique ne vient plus seulement participer. Elle vient avec l’ambition de durer. Deux quarts de finale consécutifs, c’est un message envoyé à la CAF, à la FIFA, aux académies du continent, aux jeunes qui tapent le ballon sur les terrains en latérite de Salé, de Thiès, d’Alexandrie ou d’Abidjan.
La finale de ce soir, Espagne-Argentine, se jouera sans l’Afrique sur le terrain. Mais elle se jouera avec l’Afrique dans le viseur de 2030. Car à force de frapper à la porte des grands, on finit par l’ouvrir. Le Maroc l’a prouvé en 2022. Il l’a confirmé en 2026. La suite ? Elle s’écrira peut-être un 19 juillet, sous d’autres cieux, avec un drapeau vert étoilé ou rouge-jaune-vert brandi par un capitaine au coup de sifflet final.
Par Mamadou Lamine Diallo — Dakar, 19 juillet 2026




